Le mythe du salaire minimum

Publié le 27 mars 2015 par Magazinenagg
Le premier mai 2015, le salaire minimum au Québec sera porté à 10,55$, une augmentation de 0,20$. Environ 260 000 personnes bénéficieront de cette hausse de salaire en mai, dont 163 000 femmes.
Pour l’histoire
En 1940, le gouvernement du Québec, dirigé par le chef du parti libéral, Adélard Godbout, présente la première loi sur le salaire minimum. Selon le premier ministre, cette mesure a pour objectif de maintenir le pouvoir d'achat des bas salariés, de redistribuer la richesse et de valoriser le travail des femmes rémunérées au salaire minimum en plus grand nombre que les hommes.
Mais contrairement aux prétentions du premier ministre, cette mesure était avant tout électoraliste. En effet, le 18 avril 1940 l’Assemblée législative avait adopté le projet de loi autorisant le vote des femmes. En adoptant la loi du salaire minimum, il espérait ainsi obtenir majoritairement leurs votes. Mal lui en prit, car à l’élection générale suivante, le parti conservateur de Maurice Duplessis pris le pouvoir. Les partis passent, mais malheureusement les lois demeurent.
Le mythe du salaire minimum
Bien sûr, cette mesure est un symbole important de lutte contre la pauvreté, mais dans les faits, elle a peu d'effets sur les inégalités de revenus et sur le nombre de personnes pauvres. 
Selon Stephen Gordon, professeur au Département d'économie de l'Université Laval, dans le meilleur des cas, elle n’aura pas d’effet négatif sur la pauvreté :
«C'est une perte de temps, en ce qui concerne la pauvreté. L'effet net est pratiquement nul. Et si une augmentation aide une famille, c'est par pur hasard»
Dans les pires cas, le salaire minimum a comme effet d'accroître le chômage et la pauvreté.
Salaire minimum et emploi
Depuis près de vingt ans, le salaire minimum tourne autour de 45 % du salaire moyen des travailleurs payés à l'heure. Selon une étude de l'économiste Pierre Fortin, chaque hausse de 1 % du rapport entre le salaire minimum et le salaire moyen, entraîne une baisse  approximative de 8000 emplois.
La raison est que si le salaire minimum est trop élevé, les employeurs doivent compenser le manque à gagner soit en coupant les heures travaillées, soit en supprimant des emplois, soit en augmentant les prix.
Le 1er avril prochain, les employeurs de Seattle devront graduellement relever le salaire minimum à 15$ l’heure. Cette mesure irresponsable frappe de plein fouet l’industrie de la restauration. Déjà plusieurs restaurants ont fermé ou ont annoncé leur fermeture et ce n’est qu’un début.
Les entreprises de plus grande envergure se tournent vers l’automatisation pour contenir l’augmentation de coûts découlant de l’imposition du salaire minimum. Les étudiants, les travailleurs à temps partiel, les chercheurs d’un premier emploi seront les premiers pénalisés.
Une constante chez les socialistes
Dans le langage socialiste, un salaire minimum décent c’est une sorte de premium à la dignité. Ce discours est peut-être valable pour ceux qui bénéficieront du salaire minimum, mais qu’en est-il de ceux qui ne seront jamais embauchés parce que le salaire minimum excède leur valeur économique : les étudiants qui désirent se payer un peu de bon temps, quelqu’un qui cherche une activité à temps partiel pour se désennuyer, un apprenti, un handicapé léger qui vit chez ses parents, etc.
Personne, moi le premier, prétend que quelqu’un peut vivre décemment avec un revenu de 5 $ de l’heure. L’argument selon lequel il n’est pas possible de vivre avec un salaire en deçà d’un certain niveau est valable, mais cela ne justifie pas l’imposition d’un salaire minimum. Il existe bien d’autres façons moins dommageables économiquement et socialement d’assurer à chacun le minimum vital. Ceux qui préconisent une telle mesure ignorent les coûts invisibles de cette politique et rendent un bien mauvais service à ceux qu’ils prétendent défendre, ce qui est une constante chez les socialistes.

La solution durable, la productivité
Il n’existe qu’un moyen de diminuer la pauvreté, augmenter la productivité, c’est-à-dire la valeur de chaque heure travaillée. Toujours selon l’économiste Pierre Fortin, à moyen et à long terme les salaires augmentent dans un rapport de un pour un avec la productivité. La croyance que les salaires sont déterminés en fonction de l'arbitraire d'un patron est un mythe entretenu par la gauche syndicale.
Les lois ne pourront jamais obliger les entreprises à payer leur main-d'œuvre au-delà de sa valeur réelle. Si le travail produit rapporte moins que ce qu'il coûte, l'emploi va nécessairement disparaître et l’employé rejoindra les cohortes des chômeurs et des assistés sociaux. Pas exactement un moyen efficace de lutte à la pauvreté.
Conclusion
En fait, une hausse du salaire minimum n’a aucun impact sur la productivité et n’a donc aucun impact sur le niveau des salaires à moyen et à long terme. C’est l’amélioration de la productivité qui permet d’améliorer la rémunération. Donc, la lutte à la pauvreté passe par la création d’un environnement propice à l’entrepreneuriat et aux investissements.
Hausser le salaire minimum est politiquement rentable, mais néfaste pour les travailleurs. En définitive, l’imposition d’un salaire minimum c’est comme enlever les deux premiers barreaux d’une échelle, les moins débrouillards ne pourront jamais l’escalader.