Renouveau Socialiste : La Motion Magique

Publié le 15 mai 2015 par Michael Vincent @0vinz

Le congrès de Poitiers approche, les socialistes voteront pour la motion définissant l’orientation du parti pour les prochaines années jeudi prochain. Renaud Thillaye et moi-même avons présenté et défendu en réunion de section hier à Londres la motion A – Le Renouveau Socialiste, épaulés par une invitée de marque, notre secrétaire d’Etat chargée du Numérique Axelle Lemaire. Pour les camarades socialistes qui n’ont pas pu y être, et pour ceux qui hésitent encore, voici ce qui nous a convaincus.

Axelle Lemaire

En bref, comment se présente la motion ?

« Réunir, réussir, renouveler » sont les trois piliers de la motion – tous les socialistes peuvent se retrouver dans ces objectifs, quelles que soit leur sensibilité :

  • Réunir autour du gouvernement dans un contexte difficile (terrorisme, optimisation fiscale, débat européen, défi climatique…) et pour assurer la victoire de la gauche en 2017
  • Réussir la fin du quinquennat par le biais de « dix chantiers de l’égalité », avec notamment l’entame de la réforme fiscale, la démocratie sociale, l’investissement dans les énergies alternatives, la lutte contre les discriminations, la poursuite d’une Europe plus sociale
  • Renouveler en ouvrant le PS (« Maisons de la gauche » en lieu et place des fédérations, campagne d’adhésion…)

La logique du texte

Le texte de la A n’a pas l’allure d’un simple programme électoral mais propose un constat lucide sur la situation actuelle en ligne avec la conjoncture, prenant en compte le contexte géopolitique et économique. Justes, ses idées sont coordonnées et apportent une véritable analyse, un diagnostic. A cet égard, il ne constitue pas un inventaire, une compilation de propositions déjà vues ou anachroniques mais bien une analyse cohérente.

Afin d’être à la hauteur des enjeux, le rassemblement est impératif. Dans cette période difficile, nos adversaires sont bien Le Pen et Sarkozy. Dans l’optique de l’élection présidentielle, pour la campagne de 2017, il faut rassembler et non fragiliser nos ministres et notre président François Hollande. En ce sens, la motion A est responsable. Elle constitue une vraie synthèse de la gauche, allant de Martine Aubry jusqu’à Gérard Colomb. Elle ne fait pas que prétendre rejeter la logique « bloc contre bloc » mais la dépasse en réalisant l’union.

La motion A fait une belle place aux idées neuves et au renouvellement, dont la motion D n’a pas le monopole auto-proclamé – Comme Libé le disait non sans ironie, la motion A est la motion que les ministres auraient mieux fait de lire avant de signer. Reforme fiscale, contreparties au pacte de stabilité, assouplissement des règles budgétaires de l’UE. La motion A n’est pas non plus la motion des éléphants, et met en avant également un bon nombre de jeunes personnalités du gouvernement – Axelle Lemaire, NVB, Mathias Fekl – mais aussi au niveau des candidats fédéraux.

Votez !

C’est la seule à clairement expliquer que la France a besoin d’une politique de l’offre comme d’une politique de demande. Il est dangereux et irresponsable d’entretenir l’illusion que les entreprises françaises (notamment les PME et ETI) n’ont pas besoin de retrouver des marges afin de monter en gamme, être plus compétitives et créer des emplois. Le gouvernement leur en donne les moyens (BPI, CICE, élargissement du crédit impôt-recherche…) et réorientera les moyens si les entreprises ne jouent pas le jeu. Dans le  même temps, du côté de la demande, le gouvernement lutte sans relâche depuis 2012 pour un environnement européen plus favorable à la croissance. Les résultats sont là : assouplissement de la politique de la BCE, relâchement des contraintes budgétaires sur la France, plan « Juncker » d’investissement… Ces résultats sont le fruit d’une négociation permanente et déterminée avec nos partenaires européens. Ce n’est pas avec de grandes déclarations et au bras de fer qu’on obtient des changements à Bruxelles et à Berlin.

Le texte porte un regard lucide sur les difficultés que traversent les Français (chômage, pouvoir d’achat…) et la crise de confiance politique. Mais, sans tomber dans l’angélisme, il donne du sens aux trois premières années du quinquennat et en souligne les vraies réussites de gauche :

  • Mesures sociales, avec l’augmentation du RSA et de l’allocation de rentrée scolaire, la généralisation des complémentaires santé pour les salariés, le compte personnel formation, le compte pénibilité…
  • Réformes de société, avec le mariage et l’adoption pour tous
  • Réforme des rythmes scolaires et du collège afin d’éviter le décrochage des élèves issues de milieux moins favorisés
  • Politique internationale « à la hauteur » au Mali, en Russie, dans les négociations climatiques à l’approche de la COP21
  • Renouveau des institutions par le non-cumul des mandats, la transparence du patrimoine et des indemnités des élus, la réforme des métropoles et des régions

Les motions B, C et D comprennent bien entendu des propositions intéressantes, et Jean-Christophe Cambadélis a montré qu’il était ouvert aux bonnes idées sans sectarisme. Pour prendre un exemple, les propositions de participation citoyenne de la motion D sont largement compatibles avec celles de la motion A. En revanche, d’autres propositions nous paraissent peu réalistes et constructives, voire dangereuses, car elles fragiliseraient la crédibilité du PS tant vis-à-vis des Français que de nos partenaires européens : stopper la baisse des dotations aux collectivités locales (pourquoi ne contribueraient-elles pas à l’effort ?), changement de statut de la BCE (aucune chance d’y parvenir, et dans la pratique la BCE fait montre de souplesse), suspension de la négociation TAFTA (après que F. Hollande a âprement négocié l’exclusion des services audiovisuels en 2013 et alors que M. Fekl bataille dur pour obtenir un accord acceptable), impôt mondial sur le capital. Certaines propositions frappent par leur caractère bureaucratique et punitif, là où les Français et les entreprises demandent qu’on leur fasse confiance (loi sur les contreparties obligatoires aux aides publiques, carte scolaire étendue aux établissements privés, syndicalisation obligatoire…) Sachons tirer les leçons de l’échec du Labour à convaincre que davantage de dépense et de régulation se traduisent nécessairement par de meilleurs résultats.

Sachons tenir un discours crédible et faire appel à l’intelligence des Français, plutôt que de se faire plaisir avec des propositions qui n’ont pas de chance d’aboutir.