Metal Gear Solid V : The Phantom Pain

Publié le 08 septembre 2015 par _nicolas @BranchezVous
Exclusif

Sept ans après la sortie de Guns of the Patriots, il est enfin là : le chapitre concluant la saga Metal Gear. Mais s’agit-il vraiment du meilleur jeu de la série?

Lorsqu’on se lance dans la série Metal Gear, on s’attaque à un mastodonte. Depuis la sortie du premier jeu, il y a 28 ans, le concepteur Hideo Kojima n’a pas cessé d’alimenter ce qui est devenu au fil du temps une histoire complexe dans le plus pur sens du terme.

Lorsqu’on se lance dans la série Metal Gear, on s’attaque à un mastodonte.

Voyageant à travers les époques dans la peau de divers protagonistes, tout en mêlant réalité et fiction, la série Metal Gear demande au joueur qui souhaite comprendre l’intégralité de son univers de s’y investir à fond. Heureusement, cette invitation est annexée à des jeux dont la jouabilité, qui a bien sûr évolué avec chaque nouvelle itération, est différente des autres jeux de guerre, et toujours très satisfaisante.

En fait, lorsqu’on se lance dans la série Metal Gear, c’est comme si on s’attaquait carrément à un Metal Gear : ce char d’assaut bipède avec une capacité de frappe nucléaire sortie tout droit de l’imagination de Kojima. Par chance, tout comme l’a été «l’insubmersible» Titanic, ce mech n’est pas indestructible.

Une histoire abracadabrante

Après les événements de Ground Zeroes, vous vous réveillez en 1984 dans un hôpital situé à Chipre, au sud de la Turquie, dans la peau du «légendaire soldat», John, alias Jack, mais également surnommé Big Boss, ou Naked / Punished / Venom Snake. Car, selon les époques, votre personnage a adopté divers pseudonymes. Pas facile d’être une légende. D’autant plus que vous avez été dans le coma pendant 9 ans, et que votre bras gauche a été amputé. Bref, le réveil est légèrement difficile.

Heureusement qu’Ishmael est là.

Puisque tout le monde cherche à vous assassiner, on vous attribue un autre nom, celui d’Ahab. Évidemment, dans les instants qui suivent, malgré cette nouvelle identité, une espionne parvient à infiltrer l’hôpital dans le but de vous faire la peau. Oui, elle aurait pu choisir de le faire pendant les 9 ans où vous étiez inconscient, mais si elle l’avait fait, il n’y aurait tout simplement pas ce jeu. L’autre patient qui partage votre chambre, Ishmael, s’avère être assez doué pour mettre fin à cette menace puis vous guider vers l’extérieur.

S’en suit une course folle jusqu’à ce que vous soyez aux commandes d’une nouvelle armée de mercenaires, les Diamond Dogs, avec pour objectif de venger la destruction de votre autre base, celle des Militaires Sans Frontières (vos compatriotes de Peace Walker). Sans surprise, le responsable de l’incident, le hideux Skull Face, a quant à lui un objectif d’abord mystérieux, mais qui fondamentalement ne menacera rien de moins que la planète entière.

Soulignons que les événements de The Phantom Pain se déroulent dans le cadre de la véritable guerre d’Afghanistan, qui opposa l’URSS à la résistance afghane moudjahidine, de 1979 à 1989.

Un jeu d’Hideo Kojima

Saviez-vous que Metal Gear Solid V est un jeu d’Hideo Kojima? Depuis le lancement de Sons of Liberty en 2001, cette mention a toujours trouvé son chemin sur la pochette des jeux de la série, avec pour seule exception celui-ci. Konami en a décidé autrement, Kojima devant formellement quitter l’entreprise maintenant que le jeu est sur les tablettes.

Les fans de la série ont évidemment réagi rapidement en montant aux barricades. Ils pourront néanmoins se rassurer en voyant que le nom du concepteur est affiché à de multiples reprises tout au long du jeu.

Metal Gear Solid V : The Phantom Pain, un jeu d’Hideo Kojima.

Longtemps critiqué pour offrir un gameplay linéaire et d’interminables cinématiques, Kojima Productions a eu l’idée cette fois-ci de concevoir ce jeu sous la forme d’épisodes. La quête principale compte une trentaine d’épisodes, qui débutent et se terminent par un générique propre à une série télévisée. Par conséquent, le nom de Kojima revient, et revient, et revient encore, au point où ça en devient ridicule. Sans l’ombre d’un doute, ce jeu a été imaginé, produit, réalisé, dirigé, puis scénarisé par Hideo Kojima.

Moins passif, plus actif, et plus de liberté

La longueur et la quantité des cinématiques ont été considérablement réduites, si bien que le fan de Metal Gear que je suis aurait aimé avoir une expérience plus linéaire. Je sais cependant que je fais partie de l’exception, et j’ai aimé la proposition d’un monde ouvert à la Gran Theft Auto, où la plupart des missions principales peuvent être lancées à partir d’un mode où Big Boss est libre d’explorer le territoire.

Après plusieurs échecs, on vous propose de porter un masque de poulet qui vous évite d’être repéré par les ennemis.

Il vous faudra par contre vous armer de patience au début de chaque mission : réalisme oblige, vous serez escorté pendant une bonne minute en hélicoptère à l’endroit que vous aurez désigné parmi une liste de choix prédéterminés. Pensez à demander le renfort de votre cheval, que vous pouvez «commander» à tout instant à partir de l’iDroid (votre appareil mobile trop futuriste pour les années 80), sans quoi vous risquez de devoir courir éternellement pour vous rendre à vos rendez-vous.

Le Fulton Recovery System à l’œuvre.

Metal Gear a introduit un concept jamais encore exploité dans un contexte de jeu vidéo – l’infiltration sans tuer le moindre ennemi (ou presque) – à une époque où les jeux obligeaient les joueurs à tirer sur tout ce qui bouge. Plus que jamais, The Phantom Pain offre la possibilité de compléter des missions sans être détecté, ou de carrément y aller Rambo style. Il va sans dire que cette deuxième option nécessite un arsenal approprié et le soutien de votre base. Ça tombe bien, c’est exactement ce que vous serez en mesure développer.

En explorant le territoire, vous devrez accumuler des éléments vous permettant de lancer la production d’une quantité hallucinante d’armes et d’items. En complétant des missions, principales ou secondaires, vous obtiendrez les fonds nécessaires pour déployer leur développement. Progressivement, vous pourrez agrandir Mother Base en y ajoutant des plateformes destinées à certaines fonctions : centre de commandement, troupes de combat, recherche et développement, soutien lors de mission, service de renseignement, infirmerie, et développement de la base.

Certaines recrues peuvent être douées dans un domaine particulier.

Vous allez inévitablement devoir gérer du personnel, que vous recruterez en grande partie lors de vos missions : assommez ou endormez un ennemi, puis envoyez-le subito presto dans les airs au moyen du Fulton Recovery System, un ballon attaché à un soldat, un prisonnier, un animal ou un objet lourd (parfois même ridiculement lourd), qui se déploie automatiquement, propulsant sa cargaison vers un hélicoptère invisible omniprésent. Cette technique est d’ailleurs très pratique pour faire disparaître vos opposants, à condition que leurs confrères ne remarquent rien. Les habiletés des personnes ainsi recrutées auront un impact bénéfique sur le niveau des plateformes auxquelles elles sont affectées, débloquant ainsi le développement de nouvelles armes.

Rassurez-vous, si cette gestion plutôt exceptionnelle pour un jeu de combat – bien qu’elle rappelle certains prédécesseurs de la série – peut paraître lourde en lisant ceci, vous l’assimilerez progressivement. Le tout est bien équilibré.

En terme d’attaque et de défense, vous pourrez utiliser le CQC (introduit avec Snake Eater) pour saisir un garde, le questionner, l’assommer, l’endormir ou lui trancher la gorge. Suite à un interrogatoire express, vous obtiendrez occasionnellement de l’information vous permettant d’accomplir les objectifs de la mission en cours plus facilement. Si vous choisissez d’utiliser l’incontournable pistolet tranquillisant toutefois, assurez-vous que le silencieux n’est sur le point de rompre.

Il arrive que la commande pour sprinter ne soit pas comprise, forçant à s’arrêter un centième de seconde pour la réenclencher. Dommage pour une action généralement utilisée dans des situations d’urgence.

Enfin, lorsque Big Boss est détecté par un ennemi, un mode bullet time s’active, vous donnant tout juste suffisamment de temps pour corriger l’angle de votre champ de vision, dégainer votre arme, puis tirer. Si celui-ci est muni d’un silencieux toujours fonctionnel, vous serez ni vu ni connu. Lorsque vous réussissez votre coup, la victime n’a pas le temps d’alerter qui que ce soit.

En ce qui concerne le reste des commandes, le tout est bien balancé et respecte la convention de la majorité des shooters. On peut même se projeter rapidement sur le sol de n’importe quel angle afin de ne pas être repéré, et rouler vers la gauche ou la droite lorsqu’on est étendu par terre.

Bref, Big Boss peut effectuer une panoplie d’actions, et le personnage est plutôt polyvalent. Seul bémol : il est souvent arrivé que la commande pour sprinter ne soit pas comprise par le jeu, me forçant à m’arrêter un centième de seconde pour la réenclencher. Puisque c’est le genre d’action que l’on doit réaliser dans des situations d’urgence, il aurait été intéressant que la configuration de commandes de base soit différente pour la course.

Moins d’antagonistes colorés

Vous rencontrez l’homme de feu, le seul antagoniste «traditionnel» proposé, au tout début du jeu.

La série Metal Gear, plus particulièrement les jeux depuis Metal Gear Solid, peut être davantage perçue comme étant inspiré de l’univers de la bande dessinée dans son style que celui du cinéma hollywoodien. Si l’on ne compte plus le nombre de références à des films d’action qu’on y trouve, les gardiens que l’on devait traditionnellement affronter semblaient tout droit sortis d’un dessin animé.

Malheureusement pour ceux qui appréciaient cette proposition, on se retrouve avec un jeu essentiellement dépourvu de tels gardiens. Attention, des antagonistes colorés, il y en a, mais vous aurez à en confronter qu’une poignée. Le défi derrière The Phantom Pain réside davantage à compléter les objectifs des missions, et développer l’équipement nécessaire pour poursuivre le jeu.

Big Boss et ses compatriotes.

En revanche, on se retrouve avec de colorés personnages dans notre propre camp, ce qui est tout à fait le bienvenu. Soulignons également que les interminables conversations radio des précédents jeux sont essentiellement de l’histoire ancienne. Il est possible d’écouter des audiocassettes proposant des dialogues parsemés d’informations complémentaires sur les événements qui se sont déroulés jusqu’à ce point, et si cette activité semble se refléter sur le pourcentage accompli affiché sur l’accueil du jeu, cette tâche est optionnelle.

Avez-vous dit David Bowie?

S’il y a une chose qui se démarque de The Phantom Pain, c’est bien la musique. La toute première chanson que vous entendrez est The Man Who Sold The World. Non, il n’est pas question ici de la reprise de cette pièce de David Bowie popularisée par Nirvana en 1993, mais plutôt celle de Midge Ure endisquée en 1982. D’ailleurs, Diamond Dogs est aussi le titre d’un album de Bowie. Comme quoi «toute est dans toute».

Vous croiserez des chaînes stéréo diffusant de véritables chansons pop sorties tout droit des années 80 que vous pouvez collectionner.

Au fur et à mesure que vous parcourez l’Afghanistan, vous croiserez des chaînes stéréo diffusant tantôt des chansons pop sorties tout droit des années 80 (comme Friday I’m In Love de The Cure, Take On Me de A-Ha, ou Kids in America de Kim Wilde), tantôt des mélodies moins connues. Visiblement, pour pallier l’enfer qu’est de passer leur vie sur un champ de bataille, les soldats se réfugient dans la musique. Il est bien entendu possible de collectionner les audiocassettes logées dans ces chaînes stéréo, puis les faire jouer dans notre Walkman pendant nos missions.

La bande originale qui habille les scènes de combats et les cinématiques est appréciable, mais j’aurais vraiment aimé entendre à nouveau le thème principal de la saga, qui pourtant a toujours présent sous une forme ou sous une autres dans les jeux antérieurs. Dommage.

Un Kiefer Sutherland plutôt silencieux

Qu’en est-il du jeu des acteurs qui incarnent les divers personnages? C’est avec stupéfaction que l’on a appris l’an dernier que David Hayter, qui a incarné Solid Snake et Big Boss depuis Metal Gear Solid, n’avait pas été rappelé pour participer à Ground Zeroes et The Phantom Pain. La série aura plutôt droit aux talents du populaire Kiefer Sutherland. Kojima avait expliqué qu’il souhaitait exploiter le répertoire des subtiles expressions faciales de l’acteur de calibre international, la capture de mouvement ayant fortement progressé depuis la parution de Guns of the Patriots.

Résultat? Par rapport aux chapitres précédents, Big Boss est étrangement silencieux pour la majorité du jeu, y compris les cinématiques. Sans rien révéler de précis par rapport à l’intrigue, on parvient néanmoins à justifier d’une certaine façon ce comportement à la toute fin du jeu.

En ce qui concerne le reste des personnages, tel que révélé dans la bande-annonce du jeu, on retrouve Huey Emmerich, le père de Otakon, incarné à nouveau par Christopher Randolph. Si les performances du reste de la distribution sont tout à fait convenables, les dialogues d’Emmerich sont grossiers et plutôt over the top. Cela dit, ce défaut est fidèle aux autres jeux de la série, et il aurait été difficile d’imaginer l’ingénieur s’exprimer autrement.

Un jeu magnifique

Pour rédiger cette critique, j’y ai joué sur PlayStation 4. Les environnements sont tout simplement magnifiques, tout comme les personnages et leurs animations (y compris les réactions faciales). Par contre, il est très difficile de comprendre où se trouve cette fameuse contribution que seul Sutherland pouvait offrir à ce niveau.

S’ils sont magnifiques, les environnements sont peu variés. Vous aurez l’occasion de sortir de l’Afghanistan pour vous rendre en Afrique quelque part au milieu du jeu, mais outre une flore plus imposante, il ne s’agit pas d’un changement de décor fondamental. Le seul contraste concret proposé par le jeu à ce niveau arrive lorsqu’on choisit de visiter Mother Base, mais les interactions en ces lieux sont plutôt limitées, même lorsque vous avez l’occasion d’y brandir une arme.

D’un point de vue technique, le jeu est impressionnant. Il intègre un simulateur d’une journée de 24 heures, de sorte que vous pouvez choisir d’attaquer une base de jour ou de nuit. Sans parler de la météo, qui varie entre les tempêtes de sables temporaires (qui vous permettent de passer inaperçu), la pluie, un ciel ensoleillé ou un ciel couvert. On observe par contre de légers problèmes de textures au loin et certains petits éléments qui peuvent apparaître tardivement lorsque l’on circule rapidement à cheval ou à bord d’un véhicule, mais rien pour réellement déranger l’expérience de jeu.

Conclusion

The Phantom Pain est un excellent jeu, mais dont l’étrange fin semble d’abord inachevée. Elle répondra à la majorité des questions concernant son scénario, mais rien pour réellement boucler la boucle de la saga Metal Gear.

Soulignons tout de même que lorsque le jeu est «officiellement terminé», et que le long générique a défilé devant vos yeux, The Phantom Pain propose encore du nouveau contenu : le chapitre 2. C’est un peu comme si, pour vous inciter à refaire certaines missions en tirant profit du nouvel équipement que vous avez développé, on poursuivait l’histoire sous la forme d’un épilogue composé de quelques épisodes supplémentaires. Ces épisodes ont pour but d’expliquer ce qu’il advient de chacun des principaux personnages, mais la réduction du nombre de cinématiques par rapport aux autres jeux de la série a pour effet que l’on s’est moins attaché à ces derniers.

Avec une trentaine de missions principales, et un nombre important de missions secondaires optionnelles, ce jeu atteint le paroxysme du rapport quantité-prix. Il comprend bon nombre de contraintes agaçantes, surtout lorsque vous attendez pour le développement de certaines armes ou un ravitaillement de munitions, mais ces compromis en vaut la chandelle.

Le jeu propose quelques clins d’œil à certains de ses prédécesseurs, dont une scène de combat qui viendra confirmer certains soupçons de joueurs familiers avec la série, mais rien d’aussi significatif que ce que proposait Guns of the Patriots.

En terme de jouabilité, ce jeu est très satisfaisant, et détrône de loin Snake Eater, encensé comme étant le meilleur de la série. Malgré tout, du point de vue de sa contribution dans l’histoire de la saga, The Phantom Pain n’arrive pas à la cheville de Snake Eater.