Clinton, Le Pen, Bush, Miliband : société d'héritiers, société bloquée ?

Publié le 15 avril 2015 par Delanopolis
Le Pot aux Roses des grandes familles !
1 - Fils, filles et femmes d'eux

C'est un vrai phénomène transnational qui pourrait déclencher le rire gras de Kim Jong-un en Corée, les sarcasmes de Bachar El-Assad en Syrie, les toussotements des épouses Peron et Kirchner en Argentine ou les clins d'oeil de Raul Castro à Cuba. Oui, nos pays prétendument démocratiques sont de plus en plus gangrenés par le filialisme, le népotisme et le sororisme.

L'ère des Bush-Clinton finira-t-elle par ressembler à celle des Julio-Claudiens dans la Rome impériale ? Il faut dire que l'exemple de ce prestigieux empire imprègne depuis longtemps la symbolique du pouvoir nord-américain, ses aigles, son Capitole, ses puissants sénateurs, etc. L'Etat devient de plus en plus affaire de famille et, si les citoyens américains ne se ressaisissent pas, le frère et fils Bush va bientôt affronter Dame Clinton, avant que la nouvelle génération démocrate, avec Chelsea, ne se frotte, en tout bien tout honneur naturellement, avec un rejeton Bush. Chelsea Clinton, du reste, a convolé en noces politico-endogamiques avec un certain Marc Mezvinsky, fils de l'ancien représentant démocrate de l'Iowa Ed Mezvinsky et de l'élue Marjorie Margolies Mezvinksy, deux caciques du parti démocrate. Cette élite progressiste a célébré ce mariage lors d'une fête dont le coût a été estimé à 1,4 million d'euro pour satisfaire sans doute aux principes keynésiens de relance par la consommation.

Devinez donc quel va être pourtant le thème de la campagne d'Hillary Clinton ? « Les Américains se sont battus pour sortir d'une période économique difficile. Mais ceux qui sont au sommet continuent à bénéficier d'avantages. Les Américains moyens ont besoin d'une championne, et je veux être cette championne ». Bah, si elle trouve suffisamment de gogos pour croire à cette ambition populaire et à cette stigmatisation des avantages de la classe dirigeante ... Le grand mérite d'Hillary est plutôt son impressionnante opiniâtreté. Battue d'une courte tête par Obama - un homme neuf ! - en 2008, malgré les atouts et l'appareil partisan sur lesquels elle pouvait s'appuyer, usée par la vie harassante d'un secrétaire d'Etat en vadrouille planétaire, elle avait tout motif de raccrocher les gants. Et bien non, elle s'y recolle ! Comme disait merveilleusement Picasso : "Tous les hommes sont égaux sauf les tenaces". Hillary nous montre que les femmes sont bel et bien les égales des hommes de ce point de vue et que les privilèges du pouvoir n'érodent pas forcément la combativité.

On touche alors du doigt l'explication de ce retour en force du clanisme familial et du népotisme en politique, y compris dans les régimes électoraux dits démocratiques. La compétition pour le pouvoir est éreintante, ruineuse, épuisante.
Un milieu familial propice, expérimenté, connaissant les codes, les combines, les réseaux est essentiel dans cette course qui se transforme désormais en marathon. La vie politique devient une sorte de guerre d'attrition. Même les marxistes patentés s'y mettent comme les deux frères Ed et David Miliband qui se sont disputés le leadership travailliste en Grande-Bretagne dans le sillage de Ralph, leur intellectuel renommé de père, maître à penser de la gauche radicale anglaise. On nage en plein rétro-bourdieusisme : le capital intellectuel et relationnel "progressiste" fait la carrière des enfants "de".

En France, l'exemple de Jean Sarkozy a pu faire penser que les citoyens goûtaient peu ce genre de favoritisme. Mais les Le Pen, qui gèrent le Front national comme une PME familiale de province, sont en train de modifier la donne. Père, fille et petite-fille ont joué cette semaine un psychodrame des plus cocasses. Ils se disputent le linge sale mais il ne sortira pas de la famille. Les Mégret, Gollnisch, Bompard, Lang, Martinez et autres, qui ont cru un moment pouvoir briser cet oligopole, ont tous été laminés. En Paca, la question de la tête de liste pour les régionales est réglée au bénéfice de Le Pen version 3.0 dite Marion. Elle est déjà député mais la tentation du cumul n’attend pas le nombre des années. Tout au plus pénètre-t-on dans le saint des saints frontiste par alliance matrimoniale, comme Louis Aliot. Là aussi, il est significatif de constater que la seule force politique nouvelle en France de ces trente dernières années ne parvient à émerger qu'en se recroquevillant sur des pratiques népotiques. Le ticket d'entrée dans la vie électorale est devenu tellement coûteux que seule une carte de famille nombreuse permet de s'en acquitter. Tout cela ne semble guère gêner les électeurs frontistes ...

Cette société d'héritiers a l'allure d'une société bloquée. Le mal est profond. La politique économique et financière qui domine aujourd'hui dans de nombreux pays développés, en bridant les salaires et en réduisant la rémunération de l'épargne, par-delà une apparence égalitaire, entrave la constitution par de nouveaux entrants d'un capital qui leur permettrait d'échapper durablement à leur condition sociale initiale. Le capital ne se concentre pas sous l'effet du néo-libéralisme comme le dit Piketty. Il s'efface au contraire au bénéfice de clans qui agissent en réseau et ont moins besoin d’argent que de réciprocité. Dans ce système, les solidarités familiales finissent par triompher sous le couvert de la puissance publique. Le Front national nous aura une fois de plus montré qu'on peut innover tout en étant régressif.


2 - Jeux Olymfric

Il suffit d'observer l'urbanisme mal jointif et désarticulé de l'Île-de-France depuis le balcon autoroutier de la "Francilienne" pour se rendre compte de l'énormité des investissements à consentir pour donner enfin unité à cette région mal cuite. L'idée du Grand paris était bonne mais elle s'est perdue dans les sables du clientélisme et du règne des potentats locaux. Depuis que la Société du Grand Paris et l'Atelier international du Grand Paris ont été créés par Sarkozy, combien de dizaines de millions dépensés sans résultats notables ?

Plutôt que de prendre ce mastodonte par les cornes, la camarilla dirigeante française vient d'inventer un nouveau leurre : une candidature aux jeux olympiques de 2024. Enfin... nouveau ... c'est une façon de parler après le camouflet de juillet 2005 à Singapour qui vit Delanoë littéralement tomber à la renverse en apprenant son échec pour les jeux de 2012.

Ces trois semaines de festivités sportives où l'argent coule à flots ont des vices depuis longtemps inventoriés : explosion des budgets après leur sous-estimation manifeste, dilapidations en tout genre au profit d'opérations de prestige et de communication, nombreux équipements sous utilisés dès les lampions de la fête éteints. A Athènes, Pékin, Londres ou Sotchi, pour ne parler que des derniers exemples en date, on se remet difficilement de cette gabegie. Elle flatte l'ego de quelques politiciens et enrichit des margoulins, mais elle n'a aucun sens au regard des besoins en infrastructures de l'Île-de-France qui sont tout sauf ceux de piscines et de stades géants supplémentaires.

Pourtant, un blitzkrieg de com' a été lancé, à coup de sondages opportuns qui démontreraient que les Français sont majoritairement favorables à cette opération. Les instituts se gardent évidemment d’indiquer aux personnes interrogées le coût réel de la chose. Les médias salivent en songeant aux budgets publicitaires à venir et se rangent derrière la candidature. Il va falloir se résigner à nouveau aux enfumages cocardiers subis entre 2003 et 2005. Espérons pour notre dette publique que la même déconfiture soit au bout du chemin ...


3 - Courage, fliquons !

Ils étaient une poignée à l’Assemblée nationale pour voter les dispositions liberticides qui n’empêcheront d’ailleurs pas les islamistes de continuer à sévir. Les autres députés se terraient-ils dans leurs circonscriptions, vaguement honteux ? Une service de géo-localisation permanente des élus abstentéistes s’impose, avec cartes et dénonciations à l’appui. Désormais, l’Etat en a les moyens juridiques et politiques.