L’heure zéro – Agatha Christie

Par Melusine1701

Il paraît que le scénario d’un crime se dessine longuement à l’avance, au moyen d’un faisceau d’événements a priori sans aucun lien les uns avec les autres, mais qui convergent tous vers une “heure zéro” dans laquelle ils prennent tous leur sens. Lorsqu’Angus McWirther rate sa tentative de suicide, lorsque la petite Sylvia avoue à la directrice de son collège des vols qu’elle n’a pas commis, ils ne savent pas encore que leurs actions auront un rôle inattendu dans une affaire de meurtre, plusieurs mois plus tard. Neville Strange, riche champion de tennis, a la drôle d’idée de réunir pour des vacances dans la demeure de sa tante Lady Tressilian sa femme Kay et son ex-femme Audrey qui est restée très appréciée de la famille. Il espère que ces deux femmes deviennent amies. Si Audrey semble affirmer que cela ne la gêne pas, Kay supporte assez mal la situation et l’ambiance est tendu entre tous les pensionnaires de Lady Tressilian. Et c’est dans ce contexte explosif que deux d’entre eux sont retrouvés morts.

Agatha Christie, c’est une valeur sûre. J’en ai lu beaucoup plus que ceux qui sont critiqués sur ce blog tant elle a bercé mon adolescence. Elle m’avait laissé le souvenir d’être la reine du huis clos et des fausses pistes en matière de policier. Comme prévu, j’ai marché à fond ici. Ce roman a cela d’habile qu’il vous annonce d’emblée que la mécanique qui mène au crime a déjà commencé, mais également celle qui mène à sa résolution, et que tous les éléments à première vue disparates dont on nous parle sont en fait cruciaux. Et histoire qu’on ait pas mal d’éléments sous les yeux, et de bien nous embrouiller aussi, on met du temps à nous présenter les personnages, leurs histoires, leurs points de faille, avant même que le moindre meurtre ne se produise. On n’a de cesse de se demander qui va se faire tuer, et quand!
Et cela permet de soulever pas mal de psychologies assez tordues. Les méchants, les salauds, les immoraux, les victimes ne sont pas là où on les pense. Chacun vient apporter sa pierre à l’édifice non seulement du meurtre mais aussi des révélations sur une bonne société anglaise bien pensante pleine de non-dits. Le vieux juriste Mr Treves, par exemple, qui ne peut pas monter les escaliers à cause de son coeur fatigué. Le vieil ami de Kay, Ted Latimer, qui la suit comme son ombre au point qu’ils semblent plus que des amis. Thomas Royde, cousin éloigné qui a toujours été amoureux d’Audrey. Et on le sait, le meurtrier est forcément parmi les habitants de cette maison. Mais histoire de nous embrouiller un peu plus, l’identité des victimes elles-mêmes est inexplicable, tant elles ne semblent pas être celles qui ont le plus d’ennemis dans la maison. C’est un plan machiavélique qui se met en place, avec l’habileté habituelle de Mme Christie.

La note de Mélu:

Génial!

Un mot sur l’auteure: Agatha Christie (1890-1976) est une grande dame de lettres anglaises. D’autres de ses oeuvres sur Ma Bouquinerie: