Banques : à tous les coups elles gagnent !

Publié le 31 mars 2015 par Lecriducontribuable

Article extrait des Enquêtes du contribuable n°10 «Le grand scandale des aides aux entreprises» (avril-mai 2015) . En kiosque le mercredi 1er avril 2015.Vous pouvez d’ores et déjà commander en ligne ce numéro.(3,50 €€).

On a fini par ne plus y penser, tant elle fait désormais partie de notre inconscient collectif. «Elle», c’est la crise financière, partie à l’été 2007 des États-Unis avec l’éclatement de la bulle immobilière liée aux crédits «subprime». La crise s’est ensuite propagée au reste du monde en septembre 2008 avec la faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers qui, comme toutes ses concurrentes, avait prêté plusieurs dizaines de fois ses fonds propres.

Dans les discours officiels toutefois, la crise est depuis longtemps terminée. Il faudrait en remercier les gouvernants de l’époque, qui dès l’automne 2008 ont pris des mesures énergiques de sauvetage des banques par injection massive de liquidités. Depuis, nous dit-on, le système financier serait pérennisé et guéri de ses vices passés. Mais est-ce si sûr ? Les auteurs du «Livre noir des banques», publié en février par l’association Attac et le webzine Basta !, contestent ce discours vaguement rassurant.

De façon assez inattendue, Attac et Basta !, liés à la mouvance altermondialiste, se livrent dans les 350 pages de ce livre dense et fouillé à une défense des contribuables, qui ont soldé le sauvetage des banques. Le mot « contribuables » est cité à plusieurs dizaines de reprises dans l’ouvrage.

 Sauvetage des banques : 360 milliards d’euros en 2008

Car la facture a été salée pour le contribuable. En 2008, l’État français a mobilisé 360 milliards d’euros pour garantir la solvabilité des banques françaises, dont 320 milliards de garanties. Dès la prise de ces mesures, le mot d’ordre des hommes politiques et des dirigeants de banques dans les médias a été de dire que cela ne coûterait «pas un centime» aux contribuables, les garanties n’étant pas dépensées et les prêts ayant été remboursés depuis.

Il est permis de douter de cette vision irénique. Si les prêts directs aux banques ont effectivement été remboursés à l’État par celles-ci, cela n’a pas suffi. En 2011 et 2012, les grandes banques européennes, dont les françaises, ont eu recours à des prêts de la Banque centrale européenne (BCE) à des conditions particulièrement avantageuses. 232 milliards d’euros ont été prêtés par la banque centrale de Francfort aux banques françaises à 1%, un taux inférieur à l’inflation constatée sur la période.

En somme, la BCE, comme son homologue américaine la Fed, a «fait tourner la planche à billets» pour sauver les banques. L’argent injecté a contribué à alimenter l’inflation, dont les contribuables ont pâti en tant que salariés, épargnants et consommateurs. Cet argent créé à la hâte n’a pas été perdu pour tout le monde : renflouées, les banques ont pu reprendre leurs lucratives activités spéculatives (75% de leurs placements, contre respectivement 15% et 10% en prêts aux ménages et aux entreprises). Après avoir pris des risques in- sensés qui ont conduit au krach de 2007-2008, les banques se sont refait une santé aux frais des contribuables ! C’est ce que les milieux altermondialistes appellent «privatiser les profits, socialiser les pertes».

Et, côté profits, les banques ont été servies ! Ou plutôt, elles se sont servies. Les 8 300 dirigeants et traders des quatre premières banques françaises (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, BPCE) totalisent une rémunération annuelle de 2,4 milliards d’euros par an, soit près de 300 000 euros par an et par personne ! Les 177 cadres des banques françaises, les mieux payés, culminent à 1,56 million d’euros par an…

Si l’on regarde l’état des finances publiques françaises, on peut aussi douter que la crise financière n’ait rien coûté au contribuable. En 2006, la dette publique française s’élevait à 60% du produit intérieur brut (PIB), la limite prévue par les fameux «critères de convergence» du Traité de Maastricht. Fin 2014, la dette publique de la France a atteint 2 000 milliards d’euros, et elle devrait passer le cap symbolique de 100% du PIB au printemps. Quant à la pression fiscale, elle a continué de s’alourdir depuis 2008, quel que soit le parti au pouvoir.

Dexia : 6,6 milliards pour le contribuable

Le sauvetage des banques en 2008 a été l’élément déclencheur d’une série de crises en cascade : crises successives des dettes souveraines européennes en 2010, crise des finances locales françaises en 2011, aucune des deux n’ayant été réglée depuis.

Le chapitre 7 (pp. 119-134) est consacré aux emprunts dits «toxiques» contractés par les collectivités territoriales françaises. Accordés par Dexia, la banque spécialisée dans les prêts aux territoires, ces crédits prévoyaient des clauses de remboursements complémentaires, comme la variation des taux en fonction de la conjoncture. L’envolée des taux durant la première décennie 2000 a mis à genoux des villes, des départements mais aussi des hôpitaux, qui avaient souscrit ces emprunts douteux.

Leur incapacité à rembourser Dexia a conduit à la faillite de celle-ci, et à son renflouement à hauteur de 6,6 milliards d’euros, à la charge des contribuables.

 Pour la séparation des banques et de l’État

Le sénateur démocrate de Virginie, Carter Glass, ancien secrétaire au Trésor et le représentant démocrate de l’Alabama, Henry B. Steagall, président de la commission Banque et Monnaie. Ils sont à l’origine, en 1933, de l’interdiction faite aux banques américaines de cumuler les fonctions de dépôt et d’investissement. Cette mesure sera abrogée par Bill Clinton en 1999.

Dans le scandale Dexia, un facteur apparaît : la porosité, pour ne pas dire la consanguinité, entre les banques, l’administration et le monde politique. On apprend notamment p. 131 que François Rebsamen, alors maire de Dijon, était administrateur de Dexia (Crédit local de France, entre 2003 et 2008), touchant au passage 20 000 euros par an de «jetons de présence».

Et cela ne se limite pas à Dexia. Le chapitre 18 (pp. 308-328) fait l’inventaire des hauts fonctionnaires de Bercy partis «pantoufler» dans les grandes banques. Les inspecteurs des Finances, sortis dans la «botte» de l’ENA, sont particulièrement surreprésentés dans la banque, et plusieurs d’entre eux ont eu des fonctions politiques (voir ci-après).

Ce phénomène, constaté dans l’ensemble du monde occidental, appelle un certain nombre de réformes, parmi lesquelles une «loi de séparation des banques et de l’État». Le chassé-croisé entre Bercy, les grandes banques et les cabinets ministériels pose un évident problème de conflit d’intérêts qui pourrait trouver un remède simple en interdisant purement et simplement de tels parcours.

Une autre mesure suggérée par les auteurs est d’instaurer une sorte de Glass-Steagall Act à la française. Adoptée par l’administration Roosevelt au sortir de la crise de 1929, cette mesure interdisait aux banques américaines de cumuler les fonctions de dépôt et d’investissement. Abrogée par le président Clinton en 1999, elle permettait d’interdire aux banques de spéculer avec l’argent de leurs déposants.

Elle permettait aussi de limiter la taille des banques, et d’éviter ainsi que la faillite de l’une d’entre elles menace l’ensemble du système financier et de l’économie mondiale. Dans notre pays où le «principe de précaution», constitutionnel, est régulièrement invoqué, parfois contre tout bon sens, il semble qu’il devrait être étudié dans le domaine où il se justifie le plus.

Roman Bernard

« Le Livre noir des Banques », ouvrage collectif Attac et Basta !, Éditions Les Liens qui libèrent, février 2015 – 21,50 €.


77

C’est le nombre d’énarque employés par les quatre grandes banques françaises (BNP, Société générale, Crédit agricole et BPCE – Banque populaire, Caisses d’épargne) selon le décompte du blogueur et actuaire Olivier Berruyer.


 Les « pantouflards » de l’Inspection des Finances

  • Henri de Castries, PDG d’Axa
  • Pierre Mariani, président de Dexia de 2008 à 2012, ancien directeur de cabinet du ministre du Budget Sarkozy (1993-1995)
  • Xavier Musca, directeur général du Crédit agricole, ancien secrétaire général adjoint puis secrétaire général de l’Élysée (2009-2012)
  • Frédéric Oudéa, PDG de la Société générale
  • François Pérol, président de BPCE, ancien conseiller économique du président Sarkozy (2007-2009)
  • Baudouin Prot, président de BNP Paribas de 2011 à 2014
  • François Villeroy de Galhau, directeur général délégué de BNP Paribas

« Étatistes par nature »

« Les hommes d’affaires et les industriels peuvent être de véritables entrepreneurs, ou des étatistes. Ils peuvent développer leur activité sur le marché ou demander des faveurs et des privilèges à l’État. Ils choisissent en fonction de leurs préférences et valeurs individuelles. Mais les banquiers sont par nature disposés à être étatistes. »

Murray N. Rothbard, Wall Street, Banks, and American Foreign Policy, 1984. Traduction libre.


Nouveau numéro ! «Le grand scandale des aides aux entreprises»Les Enquêtes du contribuable d’avril/mai 2015– 3,50€. En kiosque le mercredi 1er avril et sur abonnement. Vous pouvez d’ores et déjà commander en ligne ce numéro. 

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