Les avocats vus par un ex II: on la refait moins crispé

Publié le 26 mars 2015 par Emmanuel S. @auxangesetc

Récemment, je m'en suis pris éhontément aux comportements déviants pour le moins suprenants des avocats ( clic). C'était mal. C'était trop injuste (hommage à Caliméro, mon dessin animé préféré, et aussi un peu à Man, Caliméro dans l'âme). Mes amis avocats me l'ont dit. Ils ont été choqués. Ils ont été blessés, dans leur chair, dans leur âme, dans leur morale, dans leur probité, dans leur droiture inébranlable (sans jeu de mot; ou presque...). Ils ne sont d'ailleurs plus mes amis depuis. Ils se sont désinscrits de mon facebook. Mais pas de Linkedin... Bah oui, faudrait pas non se fâcher avec un potentiel client.

Le plus drôle, c'est que ceux qui sont " émus " de mon article sans en comprendre le second degré, pour ne pas dire qu'ils s'en sont offusqués, sont ceux-là même qui me faisaient la morale sur une liberté d'expression qui ne devait avoir aucune limite selon eux. Rappelez-vous le 11 janvier 2015 et les jours qui ont suivis. Rappelez-vous que j'ai toujours défendu la liberté d'expression mais que j'estime tout autant que Charlie Hebdo est de mauvais goût et insultant et que ma limite dans le soutien à ce journal satirique a atteint mes limites personnelles dès la lecture d'un premier (et dernier) numéro. Que n'avais-je pas dit. Je me suis pris leçon de morale sur leçon de morale de ceux-là même qui ont trouvé mon article, je cite, " blessant ".

Ironique? Oui, pour mon plus grand plaisir! Pathétique? Oui, aussi, pour mon plus grand plaisir!

Révélateur? Oui, et à double titre. Ces quelques retours ( heureusement minoritaires) me donnent finalement raison au-delà du second degré, et j'aime avoir raison. Et, pour ma grande tristesse, c'est finalement assez révélateur d'une dégradation de la liberté d'expression et signe que le communautarisme se dédouble d'un corporatisme édifiant et lénifiant.

Mais, je ne retomberai pas dans la critique caustique et tellement injuste envers une noble profession qui n'a pour seul objectif de se faire un max de pognon de défendre la veuve et l'orphelin dans des envolées lyriques à faire pâlir Emile Zola. Je me dois de réparer l'affront, rétablir la vérité en bon avocat que je fût (et que je reste accessoirement d'ailleurs), que dis-je, les mensonges déplacés, sur les avocats, ces gens bien en toutes circonstances et qui acceptent non seulement l'humour (même noir, alors qu'ils votent majoritairement FN, comme quoi...) mais aussi d'ccepter la critique et d'avoir du second degré. Car ils n'ont pas l'égo surdimentionné que j'ai voulu leur attribuer. Non non, ce sont des gens agréables et tournés vers autrui, toujours prêt à des actions désintéressées pour aider leur prochain. La preuve en image texte (oui, je n'ai pas d'image, je n'ai pas été sage).

Vendredi dernier, j'ai été invité je me suis invité à un séminaire. Le titre donnait aussi envie que la promesse d'un buffet gratuit pour le déjeuner: " Le Financement dans les Financements de Projets ". Idéal pour comprendre ce que je suis supposé faire maintenant au quotidien. Oui, j'ai changé d'équipe et donc de secteur d'activité. Je suis donc encore plus mauvais qu'avant. Si, si, c'est possible. Mais comme ce sont les incompétents qui ont le plus de chance d'être promus ( clic), je mets toutes les chances de mon côté!

Vendredi dernier donc, j'étais à ce séminaire. Et bien sûr, ce fut l'occasion de voir de nouveau le comportement inimitable des avocats, ce jeu de rôle bien rôdé, préparé à l'avance, pour vanter leurs talents uniques de voir que je ne m'étais pas trompé.

Tout d'abord, l'introduction par l'associée en charge de l'équipe " Financement de Projets ". Bien sûr, son cabinet est le meilleur du monde. Comme tous les autres très nombreux meilleurs du monde. Elle essaie de jouer la carte de l'équipe, mais se plante lamentablement, un peu comme moi si je voulais me mettre à la danse classique ou que Man s'essayait au culturisme ( clic). CQFD: " Bien sûr, le cabinet est classé dans les Tier 1 des meilleurs guides de classement des cabinets (genre guide du routard pour paumés qui cherchent un cabinet, étant précisé que les cabinets paient pour être référencés, pour donner une idée de l'indépendance et de l'objectivité de ces guides!! ndlr), c'est une grande fierté. Mais cela ne sera pas possible sans toute l'équipe derrière moi qui m'aide au quotidien et qui abat un travail formaidable. Mais la récompense dont je suis la plus fière c'est celle de " Lawyer of the year ". "

Petit décryptage rapide et gratuit (je vote à droite, mais je reste généreux pour toi lecteur): en gros, elle vient d'admettre deux choses.

1) Elle n'est rien sans son équipe. C'est donc son équipe qui fait la très grande majorité du boulot, elle, associée, être supérieur absolu en cabinet, se contentant d'inviter les responsables juridiques des entreprises à des déjeuners, à venir en réunion de négociation pour faire croire qu'elle est présente et impliquée dans le dossier, et de relire le travail des autres. Mentionner son équipe dans une introduction lui laisse à penser qu'elle est reconnaissante du travail effectué et pense que cela suffira à les motiver à travailler jour et nuit au détriment de leur privée ( privée de tout) pour aucune récompense, ni humaine, ni matérielle, ni financière. Or, de reconnaissance il n'y a point étant donné que les associés de ces cabinets considèrent que travailler 20h/24, 6.5 jours / 7 est normal et fait partie du boulot et que si ces petits jeunes qui rêvent d'être fonctionnaires ne sont pas contents ils peuvent toujours partir aller voir ailleurs. Ces mêmes personnes qui partent deviennent toutefois tout de suite ultra-sympathiques et ultra-resgrettées si elles partent en entreprises. Oui, oui, entreprise = client potentiel = argent = renommée = égo statisfait = tout bénéf'. Donc, il faut, dans ce cas et dans ce cas uniquement choyer ces petits jeunes qui ont, dans ce cas et dans ce cas uniquement, tout à fait raison de choisir un autre mode d'exercice du métier qui reste finalement le même dans le fond et qui, dans ce cas et dans ce cas uniquement, ont raison de vouloir concilier vie professionnelle et vie personnelle.

2) Sa seule vraie fierté est une récompense individuelle. Cela démontre bien l' égocentrisme qui règne dans ce métier. En même temps, dans son esprit, c'est SA clientèle, SES clients fidèles et loyaux, SES dossiers, SON argent, SA fierté, SA petite personne. Sans cela, elle n'existe plus, elle n'est pesonne, sa vie est vide de sens et vide de but. Chacun sa vie, chacun son but après tout. Mais tout l'or du monde ne me fera pas revenir dans ce microcosme composé d'une grande majorité d'égocentriques capricieux schizophrènes divorcés.

S'ensuit la succession des présentations avec les différents membres de l'équipe, eux aussi bloqués toute la journée pour faire du public-relation. Ils sont tous les plus beaux, les plus forts dans leur domaine et tous indispensables ( jusqu'au jour où ils ne le sont plus, le soir-même peut être).

Il y a les éternels marqueurs révélateurs d'un mode de fonctionnement unique: l'associée qui surenchérit en permanence sur les propos des ses collaborateurs pour montrer qu'elle est au-dessus du lot, le senior qui se balance d'un pied sur l'autre pendant 20mn parce qu'il est mal à l'aise en public, l'autre senior qui a mal préparé son truc et qui lit, sur un ton monotone et ennuyeux ses anti-sèches avec une résignation non feinte, le senior " comique " qui fait passer son insuffisance pour du divertissement. Il y a même la petite junior, qui a dû préparer 95% de la présentation de la journée pendant des jours et des nuits, sans que cela ne rentre en compte dans ses objectifs car ce travail est " non-facturable " (or,les objectifs pour les primes variables sont basés sur les heures " facturables" , mot magique chez les avocats). Elle est présente mais son rôle est cantonné à baisser les stores quand il y a trop de soleil et à ouvrir / fermer les fenêtres selon la chaleur de la pièce. Oui, ils bossent à l'ancienne: c'est le rôle d'une junior, à 280€ de l'heure, de faire ça. Le concept du chauffage programmable est visiblement étranger à ces " grandes " firmes. Pas très moderne tout ça...

Puis vient l'heure du déjeuner, avec son buffet de radin finalement (très déçu, la bouffe est un critère clé dans ces pince-fesses - bals d'hypocrites). Quelques mini-salades, quelques mini-sandwichs, un brownie coupé en 64 avec des micro-parts. Mais la nourriture n'était pas le pire. Le pire était les avocats qui venaient lire le nom de l'entreprise sur le badge pour mieux nous aborder et nous expliquer qu'ils aimeraient vraiment travailler avec nous même s'ils sont très chers, cela n'est pas un problème pour eux. Bref, ils t'expliquent tous les beaux dossiers qu'ils font avec une suffisance qui leur est propre. Au final, ces discours les déservent plus qu'autre chose, mais cela est plus fort qu'eux. C'est comme si vous demandiez à un homme politique de dire vraiment ce qu'il pense. Impossible. Contre-nature.

Je pourrai continuer encore longtemps avec plein de petits détails, mais mon article est déjà assez long comme ça. L'essentiel, vous l'aurez compris, était de rétablir la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Mission accomplie!