"Pixels", juste ludique

Publié le 26 juillet 2015 par Guy Deridet

Au départ, il y avait un court-métrage un brin inquiétant d'un graphiste français. Passé à la moulinette hollywoodienne, le court est devenu long et a viré ludique. Un article de Pierre-Edouard Peillon dans Marianne



New York, façon Tetris Article paru dans Marianne daté du 17 juillet 2015

Un soir de 2010, le graphiste français Patrick Jean s'est couché après avoir posté Pixels sur Internet, un court-métrage ramassé, de deux minutes trente montre en main. Le lendemain matin, la vidéo avait déjà aimanté plus de 1 million d'internautes. Un engouement parfaitement mérité pour ce brillant film de poche dans lequel des pixels s'extirpaient d'un écran afin d'envahir New York, puis le monde, en prenant la forme d'anciens jeux vidéo (« Space Invaders », « Pac-Man », « Breakout », « Donkey Kong », « Tetris », « Frogger », « Bomberman »).

Par le bouche-à-oreille numérique, la petite œuvre de ce jeune réalisateur s'est donc rapidement frayée un chemin jusqu'à Hollywood, afin d'être étirée en long-métrage flanqué d'acteurs banquables, comme Adam Sandler ou Peter Dinklage, coiffé d'une coupe mulet impeccable de ringardise. C'était le destin assuré de ce court-métrage qui, en représentant notre monde progressivement émietté en pixels, ne pouvait justement devenir autre chose qu'un blockbuster (dont le nom, à l'origine, servait à désigner une bombe de la Seconde Guerre mondiale capable de détruire tout un pâté de maisons, un block).

Bref, le pachydermique Pixels de Chris Columbus est devenu la variation ludique du court-métrage originel - pour le coup bien plus étrange, plus inquiétant. Cette fois, l'invasion de notre planète par des personnages de vieux jeux vidéo pixellisés sert de tremplin vers une nostalgie amusée, qu'on nomme depuis quelques années le retrogaming. Amusante, l'adaptation en long-métrage du petit film de Patrick Jean ne semble pas, néanmoins, voué à atteindre le sommet d'angoisse de son modèle. L'ancien graphiste parvenait à passer d'un filament de pixels s'échappant d'une télévision à un globe terrestre transformé - dans un bruitage presque cartoonesque - en un seul et gigantesque cube, sorte de version carrée de l'impénétrable monolithe de 2001 : l'odyssée de l'espace. Au cinéma, on rira plutôt devant la rencontre de Pac-Man et de son créateur, on s'effraiera légèrement devant le singe géant de Nintendo... Bref, deux films différents, pour deux publics qui diffèrent.

L'original


La copie (no comment !)