Charogne

Par Jperino @Jonoripe

Aux dernières nouvelles, l’homme est de plus en plus vieux.

Jadis la Bible faisait naître Adam et Ève il y a un peu plus de 6'000 ans. Naguère, la paléontologie, qui a remplacé la religion, a fait apparaître notre ancêtre vers 1 millions puis 2 millions d’années… Récemment on a glissé jusqu’à 2,5 millions d'années...

Enfin, dans un article à paraître bientôt dans Nature, il semblerait que l’on ait trouvé des outils datant de 3,3 millions d’années.

Comme on n’imagine mal des outils sans la main qui va avec, on peut donc penser que les hommes sont vraiment de plus en plus vieux.

Mais que faisaient donc nos ancêtres 3,3 millions d’année en arrière avec leurs outils ? Ces hommes étaient-ils des chasseurs ? On a longtemps valorisé l’homme viril partant, avec sa lance, à la chasse aux grands fauves ou aux mastodontes pendant que bobonne s’occupait des mioches, cousait les peaux de léopards et rangeait la caverne. DeLa guerre du feu aux aventures de Rahan en passant par les reconstitutions télévisées, l’image du chasseur préhistorique, brandissant son épieu face à un mammouth a fait florès.

Mais des anthropo-paléonto-logues en mal de papier se sont penché sur la question et ont conclu qu’en réalité, avant l’invention de la carabine à viseur laser, l’homme était plutôt un charognard qui vivait aux crochets des grands fauves. Fauves qu’il dessinait volontiers sur les parois de sa caverne pour le remercier de ne pas manger la totalité des charognes.

L’anthropologue Lewis Binford, en examinant avec précision des carcasses dans des campements préhistoriques du Paléolithique inférieur a noté que les marques laissées par les consommateurs étaient le fruit du charognage plutôt que de la chasse active. Certains os montrent des traces non humaines de dents de carnivore.

En réalité, et pour faire court, l’homme est resté fondamentalement un charognard qui préfère vivre des produits de la finance plutôt que de chasser le profit dans la jungle industrielle.

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Baudelaire - Une charogne

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

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Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !