Critique Ciné : Le Labyrinthe du Silence, affaire du siècle

Publié le 08 mai 2015 par Delromainzika @cabreakingnews

Le Labyrinthe du Silence // De Giulio Ricciarelli. Avec Alexander Feeling et André Szymanski.


Les allemands produisent pas mal de films ces dernières années sur les conséquences de la Seconde Guerre Mondiale dans leur pays. Le Labyrinthe du Silence est le dernier en date, qui se concentre sur l’histoire vraie d’un procès contre des anciens SS ayant servi à Auschwitz et mené par un jeune procureur qui va se retrouver seul contre tous. Je dois avouer que je ne m’attendais pas forcément à voir une histoire aussi fort émotionnellement développée par un scénario minutieux et très documenté. On sent que Giulio Ricciarelli a fait des recherches pour que son film soit au plus proche de la réalité et le résultat est forcément au rendez-vous. Il a parfois presque une valeur documentaire. Adapter une histoire comme celle-ci impose de rester impartial et de ne pas tomber dans le mélodrame foireux. Beaucoup de films sur la guerre tombent dans ce genre de problèmes (notamment Suite Française bourré aux bons sentiments dégoulinants). Au contraire, choisi de nous plonger au coeur d’une enquête. Si le film se permet aussi d’ajouter une petite romance au milieu, ce n’est que pour comprendre un peu mieux le héros et voir comment cette enquête va littéralement le bouffer.

Allemagne 1958 : un jeune procureur découvre des pièces essentielles permettant l’ouverture d’un procès contre d’anciens SS ayant servi à Auschwitz. Mais il doit faire face à de nombreuses hostilités dans cette Allemagne d’après-guerre. Déterminé, il fera tout pour que les allemands ne fuient pas leur passé.

Car le jeune Johann Radmann veut à tout prix mettre en prison les anciens SS toujours en vie qui ont commis des atrocités à Auschwitz. C’est aussi un film de devoir de mémoire. On nous rappelle une terrible page de l’histoire de façon extrêmement intéressante. Le film ne veut pas que l’on oublie et certaines histoires sont même choquantes (l’histoire de l’enfant et la pomme par exemple était terrifiante, et ce n’est pas la seule, celle des jumelles l’est tout autant) dans le but de rappeler que cette terrible page de l’histoire ne peut pas être oublié. Mais l’on comprend aussi le point de vue d’autres. Car c’est aussi un film sur l’identité des allemands quelques années après la guerre, en pleine RFA. Le film ne ménage pas le peuple allemand (le fait que finalement beaucoup de gens s’étaient soumis à la politique nazi, que d’autres avaient rejoint le parti simplement pour continuer d’avoir le droit d’exercer leur métier, etc.). C’est là que le héros va commencer à basculer car le film veut justement que le héros s’investisse émotionnellement dans cette affaire et c’est ce qu’il va faire à sa façon. C’est là que son couple, qui est probablement l’un des points faibles du film et à la fois une façon de nous détendre au milieu d’un film qui reste pour le moment dépressif.

Giulio Ricciarelli met tout cela en scène de façon extrêmement brillante. C’est beau, soigné et l’angle qu’il choisit est particulièrement intéressant. Il pose sa caméra, cherche les moments les plus intimes pour en faire quelque chose de beaucoup plus impressionnant. Le film enseigne aussi sur une partie de l’histoire que les allemands auraient préférés oublier. Cela me fait penser de façon beaucoup plus adulte à tous les films de mémoire que l’on peut également produire en France. Le dernier en date, Les Héritiers, prenant l’histoire des déportés d’Auschwitz lui aussi et racontait le parcours d’une classe difficile afin de rappeler le combat pour la Résistance dans une France occupée. Finalement, Le Labyrinthe du Silence est l’une des bonnes surprises de ces derniers temps. Un film presque à valeur documentaire avec une reconstitution historique particulièrement soignée et forte. Les années 50/60 sont représentées de façon très élégantes, rappelant là aussi les meilleures fictions du genre que l’on peut voir fleurir dans le pays européen.

Note : 8/10. En bref, un devoir de mémoire qui apprend des choses sur une partie de l’histoire de l’Allemagne d’après guerre.