Docteur Madeleine Brès, femme médecin

Par Marine @Rmlhistoire

A l’heure où les internes en médecine se permettent d’afficher sur leurs murs une fresque représentant une scène de viol, on se dit que la femme a bien du mal à se trouver une place dans le milieu médical avec tant de fdp. Oh oui, bien du mal. Ouais, alors que des mecs trouvent normal d’afficher une putain de scène de viol dans un hôpital, moi j’ai envie de vous présenter le destin d’une femme courageuse, ambitieuse et brillante. La première femme médecin Française, Madeleine Brès.

Une petite fille, de grands rêves

 Madeleine est née e 1842, à Bouillargues. C’est dans le Gard. Elle a souvent raconté dans des interviews avoir toujours voulu être médecin. Elle avait 8 ans lorsque son père, qui était charron (il fabrique des trucs en bois et en fer) l’a amené chez des religieuses pour faire quelques travaux.

Madeleine a regardé pendant des heures ces femmes faire des tisanes et autres potions pour soigner les malades dont elles s’occupaient. La petite fille voulait faire pareil. Elle jouait avec des malades imaginaires et fabriquait des faux médicaments avec des pelures d’oranges et de la réglisse noire. Du coup, elle disait à sa famille

  • Madeleine : « Eh, au fait, quand jserai grande, jserai médecin »
  • Papa : « Lol »
  • Cousin : Hahaha
  • Voisine : Sourire gêné
  • Médecin de famille : « Mais non bichon, tu seras infirmière, c’est chouette d’être infirmière »
  • Papa : « Dans quelques années t’auras des nichons, tu pourras te marier, t’en fais pas ! »

Et à 15 ans et quelques jours, Madeleine est mariée. Pas à un médecin… Et elle tombe enceinte dans la foulée. Bin, oui, la prévention et les moyens de contraception c’est pas trop trop ça. Malgré tout. Madeleine veut être médecin !

Passe ton bac’ d’abord

Alors qu’elle a 21 ans, Madeleine demande à rencontrer le professeur Wurtz, doyen de la faculté de Médecine. Le rendez-vous est pris. Sans trembler des genoux, elle lui dit « mec, je veux être médecin, alors ouvre-moi les portes de ta faculté ». Et au Doyen de lui répondre, « meuf, tu veux être médecin ?  Passe ton bac d’abord ! »

Madeleine va préparer le baccalauréat, mais elle ne souhaite pas se faire avoir. Elle sait que l’entrée à l’université est réservée aux personnes munies de pénis et de testicules. Exclusivement. Alors, elle va adresser une pétition au ministère de l’Instruction public. Le ministre c’est Victor Duruy. Il est ministre, mais pas téméraire. Il veut pas prendre la responsabilité tout seul d’ouvrir la faculté aux femmes. Les pauvres, elles sont soumises à leurs humeurs, elles peuvent pas soigner les autres. Du coup, il va se référer au Conseil des ministres.

Je sais pas si on peut parler de miracle, je ne pense pas, c’est plutôt le fait des Hommes. Mais le jour où la décision doit être votée, c’est l’Impératrice elle-même qui préside le conseil. Et c’est le OUI qui l’emporte ! D’ailleurs, elle dit haut et fort :

« J’espère que ces jeunes femmes trouveront des imitatrices, maintenant que la voie est ouverte. »

Ni une ni deux, Madeleine se met au boulot, elle bosse les maths, le français, et tout le reste et elle obtient deux baccalauréats en 1868. Oui, deux. Moi j’en ai eu qu’un, et encore j’étais aux repech. On ne naît pas tous égaux.

Madeleine va pouvoir commencer ses études de médecine. Mais il lui faudra 12 ans pour être médecin, 12 ans. Après une thèse intitulée « Mamelle et allaitement », elle est reçue le 3 juin 1875. Vous allez me dire, la meuf elle est brillante, elle passe deux bac en deux ans, et elle foire sa médecine ? Et moi, je vais vous dire. Les mecs, en 1870 c’était la guerre. Et la guerre, c’est pas super funky. Madeleine a du interrompre ses études quelques années.

 A la guerre, comme à la guerre

En 1870, c’est la guerre contre les Prussiens, tu sais, quand on perd l’Alsace et la Lorraine. Et puis juste après, c’est la Commune. Sale ambiance pour étudier à Paris.

Madeleine est mère de trois enfants en 1871, son mari fait parti de la garde nationale, et malgré tout, elle demande à être attachée à un service hospitalier. Elle sera interne provisoire à l’hôpital de la Pitié. C’est moins cool que d’être sur le terrain, et c’est moins bien payé, mais au moins à l’hôpital, elle fait ses marques, à ses risques et périls.

L’hôpital a été attaqué de 57 obus en trois jours. Et l’un d’entre eux est tombé sur son lit, quelques minutes après qu’elle en soit sortie précipitamment, inquiète pour une de ses patientes atteinte de bronchite chronique. Le putain de coup de bol de malade.

Une brillante doctoresse

Madeleine a l’intention de passer le concours de l’externat d’abord, puis de l’internat. Mais bon, c’est bien beau d’avoir ouvert les cours de médecine aux femmes, mais on va quand même pas leur laisser passer les concours. Lol. Aussi Made est obligée d’envoyer un courrier à l’Assistance publique pour être admise au concours de l’externat. Évidemment, on lui dit non. Enfin, on lui dit pas non personnellement, on dit non à l’innovation, au progrès. Voyez par vous même le refus :

« S’il ne s’était agi que de vous personnellement, m’écrivait-il, je crois pouvoir dire que l’autorisation demandée eût été probablement accordée. Mais le Conseil a compris qu’il ne pouvait ainsi restreindre la question et l’examinant en thèse générale dans son application et ses conséquences d’avenir, le Conseil a eu le regret de ne pouvoir autoriser l’innovation que votre admission aurait consacrée. »

Bin ouais lol. Si on autorise Madeleine, d’autres vont demander et après imagines elles réussissent, on va passer pour des gros cons alors autant fermer le concours à double tour. Putain. Faut dire que les chefs de service de Madeleine ont été justes avec elle et n’ont pas hésiter à tarir d’éloges. Wurtz : 

« Par son ardeur au travail, par son zèle dans le service hospitalier, nous nous plaisons à reconnaître que Mme Brès a, par sa tenue parfaite, justifié l’ouverture de nos cours aux élèves du sexe féminin et obtenu le respect de tous les étudiants avec lesquels elle s’est trouvée forcément en rapport. »

Une spécialité « féminine »

Madeleine, comme les toutes premières femmes médecins s’est spécialisé dans un domaine dit « féminin », c’est à dire la mère et l’enfant. D’ailleurs, elle le dit ouvertement. Et moi, ça me fait un peu dresser les poils tu vois.

« Je persiste à croire, pour mon compte, qu’elles doivent s’en tenir à la spécialité des femmes et des enfants. Personnellement, je n’ai jamais donné de consultation à un homme. Je me suis tout entière consacrée à la médecine d’enfants. »

Je veux dire, c’est bien d’avoir un domaine dans lequel on se sent le mieux et qu’on préfère, c’est normal et humain. Mais j’aime pas trop l’idée que ce domaine soit imposé du fait d’un genre. Mais Madeleine a été brillante dans son domaine, la vulgarisation de l’hygiène. Elle est même partie en Suisse pour voir ce qu’il s’y faisait en matière de crèches et d’établissements pour les enfants en bas âge. Enfin, elle s’est spécialisé sur le problème de l’alimentation de l’enfant, a dirigé un journal de médecine l’Hygiène de la Femme et de l’Enfant. Aussi, elle a fondé une crèche aux Batignolles. Et puis elle est décédée, en 1921.

______________________________________________________________________

*A la même époque, des étudiantes étrangères pouvaient suivre les cours de médecine, mais pas passer les concours. Puis, ça aussi, ça a changé.

  • Premier portrait (BIUS)
  • Deuxième portrait (BIUS)
  • Dessin de crèche (BIUS)
  • Lien de la thèse (BIUS)
  • L’allaitement artificiel et le biberon (gallica)