Le sculpteur – Scott Mc Cloud

Par Belzaran


Titre : Le sculpteur
Scénariste : Scott Mc Cloud
Dessinateur : Scott Mc Cloud
Parution : Mars 2015


Scott Mc Cloud est une personnalité majeure dans la bande-dessinée. Il a participé activement à la théorisation de cet art avec « L’art invisible ». Et s’il a milité pour la révolution numérique avec « Réinventer la bande-dessinée », c’est bien avec un pavé de 500 pages (paru chez Rue de Sèvres) qu’il revient à la fiction, quinze ans après !

Pour son retour, l’auteur reprend le mythe de Faust. David est en train de rater sa carrière de sculpteur, car son mécène qui l’a porté l’a ensuite lâché et détruit. Il n’a donc pas d’argent, (presque) pas d’ami, pas de famille… Il accepte alors un pacte lui permettant de modeler à sa guise les matériaux, mais sa durée de vie se retrouve du jour au lendemain très limité…

Une réflexion sur le succès.

Revisiter un mythe, c’est lui apporter quelque chose. Scott Mc Cloud tente de le moderniser en le situant dans le milieu d’art New-Yorkais. De ce milieu, on ne visitera qu’une seule galerie et le MOMA, dont on ne verra pas grand-chose. La réflexion porte avant tout sur le succès plus que sur l’Art en tant que tel. Ainsi la problématique est : le talent brut (sculpter avec maestria) suffit-il ? Quid des idées ? Des coucheries ? Des copinages ? Des critiques ? De la chance ? Si Scott Mc Cloud aborde ses questions, il n’apporte finalement pas grand-chose, même si certaines idées sont pertinentes.

Le traitement narratif est en revanche une véritable déception. Les cinq-cents pages de l’ouvrage ne sont absolument pas justifiées. Mc Cloud ajoute une amourette absolument pas crédible (du genre coup de foudre immédiat à sens unique) qui plombe le récit. De même, les discussions entre David et la Mort sont sans intérêt. Le faire devant un jeu d’échec alourdit encore le message.

Mais ce qui pose le plus de problème est certainement le personnage de David en lui-même. Obsédé par l’Art, il perd en empathie. Trop égoïste et obsessionnel (pour l’art ou pour Meg), il a bien du mal à attirer la sympathie. Les personnages trop pleurnichards fatiguent vite le lecteur. Surtout que Meg, présenté comme le pendant optimiste du livre, se révèle aussi dépressive…

Au niveau graphique, le livre est bien plus enthousiasmant. Certains passages sont vraiment inventifs, d’autres explosent de dynamisme… Il y a vraiment de quoi analyser dans ce livre ! Le parti pris de la bichromie (avec du bleu) est pertinent et l’auteur l’utilise pour faire des effets très réussis. L’auteur possède un style oscillant parfois entre les styles comics et manga (pour les personnages notamment). On sent que Scott Mc Cloud a fait des efforts pour sortir de son dessin un peu froid et statique, le résultat est assez réussi. Malgré tout, le dessin reste inégal avec des cases vraiment moins bien dessinées.

« Le sculpteur » m’a fait le même effet que les ouvrages de Craig Thomson : il y a de très belles idées graphiques et narratives, mais l’histoire se révèle décevante, peuplée de personnages dépressifs. Surtout, la forte pagination paraît inutile, répétant les choses sans vraiment les approfondir. Un ouvrage mi-figue mi-raisin, plein de qualités, mais dont les défauts alourdissent le propos.