Radek Szlaga et le vacarme du monde

Publié le 29 avril 2015 par Pantalaskas @chapeau_noir

Cacophonie

Qui pourrait croire que la toile du peintre est un objet silencieux ?  Assurément celles de Radek Szlaga nous renvoient au tumulte du monde, à la cacophonie d'une époque traversée par le maelström de l'information, le tapage des radios, des télévisions mais également le Tohu-bohu de l'Histoire. Le jeune peintre polonais, dont une partie de la famille a immigré et vit aux États-Unis à Detroit, n'ignore pas le télescopage des cultures, et s'intéresse, en outre, aux turbulences de l'Histoire, notamment à travers des œuvres littéraires : le livre de Joseph Conrad " Au cœur des ténèbres"  ou le roman de Sven Lindqvist "Exterminer toutes les brutes".

Radek Szlaga

"Au cœur des ténèbres" publié en 1899 relate le voyage de Charles Marlow, un jeune officier de marine marchande britannique, qui remonte le cours d'un fleuve au cœur de l'Afrique noire. Le point de départ, et aussi le titre du livre "Exterminez toutes ces brutes" est justement une phrase extraite du livre de Conrad  et prononcée par un des personnages. Ce livre offre le récit d'un double voyage : celui d'un homme qui traverse le Sahara et qui parallèlement remonte le temps à travers l'histoire du concept d'extermination.
Sous couvert de périple, chaque traversée  renvoie à une enquête de civilisation. Cette sorte de Voyage au bout de la nuit se présente comme un lent éloignement de la civilisation et de l'humanité vers les aspects les plus sauvages et les plus primitifs de l'homme dans le roman de Conrad. Sven Lindqvist, pour sa part, tente de décrypter les mécanismes qui sont à l’origine des grands génocides de la planète. Ces  composantes littéraires offrent une grille de lecture aux toiles de Radek Szlaga.
Tout se bouscule dans les tensions du monde comme dans les toiles du peintre. Il y a du Jean-Paul Chambas dans cette démarche comparable à celle de l'artiste français qui a toujours voulu tout mettre dans un tableau. Le monde n'est pas immédiatement lisible, les toiles de Radek Szlaga non plus. Elles témoignent du désordre dans lequel l'histoire des hommes trace sa route.

Radek Szlaga

Heart

La toile du peintre serait-elle assimilable à un capteur ?  C'est l'hypothèse que suggèrent, me semble-t-il, les tableaux de Radek Szlaga. Il s'agirait alors de fixer sur l'écran blanc de la toile les images et les mots permettant de rendre palpable le vacarme du monde et de proposer une réflexion sur les valeurs véhiculées par la société occidentale dans sa volonté dominatrice, voire impérialiste. Certes la colonisation est devenue davantage culturelle que politique mais l'ambition hégémonique n'a rien perdu de sa vigueur. Heart, titre de l'exposition, apparaît ainsi comme le roman peint de cette traversée d'une histoire contemporaine agitée, au bilan parfois tragique.
Et le jeune peintre ne recule pas devant le recours aux techniques multiples (dripping, graffiti, dessin, rayures, coulures). Il intègre également des tissus dans la toile et ne fixe pas de limites aux expérimentations. Dans la forme comme dans le projet artistique, cet appétit de vouloir tout mettre dans un tableau semble loin d'être rassasié.

Photos: Galerie Laure Roynette

Radek SZLAGA
"The Heart"
Carte Blanche à Sandra MULLIEZ
Du 16 avril au 23 mai 2015
Galerie Laure Roynette
20 rue de Thorigny
75003 Paris