Your lie in april : la musique donne des couleurs à la vie !

Publié le 13 mai 2015 par Paoru

J’étais parti pour vous faire une sélection de tomes 1. Cinq avait déjà été choisis et 2 restaient à lire, dont Your Lie in April, le manga de Naoshi ARAKAWA aux éditions Ki-oon. Au bout des 2 tomes de ce dernier, sortis ensemble le 09 avril, le verdict tombe : la sélection attendra encore un peu, car cette série – et cette expérience de lecture en musique – méritent toute mon attention le temps d’un article complet. So here we are, young ones, parlons un peu de ce shônen d’une grande douceur, qui mêle combat contre soi-même et duo de musique classique, dans une remarquable mise en scène.

Certains ont, peut-être, déjà entendu parler de titre via son adaptation en anime, diffusée chez Wakanim sous son nom original nippon Shigatsu wa kimi no uso, à moins que vous ne l’ayez repéré encore plus tôt grâce à sa sélection aux fameux Taisho Awards en 2012, même si c’est Silver Spoon qui l’a emporté cette année là. Your Lie in April a débuté en 2011 dans le Gekkan Shônen de la Kodansha, un mensuel qui, en plus de Beck, compte quelques nouveautés phares de 2015 en France : Noragami (publié chez Pika) ou Rin, le prochain Harold Sakuichi qui arrive ce mois-ci chez Delcourt. De quoi attirer l’attention donc, car cette série achevée en 11 tomes a beau être la première oeuvre de Naoshi ARAKAWA, la maîtrise et le talent de ce jeune mangaka a vraiment de quoi séduire. Explications…

  

Tout commence par une vie en noir et blanc…

Kôsei Arima, collégien de 14 ans, a été formé depuis sa plus tendre enfance au piano par une mère des plus exigeante et sévère… mais qui a fait de lui un jeune virtuose. Jusqu’au jour où elle meurt : Kôsei a alors 11 ans et il est se retrouve seul. Le drame ne tarde pas à arriver : il s’effondre en plein récital et devient, dès lors, incapable de s’entendre jouer. Sa prometteuse carrière est tuée dans l’œuf… Pour toujours ?

Trois années se sont écoulées depuis et notre jeune adolescent fait un jour une rencontre inattendue qui va accélérer son quotidien, qui s’est teinté en noir et blanc depuis son blocage… Lors d’une rendez-vous forcé avec ses amis – l’impétueuse Tsubaki qui veille sur lui depuis toujours et son camarade de classe Ryota, sportif et grand séducteur – il fait la connaissance de Kao, jeune fille éblouissante et pleine de vie. Mignonne à croquer aussi. C’est Ryota qui attire les yeux de la belle et Tsubaki ne cherche donc pas plus loin, d’autant que le fameux rendez-vous à quatre est une combine de Tsubaki : Kao est une jeune violoniste et elle passe aujourd’hui la première audition d’un concours public de musique classique. Récalcitrant, Tsubaki finit par accepter et il découvre alors une interprète éblouissante… La 9 sonate de Beethoven emplit la salle et subjugue l’auditoire.

Même si le jeu de la demoiselle n’est pas du tout académique, elle passe tout de même le premier tour. Tout pourrait s’arrêter là, mais les chemins des deux musiciens se croisent à nouveau. Et Kao ne s’y est pas trompé, elle a bien reconnu l’ancien jeune phénomène. Elle prend alors une décision : avec l’aide enthousiaste de Tsubaki elle va faire de Kosei son accompagnateur au piano pour le second tour de la compétition !

Une vie qui changea un beau jour d’avril…

Your Lie in April a le charme de ses manga hybrides, le charme d’un shônen qui sait se montrer subtil et qui donne la part belle aux émotions. Les premiers chapitres nous présentent les 4 protagonistes avec beaucoup de douceur et d’humour, dans un quotidien assez léger qui cache cependant quelques fêlures et quelques doutes. Tout ceci se découvre dans une excellente mise en scène qui s’appuie sur les liens qui unissent les différents protagonistes : Kosei et Tsubaki, par exemple, sont amis d’enfance mais on comprend rapidement que l’adolescence vient chambouler cette relation et que l’amour n’ai jamais très loin.

Ryota est l’ami à qui tout réussi, le pote sympa qui à une côte d’enfer mais qui n’est pas si superficiel que l’on imaginer. Et il y a le chien dans le jeu de quille, l’ébouriffante Kao qui emporte tout et tout le monde sur son passage avec sa passion, son caractère décidé et intrépide…Elle rebat les cartes des relations au sein de notre trio qui devient rapidement un quator, tant et si bien qu’on ne sait pas pour l’instant où tout ceci va nous emmener. D’autant que d’autres personnages secondaires viennent pimenter l’intrigue, afin de corser le tout et d’éviter les romances trop téléphonées. Un vrai plaisir à la lecture.

Graphiquement, le mangaka joue beaucoup sur les regards et les échanges de regards, il utilise aussi bien les discussions que les introspections, le tout dans un parfait équilibre et toujours avec une légèreté. Autre arme : un humour avec quelques caricatures et SD qui font mouche tout en restant en surface, afin de laisser deviner au lecteur, en creux, la réelle profondeur des protagonistes.

Jusqu’ici, comme vous pouvez le constater et même avec un héros masculin, on semble bien naviguer sur le long fleuve de la romance. En fait, un peu comme dans un shônen de Mitsuru Adachi, on place les histoires d’amours en plein cœur d’un récit, on confère aux sentiments et aux émotions une prépondérance sur l’action. Cependant, si Adachi choisit souvent d’osciller entre sport et love story, Your Lie in April appuie encore plus sur la corde sensible, puisqu’il ne s’agit pas ici de baseball, de natation ou de boxe mais de musique classique avec un violon et un piano !

Corde sensible. Violon & piano. Humour. Bref… Poursuivons.

Bien que cela puisse paraître surprenant, de part l’image raffinée et subtile que possède la musique classique, c’est aussi dans les phases mélodiques que le coté shônen ressort, car nos deux virtuoses envoient balader les conventions, jouent avec leurs tripes et donnent tout au public, se répondant parfois l’un – l’autre comme dans un véritable duel sportif. Pour autant, grâce à sa mise en scène et un excellent découpage des planches, Naoshi ARAKAWA parvient à laisser à la musique toute sa subtilité : le temps suspend parfois régulièrement son vol sur une note et une double page,aérienne et magique, avant de replonger dans une bataille intense et un vrai challenge physique et émotionnel.

Au sein d’un récit qui suit le schéma des tranches de vie, mais aussi une histoire plus profonde et tragique qui reste à découvrir, on a donc le droit à ses véritables montagnes russes, totalement trépidantes… Plus d’un mangaka s’est déjà cassé les dents sur ce genre de mélange, mais il faut bien avouer que l’équilibre est ici remarquable lors des deux premiers volumes.

… une vie qui se remplit de notes, éclatantes et colorées !

Néanmoins, pour être parfaitement honnête, cet enthousiasme que je témoigne ici n’est pas le seul fait du manga lui-même, et doit en partie à une excellente idée qui l’accompagne : celui d’insérer, à plusieurs fins de chapitre, un QR Code permettant avec votre téléphone de tomber directement sur la mélodie jouée le chapitre précédent, ainsi qu’un petit complément d’information sur le morceau lui même et sa jouabilité. Lire un manga sur le thème de la musique classique tout en l’écoutant : cela parait tellement évident quand on y repense, qu’on se demande comment personne n’y a pensé avant.

C’est en tout cas possible dorénavant, donc on peut saluer l’idée de la Kodansha qui a été reprise par Ki-oon, car le résultat transcende vraiment le matériau d’origine. Un conseil et une remarque tout de même : ces QR code et les liens se situent après l’interprétation de nos héros, à titre de complément d’information comme je le disais. Mais il s’avère bien plus efficace de laisser la musique se diffuser en même temps qu’elle s’écoule dans les planches du manga. Lorsque qu’une interprétation s’apprête à démarrer, filez en fin de chapitre et lancez la vidéo pour profiter à plein de ce mélange, et vous vous verrez totalement transporté, car le mangaka a réellement adapté sa mise en scène aux particularités du morceau joué, et on repère par exemple une intro ou un solo aussi bien sur les pages du manga que dans la mélodie. La symbiose n’en est que plus magique.

Voilà l’essentiel à retenir de ces deux premiers volumes, en plus du fait qu’il n’y rien à jeter graphiquement. Jetez-vous dessus, donc, pour le bonheur des yeux… Et des oreilles !

Fiche descriptive

Titre : Your Lie in April
Auteur : Naoshi ARAKAWA
Date de parution du dernier tome : 09 avril 2015
Éditeurs fr/jp : Ki-oon / Kodansha
Nombre de pages : 192 n&b et couleur
Prix de vente : 6,60 €
Nombre de volumes : 2/11 (terminé)

Visuels : SHIGATSU WA KIMI NO USO © Naoshi Arakawa / Kodansha Ltd.

Pour en savoir plus sur le titre vous pouvez vous rendre sur le site des éditions Ki-oon. En bonus, voici également la preview du premier tome pour en découvrir les premières pages :