Critique Ciné : American Sniper, la légende

Publié le 14 février 2015 par Delromainzika @cabreakingnews

American Sniper // De Clint Eastwood. Avec Bradley Cooper et Sienna Miller.


American Sniper est adapté du roman autobiographique de Chris Kyle (le héros), Scott McEwen et James Defelice. C’est Jason Hall (Toy Boy, Paranoia) qui s’est chargé de l’adapté et étrangement, je dois avouer qu’avec une telle personne derrière le script, on ne pouvait avoir que des raisons d’être effrayés du résultat. Mais c’est Clint Eastwood qui s’est chargé de la mise en scène. Alors que ce dernier s’était un peu éloigné des récits qui lui vont bien (le très mauvais Au Delà, le décevant J. Edgar ou encore Jersey Boys) et renoue dans American Sniper avec ses convictions : l’amour de son pays, du port de l’arme et des armes, etc. Clint Eastwood admire son pays et ceux qui se sont battus pour lui. Je pense que American Sniper est à prendre avant tout comme un hommage à ces hommes (et femmes malgré leur absence sur le front, ce qui m’a terriblement déplu) qui sont parti au combat afin de défendre les Etats-Unis face à la menace terroriste en Irak. Si c’est l’un des atouts du film, c’est aussi l’un de ses défauts. En effet, à vouloir trop en faire dans le patriotisme et l’éloge du port de l’arme (et de l’éducation des enfants à la chasse) je me demande si au fond le film n’est pas passé à côté de quelque chose : l’émotion.

Tireur d'élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d'innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de "La Légende". Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu'il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l'angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s'imposant ainsi comme l'incarnation vivante de la devise des SEAL : "Pas de quartier !" Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu'il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

On pourrait aisément comparer American Sniper à Gran Torino sauf que dans ce dernier les émotions étaient présentes et dans ce film, c’est tout le contraire. On veut nous parler de l’horreur de la guerre en nous montrant tout (même des enfants mourir de façon atroce). C’est donc un film assez graphique qui veut nous choquer et nous montrer l’horreur de la guerre. American Sniper veut aussi nous dire que cette guerre a complètement ruiné les soldats qui sont partis psychologiquement. Cela est démontré jusqu’à la fin de ce film (et les derniers éléments du récit de Chris Kyle). La première demi-heure de American Sniper est là pour nous présenter le héros, comment est née son enfant de se battre pour son pays (le 11 septembre) et surtout comment il va tenter de vivre une vie de famille. Il y a un joli message très propre encore une fois : celui de la femme américaine parfaite qui a un mari soldat (faisant même partie de l’élite puisque des SEAL de la Navy) et qui l’attend toujours alors qu’elle aurait pu le tromper sans problème. Mais il ne faut pas transformer le drapeau américain et l’honneur des soldats en quelque chose de décevant.

En tout cas, Clint Eastwood a retrouvé sa forme olympique derrière sa caméra. C’est beau, léché, soigné. On sent qu’il a voulu nous montrer des choses choquantes mais il le fait avec un oeil à la fois voyeuriste mais également très élégant. Le charme suranné de certains passages (il faut dire que American Sniper se déroule au passé) permet de se rappeler une époque qui n’est pas encore complètement révolue. En effet, la guerre en Irak a beau être terminée la guerre contre le terrorisme ne l’ait pas du tout. Bradley Cooper (American Bluff) est quant à lui plutôt convaincant dans ce rôle de soldat. J’aurais aimé dire qu’il est touchant sauf que ce n’est pas vraiment le cas. Il manque justement ça dans ce film. Une scène m’a presque ému, dans un hôpital dans la seconde partie du film. La scène tente d’être légère et d’éviter de nous rappeler l’horreur de la guerre, mais il y a justement une note d’espoir réellement touchante qui m’a presque donné envie de verser une larme mais cela n’a pas duré suffisamment longtemps. D’ailleurs, American Sniper rate complètement cet aspect là alors que les films patriotiques américains c’est généralement tout ce que j’aime en termes de bons sentiments.

Note : 6.5/10. En bref, un biopic (encore un) plutôt bon qui souffre de son patriotisme et de ses parti pris (presque égoïstes) de Clint Eastwood.