Jérôme Orsini - Des monstres littéraires

Par Marellia
Des monstres prévisibles
***
Jérôme Orsini - Des monstres littéraires [Actes Sud, 2015]


Article écrit pour Le Matricule des anges
Des monstres et littéraires, donc, nous dit le titre. On ne pourra guère, sur ce point, accuser Jérôme Orsini de mentir sur la marchandise, tant le livre applique avec fidélité son titre programmatique, au risque d’ailleurs, pourquoi ne pas le dire, d’une certaine fadeur. Il s’agit d’un recueil de nouvelles harmonisé par le recours à un subterfuge classique, consistant à introduire l’ensemble des courts textes du recueil par un prologue où un personnage que l’on suppose fictif nous explique que ce que nous nous apprêtons à lire est le résultat du secret travail littéraire d’un autre personnage fictif, ami du premier. Orsini prétend ici faire œuvre métalittéraire, n’ayant dès lors pas peur de s’armer de références qui le sont déjà elles-mêmes, cadors même du genre, Borges, Vila-Matas et Bolaño en tête de peloton. On pourra ajouter au fur et à mesure de l’avancée d’un livre déployant un univers fantastique très (trop ?) balisé, Silvina Ocampo ou Cortázar pour continuer dans la veine latino, mais également une certaine ambiance Mitteleuropa, vaguement kafkaïenne. La langue élégante et classique sert le propos intemporel de l’auteur, mais le livre, pourtant, ne décolle jamais vraiment, restant bien souvent trop sage. L’univers d’un quotidien qui tout à coup dérive, ces réflexions à demi esquissées sur la nature des histoires, ces êtres mystérieux que l’on suit dans la rue, cette recherche d’une chute pour justifier le parcours, tout cela nous l’avons déjà lu, plus d’une fois, souvent en mieux. Nombre de nouvelles ici ressemblent à des esquisses d’idées plus qu’à de véritables réalisations. Le lecteur attend le moment où la machine se grippera, où elle prendra enfin un peu de hauteur par rapport à son sujet (autrement dit ses références littéraires, puisque c’est là ce qui semble constituer le seul sujet du livre). L’auteur, pour tout dire, semble s’être arrêté à mi-chemin. La littérature ici, n’a finalement pas grand chose de monstrueux, s’y trouvant trop bien peignée pour cela.