ÉTHIQUE: Paroxétine et suicide chez l'ado, ou les mérites de l'open data – BMJ

Publié le 22 septembre 2015 par Santelog @santelog

Des effets néfastes confirmés de l’antidépresseur paroxétine (Deroxat) avec cette étude internationale : le risque de pensées suicidaires chez les enfants et adolescents, à qui l’antidépressseur est fréquemment prescrit et pour lesquels la notice le décrit comme généralement bien toléré et efficace en traitement de la dépression. Ces nouvelles données, présentées dans le British Medical Journal, révèlent que la paroxétine n’est pas plus efficace qu’un placebo et dénoncent un  » codage  » peu fiable des événements indésirables, comme le comportement suicidaire.

Ce sont en fin de compte des effets nocifs du Deroxat (paroxétine) sous-déclarés sur les jeunes, qui sont dénoncés ici par des scientifiques de plusieurs instituts de recherche, dont la Bangor University (Pays de Galles), l’Emory University (Atlanta, US), l’Université d’Adélaïde (Australie) et l’Universityé de Toronto (Canada).

N.B. En France, la notice du Deroxat précise les limites d’utilisation du médicament chez les enfants et adolescents de moins de 18 ans :  » Deroxat ne doit habituellement pas être utilisé chez les enfants et les adolescents de moins de 18 ans. Les patients de moins de 18 ans présentent un risque accru d’effets indésirables tels que tentative de suicide, pensées suicidaires ou comportement hostile (comportement agressif, d’opposition et colère) lorsqu’ils sont traités par Deroxat… « 

AllTrials : Les auteurs rappellent aussi que le laboratoire GlaxoSmithKline (GSK) commercialise la paroxétine comme un antidépresseur efficace et sans danger pour les enfants, en dépit de données sur ses effets indésirables. Cette position du laboratoire a d’ailleurs été sanctionnée, avec un préjudice de 3 milliards $, par les autorités américaines. Depuis, un groupe  » de pression  » AllTrials  » milite  » pour la publication de TOUTES les données des essais cliniques, dans l’objectif d’un contrôle indépendant du médicament. Car, actuellement, de nombreux essais cliniques, moins favorables ne sont jamais publiés. GSK est à ce jour le seul laboratoire à avoir, néanmoins, accepté de suivre AllTrials.

La paroxétine, pas plus efficace qu’un placebo chez l’ado : Les chercheurs ont ré-analysé les données disponibles sur l’antidépresseur paroxétine, publiées depuis 1990 (dont la Study 329 un essai clinique mené aux Etats-Unis de 1994 à 1998) et recherché les données non publiées. Leur analyse a en particulier porté sur les données des essais originaux du laboratoire GSK, ré-analysées puis comparées aux résultats de l’essai tels que publié en 2001. L’étude originale portait sur 275 jeunes âgés de 12 à 18 ans, souffrant de dépression majeure, répartis au hasard soit pour recevoir, durant 8 semaines, la paroxétine, soit un placebo. Les chercheurs ont également inclus dans leur analyse le rapport d’étude clinique présentant les données brutes et une partie (un tiers) des rapports de cas originels portant sur les jeunes participants à l’étude. En effectuant cette recherche, les auteurs ont découvert des rapports de tentatives de suicide (TS) ne figurant pas dans les rapports publiés.

Cette nouvelle analyse de milliers de pages de données vient contredire à nouveau le caractère  » généralement bien toléré et efficace de la paroxétine dans le traitement de la dépression chez les adolescents « .

·   Elle révèle que la paroxétine n’est pas plus efficace qu’un placebo

·   Le rapport d’étude publié faisait état de 5 cas de comportement suicidaire pour des participants prenant la paroxétine, au lieu de 7 dans les données de départ.

·   Une sous-analyse des 93 rapports de cas réétudiés montre quant à elle, 11 cas qui pourraient être classés comme un comportement suicidaire.

·   Au final, 265 événements indésirables associés à la paroxétine ont été  » publiés  » vs 338 selon les données originelles de l’essai et finalement 481 identifiés par leurs soins à partir de ces données originelles.

·   Enfin, les chercheurs notent l’absence de centaines de pages de données dans les rapports fournis pour consultation.

Les chercheurs parlent de  » violations de protocole » et de codage « peu fiable » des événements indésirables, tels que le comportement suicidaire. Bref un nouvel avertissement quant à l’exploitation et l’interprétation des données d’essais cliniques et une reconnaissance des mérites de l’open data.

Enfin, sur un plan plus directement clinique, cette nouvelle analyse suggère aussi que la paroxétine n’est pas efficace pour les jeunes et confirme de sévères effets indésirables et contraires à l’effet thérapeutique escompté.

 

Source:BMJ September 16 2015 doi: 10.1136/bmj.h4629Restoring Study 329: efficacy and harms of paroxetine and imipramine in treatment of major depression in adolescence

BMJ 17 September 2015 doi: 10.1136/bmj.h4973 Study 329

ANSM Notice Deroxat

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