[Critique] Dans l’intimité de Marie

Publié le 29 août 2015 par Alexandres

Akata a souvent pour habitude d’éditer des manga qui sortent du lot. Pas toujours évident de se faire une place avec la pléthore de titres qui sont disponible chaque mois. Dans l’intimité de Marie, en plus de son côté surnaturel, aborde des sujets qui sont très peu traités dans les manga en général. C’est ça la touche Akata.

L’histoire
Quand Isao Komori est allé sur Tokyo pour y suivre ses études à l’université, il s’imaginait déjà une nouvelle vie de rêve : jeune adulte et indépendant, avec tous ses potes de fac… Mais sans vraiment comprendre comment ni pourquoi, le voilà déjà seul. Désabusé, il finit par vivre cloitré chez lui. Son seul petit plaisir est de se rendre à la supérette du quartier, pour y admirer la magnifique lycéenne qui s’y rend tous les jours. Mais un soir, alors que comme tous les jours, il la suit discrètement jusqu’à chez elle, un curieux événement se produit : la lycéenne remarque sa présence et… Isao se réveille alors, un matin comme les autres, dans la peau de cette jeune fille ?! Il devra désormais se faire passer pour Marie, la fille la plus populaire du lycée ! Un nouvel enfer quotidien commence pour le jeune homme, tandis qu’une énorme question subsiste : puisque lui est rentré dans le corps de Marie, où est passé l’esprit de la jeune fille ?

Mon avis
Avec ce troisième tome qui vient tout juste de sortir, Il était temps pour moi de vous parler de « Dans l’intimité de Marie« . Même si ce manga est titre très accessible, il était tout de même difficile d’en parler tout de suite tant l’histoire divulgue au compte gouttes des indices qui nous permettront à la fin de comprendre ce qui se passe.

Shuzo Oshimi nous propose un gigantesque puzzle que le lecteur devra essayer d’assembler à chaque tome. Mais attention de ne pas vous égarez, car au delà de l’histoire principale qui consiste à Isao à retrouver son corps et l’âme de Marie, c’est tout un quotidien dans la peau d’une jolie jeune fille qu’il faudra affronter. Isao est au départ un étudiant qui souhaitait avoir une vie scolaire comme tous les autres. Copains, sorties, petite amie et bien évidemment obtenir son diplôme était son idéal. Cependant il se retrouve vite exclu, car il ne semble pas répondre à certains critères pour avoir une vie sociale épanouie. Il finit par se replier sur soi et décide d’arrêter les cours pour s’enfermer dans son studio. Il passe ses journées à lire des manga, jouer au jeux video et regarder des films pornographiques. Le stéréotype du parfait otaku me direz vous. Pas tout à fait, car dans sa vie bien sombre, une lueur d’espoir existe et elle s’appelle Marie. Chaque soir, il la retrouve à la supérette du quartier, mais il n’ose pas l’aborder, elle reste pour lui inaccessible de part sa beauté et son élégance. Cela ne l’empêche pas de la suivre jusqu’à chez elle mais il ne fera jamais de faux pas à l’égard de celle qu’il surnomme son Ange.

Mais le soir où Marie ce retourne en lui faisant son plus beau sourire pour le regarder en train de la suivre, la vie d’Isao prend un virage inattendu. Il se réveille dans le corps de celle qu’il admire. Mais alors qu’on aurait pu penser qu’il abuserai de la situation pour profiter du corps et de la lingerie de Marie, Isao a beaucoup de respect pour elle et ne la regarde pas une seule fois (du moins dans les 2 premiers tomes). Il se bande les yeux pour ne rien voir quand il prend son bain, qu’il s’habille et du coup le lecteur ne voit rien non plus. Astucieux. De plus, il va falloir vivre la vie de Marie tout en restant le plus naturel possible et c’est loin d’être facile surtout au lycée où elle est populaire.

Comme je le disais en introduction, le mangaka va bien plus loin que le sujet principal. Il met en lumière cette jeunesse mis à l’écart souvent considéré comme des déchets de la société. Ici Isao va enfin pouvoir prendre sa revanche sur son exclusion sociale, grâce aux amies de Marie. Il va sortir pour faire du shopping, du karaoké, une vie normale qu’il aurait rêvé d’avoir étant étudiant. Mais Il va aussi découvrir pour la première fois l’envers du décors d’être une femme et cela jusqu’à dans la plus grande intimité de Marie… Il va aussi voir l’insistance des regards masculin, se faire draguer, ce qui le mettra en porte-à-faux avec ses amies, lui donnant ainsi la volonté de vouloir retrouver absolument son corps et l’âme de Marie.

 Shuzo Oshimi nous propose un gigantesque puzzle que le lecteur devra essayer d’assembler à chaque tome.

Dans l’intimité de Marie est au final très masculin puisque Shuzo Oshimi veut montrer au lecteur ce que vit et ressent une femme au quotidien ainsi que les relations qu’elle peut nouer avec la gente masculine. Rien de sexiste, juste une mise en situation pour nous faire comprendre qu’être une jeune fille n’est pas toujours très drôle dans notre société actuelle. En parallèle on suit toujours le fil conducteur de l’histoire, chaque tome propose de nouveaux éléments mais qui pour le moment soulève plus de questions qu’ils n’apportent de réponses. Car si Isao a pris le corps de Marie, cette dernière n’est pas dans le corps du jeune homme. Alors comment revenir au point de départ ? Où est Marie ? Pourquoi lui a-t-elle sourit avant sa disparition ? Était elle au courant qu’Isao la suivait tous les jours ? Si oui, pourquoi n’a-t-elle pas agi ? Tant de questions qui reste toujours en suspens dans les trois premiers tomes auquel on ne peut pas reprocher grand chose. Shuzo Oshimi nous embarque complètement dans cette histoire à l’ambiance inédite. Et malgré des dessins à la qualité variable, on s’attache très vite aux personnages, on dévore les trois tomes en un rien de temps et on a qu’une envie c’est de savoir comment tout cela va se terminer.

Avec Dans l’intimité de Marie, Akata nous prouve une nouvelle fois qu’ils savent toujours prendre des risques éditoriaux en nous proposant un manga atypique et enrichissant culturellement.

Dans l’intimité de Marie, aux Editions Akata, 3 tomes disponibles au prix de 7.99€