Depeche Mode so far : 1981-2013 (partie I : 1981-1984)

Publié le 21 septembre 2015 par Heepro Music @heepro

C’est la première fois que je suis obligé de remonter si loin pour une discographie. Car c’est aussi la plus imposante, avec treize albums studio en trente-trois ans. Pour l’un des plus grands groupes de tous les temps.

Comment Depeche Mode, groupe indé par définition, a-t-il pu percer, puis durer, devenant même une référence, pour ne citer qu’un exemple, d’un certain Trent Reznor ? L’histoire de son line-up nous éclairera en partie sur cela, le talent d’écriture et de composition de Vince Clarke, Martin Gore et Dave Gahan étant également une clef de voûte du quatuor désormais trio. Sans oublier le charisme de son frontman…

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I. 1981-1984 : succès immédiat, départ Vince Clarke, arrivée d’Alan Wilder et influence insoupçonnée de Berlin.

En 1981, tout a commencé fort pour Depeche Mode. Leur premier album, Speak & Spell, sera un carton, chez eux, mais aussi en Europe et à travers le monde. Trois singles, « Dreaming of me » (au Royaume-Uni, le titre est remplacé par « I sometimes wish I was dead »), « New life » (qui ouvre l’album) puis le tube que tout le monde, trente ans plus tard, a au moins entendu une fois dans sa vie, un certain « I just can’t get enough », qui termine le disque. Neuf morceaux sont la plume de Vince Clarke, deux autres de Martin Gore.
Aujourd’hui, je ne retiens pas grand-chose de ce Speak & Spell, si ce n’est que visuellement, – et je ne parle pas du physique de ces quatre jeunes gringalets d’alors – il s’avère être l’un de leurs meilleurs choix, quand bien même ce cygne et son nid tout en plastique parassent aussi incompréhensibles qu’étranges… Musicalement, ça sonne trop banal, trop 80’s pour encore attirer mon attention, sauf quelques rares exceptions : « Puppets », « Photographic » et l’instrumental « Big muff » sont de très bonnes voire d’excellentes chansons qui laissent présager des futures productions du groupe.

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Le départ précipité de Vince Clarke est un coup dur. Forcément. Pourtant, le cygne va poursuivre son envol grâce à sa seconde plume, Martin Gore. Fort de ses compositions sur le premier album, qui créent un lien évident avec A Broken Frame, il va se charger de tout l’album qui sortira un an plus tard seulement.
Si le premier single, « See you », est le travail du trio restant, le groupe a besoin de retrouver un quatrième homme. C’est ainsi qu’Alan Wilder rejoindra Depeche Mode, en tant que simple claviériste puisque le studio ne lui sera pas encore permis.
Mais ce n’est que le troisième single, « Leave in silence », placé en tout début de l’album, qui nous laisse entendre le nouveau Depeche Mode post-Vince Clarke.
« My secret garden » ou « Monument » développent le son typique de Gore, avec, en prime, une thématique-clé dans les paroles qu’il affectionne. Il y a cependant encore des influences, logiques, de Clarke. Gore et Gahan partagent le micro, superposant leurs voix sur « Shouldn’t have done that », probablement le meilleur moment de tout l’album, avec le final « The sun and the rainfall ». Mention spéciale également à l’instrumentale « Nothing to fear ». Oui, cela fait à nouveau trois, sur dix.

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Construction Time Again possède un titre et un visuel d’autant plus annonciateurs quand on sait qu’il a été enregistré à Berlin… Sans aller plus loin, il marque un tournant pour Depeche Mode : Alan Wilder devient officiellement un membre actif du groupe (il est même l’auteur de deux des neufs titres de l’album) et Martin Gore est enfin devenu la plume avéré étant donné le succès du précédent album, Gahan s’occupant de mystifier tout le monde sur leur passage. Ainsi, 1983 verra de nouveaux tubes pour Depeche Mode qui semble s’éloigner encore un peu plus de ses débuts.
Atteignant six minutes, « Pipeline » en est une preuve indéniable, et un pur morceau d’électro. « Everything counts », le tube du disque, est encore un titre incontournable du groupe lors de ses dernières tournées : le secret de ce succès est probablement à mettre dans la symbiose de Gahan et Gore au chant, ainsi que de légères et discrètes sonorités orientales lors du refrain.
« The landscape is changing », écrite par Wilder, nous montre directement ce qui sera un élément très utilisé par tant de groupes plus tard, alors que « And then… » nous fait découvrir un groupe électronique finalement pas si éloigné des groupes rock de l’époque. Je ne peux qu’entendre la gestation du futur son « indus » qui verra le jour à la fin de la décennie…
Brève et efficace, « Everything counts (reprise) » présage des pistes plus courtes, et expérimentales, qui apparaîtront à l’occasion sur certains des albums majeurs de Depeche Mode.

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Some Great Reward est le quatrième album studio de Depeche Mode, et inclut deux des leurs plus grands tubes « People are people » et « Master and servant », même s’ils ne sont pratiquement plus interprétés en live depuis des années, peut-être justement parce qu’ils sont trop ancrés dans le contexte de 1984.
À mon sens, « Somebody » est le titre phare, interprété par Gore essentiellement accompagné d’un piano. Wilder a, à nouveau, écrit un titre, « I want you », lequel distille son propre style, qui marquera ainsi toute la période du groupe en sa compagnie.
« Blasphemous rumours » est le second titre de Depeche Mode à atteindre (et à dépasser ici) les six minutes. C’est le chef-d’œuvre de Some Great Reward, car il réunit tous les ingrédient du grand Depeche Mode : la capacité à imposer son style en dehors des limites commerciales, avec une noirceur et une lourdeur qui se mêlent parfaitement à un refrain onirique presque joyeux. L’écriture de Gore, appuyée par les ambiances dorénavant indispensables de Wilder (la seconde partie est son œuvre à lui seul, cela semble évident), et la voix de Gahan, qui atteint ici une cime, tout cela permet de comprendre, déjà, pourquoi Depeche Mode est encore, aujourd’hui, en haut de l’affiche.
Je n’oublie pas le début de l’album, car « Something to do » et « Lie to me » sont splendides. Assurément leur meilleur album à cette date.

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Suite à tout cela, après avoir enregistré et publié quatre albums en quatre ans, il faudra, enfin, une pause au groupe avant de revenir en studio pour un album complet. Une pause discographique comblée par une compilation des singles en 1985, avec deux inédits dont le désormais culte « Shake the disease ». Mais Alan Wilder n’aura par la suite plus l’opportunité d’imposer ses compositions en studio…

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à suivre : Depeche Mode so far : 1981-2013 (partie II : 1986-1997)

(in heepro.wordpress.com, le 21/09/2015)