Mariage annulé, polémique : sphère privée ? sphère publique ? Place des femmes ? Place de la religion ?

Publié le 03 juin 2008 par Gchocteau

Depuis quelques jours, nous assistons à une polémique sur l'annulation par la justice d'un mariage entre deux personnes de religion musulmane.

Rappel rapide des faits :

- Deux adultes se marrient ;
La virginité de la nouvelle épouse n'est pas vraie, alors que cet élément était une des règles consentant à l'accord du mari (SIC !) ;
La justice de Douai casse le mariage en l'annulant par décision du tribunal, donnant donc raison à la dissimulation de réalité ;
La société Française gronde devant la décision ;
Rachida Dati demande au parquet de faire appel de la décision.

Ce sujet est compliqué à traiter. Au début, je pensais réagir et dire "c'est une honte !" en bon féministe que je suis. Puis, j'ai entendu la femme dire qu'elle était contente de l'annulation, car elle se sentait libre. Ah. Et puis, j'ai lu l'article de Marco Lou ficanas dans lequel il explique :

Incroyable comme une affaire relevant, à la base, de la sphère intime, privée, puisse ainsi enflammer la sphère publique.

Et je me suis dit "effectivement, c'est la sphère publique et les barbus de toutes les religions seraient bien contents de voir ce débat de fond sur un sujet éminement privé lancer sur la sphère publique".

Mais quand même, il y a dans cette histoire des éléments qui ne peuvent rester sans que je mette mon grain de sel.

La religion : Les protagonistes seraient catholiques, juifs ou protestants, le problème serait le même car le fond de l'histoire n'est pas religieuse (Ou du moins, pas totalement) ;
Sphère privée / sphère publique : autant le mariage est bien l'acte entre deux amoureux pour passer leur vie ensemble (Vision idyllique), autant le mariage civile est surtout un CONTRAT entre deux parties consentantes et libres entrainant des DROITS et DEVOIRS chacun envers l'autre. Nous vivons en République et un acte publique est un contrat, une loi, un règlement, pas un symbole ou une gentillesse du Maire.
La justice : le droit a dit que la virginité pouvait être une condition essentielle au mariage ! Si si... En première instance, le droit a reconnu la virginité comme un élément du mariage concerné, et donc que la dissimulation de sa perte au mari était un motif d'annulation du contrat. Et là, autant on peut être choqué par cette décision (Quoi qu'en droit, cela tient la route non ? C'est un dol !), les juges n'ont fait que suivre et appliquer la loi. Si cela chagrine sur les côtés féministes de nos consciences (Et heureusement non ?), il faut changer la loi. D'autant que ce qui est paradoxal, c'est que l'annulation a protégé l'ex-épouse, en annulant un mariage qui semblait partir sous des auspices particulières. Je n'ai rien lu sur l'avant mariage : le consentement était il vraiment là ? Etait ce préparé ? Avons nous devant nous l'un de ces mariages arrangés que nous pouvons trouvé (Et ceci quelque soit la religion et la société) ?

ET

La PLACE DE LA FEMME ! Parce que le fond est là, avant tout ! La religion est un élément important, mais non décisif. Derrière, il y a l'effroyable réalité : une femme, c'est comme une appareil électroménager ! On l'achète en fonction de SON besoin, des CARACTERISTIQUES que le futur mari souhaite voir... Et si à la maison, l'appareil n'est pas si conforme que cela à ce que le vendeur (Les parents de l'épouse ?) nous a présenté, on le ramène au magasin pour en avoir un autre. La femme objet, deshumanisée, doit être comme le mari le souhaite et non comme la VIE et la réalité l'ont façonné, l'ont construite...

Effroyable !

Alors non, ce n'est pas une histoire de religion, mais bien de l'égalité des citoyens, de nos visions de la relation entre homme et femme et de la capacité pour notre société à réagir en droit.

Devons nous changer la loi sur le mariage ?

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