Chine : le controversé programme de construction de barrages sur le fleuve Salouen

Publié le 18 mai 2015 par Enjeux.info @enjeuxinfo

Par Thomas Haeflin - 18/05/2015 | 11:27

Un programme de construction de barrages sur le fleuve Salouen, dernier grand cours d'eau indompté de Chine, soulève une vive controverse dans le pays du fait des menaces qu'il fait peser sur l'environnement et l'existence des minorités ethniques.

Les autorités chinoises ont rédigé en 2003 un plan de développement de l'énergie qui prévoit la construction de 13 barrages sur la Salouen. Les cascades latérales qui dévalent vers le fleuve sont, l'une après l'autre, canalisées pour alimenter de petites centrales hydroélectriques mais aucun des 13 barrages prévu dans le plan de développement de l'énergie n'a encore vu le jour. Ce projet géant, dans une région sismique, a suscité une avalanche de critiques en raison de ses conséquences écologiques et humaines.

Long de 2 800 kilomètres, le fleuve Salouen dégringole du Tibet vers la Birmanie. Côté chinois, il est avec le Yangtsé et le Mékong l'un des trois fleuves parallèles classés au patrimoine mondial. L'Unesco estime que le cours supérieur de ces trois fleuves présente probablement la plus riche biodiversité de toutes les zones tempérées de la planète. La diversité culturelle y est également très importante avec une multitude de peuples, tibétains, du groupe ethnique loutse, lisu ou autres, qui vivent dans les gorges du fleuve et qui ont longtemps résisté à l'influence des Hans, l'ethnie majoritaire en Chine.

C'est tout cela que menace la construction de barrages sur le fleuve Salouen. Le plan de développement de l'énergie prévoit le relogement de dizaines de milliers d'habitants. L'association de défense de l'environnement Greenwatershed déplore que les populations qui ont été déplacées sans considération par les autorités locales, ce qui a entraîné la séparation de familles qui habitaient ensemble, ne se soient pas vus alloués de nouvelles terres agricoles.

Il y a quelques années, suite à la fronde, l'ancien Premier ministre chinois Wen Jiabao avait suspendu le programme des 13 barrages. Mais le dernier plan quinquennal (2011-2015) a annulé ce moratoire et cinq barrages, un au Tibet et quatre au Yunnan, restent officiellement prévus.