La sélection de la semaine : Où sont passés les grands jours ?, Esprits des morts, Walking dead, Mitterrand un jeune homme de droite, Matsumoto, Rase campagne, Ulysse Wincoop, La terrible crue cruelle, Chroniques de Tindharia, Superdupont, Revenge clas...

Par Casedepart @_NicolasAlbert

Illustration tirée de la série Où sont passés les grands jours ? – Jim et Alexandre Tefengki (Grand Angle)

Pour ce dernier samedi du mois de septembre, Case Départ vous propose une petite sélection.  En vous ouvrant sa bibliothèque, le blog met en lumière de très bonnes bandes dessinées. Nous passons au crible, les albums suivants : Le deuxième tome du formidable diptyque Où sont passés les grands jours ?, Esprits des morts & autres récits d’Edgar Allan Poe signé Richard Corben, le 23e volume de Walking dead, Trashed : le nouvel ouvrage de Derf Backderf, Mitterrand un jeune homme de droite de Richelle et Rébéna, Rase campagne : un album Fluide Glacial, le premier volume d’Ulysse Wincoop, La terrible crue cruelle : pourquoi la Loire coule à l’envers ?, le premier volume du jôsei : Chroniques de Tindharia, la renaissance de Superdupont, le quatrième volet de Revenge classroom, Drones : le nouvel album de Sylvain Runberg, le 11e volume de Cesare, le nouveau tome de la série d’heroic-fantasy Nains, un nouveau manga Akata : Pourquoi je galère toujours en amour ?, C’est grave docteur ? : un recueil des perles entendues par les médecins. Bonnes lectures.

Où sont passés les grands jours ?

Après un excellent premier tome qui nous avait énormément plu, Jim et Alexandre Tefenkgi dévoilent la fin de leur formidable diptyque Où sont passés les grands jours ?, publié par Grand Angle. Alors que Fred avait laissé ses trois potes béats après son suicide et alors qu’il leur avait légué un objet à titre posthume ; le lecteur retrouve Hugo, perdu entre son chagrin, Alice sa femme et Violette leur fille parties et sa maîtresse enceinte.

Résumé de l’éditeur :
Que faire quand toutes nos certitudes s’écroulent et que la vie vole en éclats ? Après le suicide d’un ami, une histoire d’amour gâchée par les mensonges et des amitiés qui s’étiolent, peut-il encore y avoir une éclaircie ? Peut-on encore rassembler les pièces du puzzle de sa jeunesse et réapprendre à vivre ? La réponse est peut-être là, cachée dans ces objets insolites laissés en guise de testament…

Parfois lorsque l’on lit le premier volume d’un diptyque qui s’avère très fort, on est souvent déçu par le suivant (comme par exemple, Un petit livre oublié sur un banc, de Jim & Mig, Grand Angle) ; mais pour Où sont passés les grands jours ? ce n’est pas le cas. Le second opus est même plus fort que le premier. Il faut souligner que Jim a bien ciblé son lectorat : les trentenaires et les quadragénaires vont se reconnaître dans les errements du personnage principal, un jeune homme qui finalement ne veut pas grandir, recherche toujours son passé, se complaît dans une certaine nostalgie et qui n’accepte pas la mort subite de son ami.

De nombreuses questions sont sous-entendues dans cette belle série : Comment et pourquoi être heureux ? Qu’est-ce qu’être père ? Qu’est-ce que le couple à l’heure actuelle ? Qu’est-ce que l’avenir ; réussir sa vie ? Peut-on se remettre d’une mort si particulière ? Le lecteur apprécie énormément cet anti-héros, à la psychologie troublée qui essaie naïvement de recoller les morceaux de sa vie, incapable de se comporter en homme-mari-père et pourtant c’est ce qui le rend attachant. Toutes les conséquences de ses actes manqués refont surface dans cet album.

Il faut noter que les personnages qui gravitent autour de lui sont aussi bien campés : une mère qui habite chez son fils et qui s’avère plus jeune dans sa tête que lui ; sa femme trahie et qui se réfugie avec sa fille chez son père ; deux amis qui lui en veulent pour sa faute avec sa maîtresse et qui eux aussi sont perdus, notamment par les objets légués.

Avec cette belle histoire, il fallait une partie graphique à la hauteur. C’est le cas grâce à Alexandre Tefenkgi qui propose des planches avec de grandes cases et des cadrages serrés sur les visages des personnages pour mieux ressentir leurs émotions. Les évocations de Fred dans le passé sont soulignés par des teintes rouges formidables !

  • Où sont passés les grands jours ? 2/2
  • Scénariste : Jim
  • Dessinateur : Alexandre Tefengki
  • Editeur: Grand Angle
  • Prix: 16.90€
  • Sortie: 2 septembre 2015

Esprits des morts

& autres récits d’Edgar Allan Poe

Après le fabuleux Ragemoor, le label Delirium-360 Media Perspective poursuivent la publication de l’œuvre de Richard Corben avec Esprits des morts & autres récits d’Edgar Allan Poe. L’auteur américain propose un recueil des adaptations des textes du romancier, maître du fantastique.

Résumé de l’éditeur :
Depuis les débuts de Richard CORBEN, les passionnés de ses travaux à travers le monde ont pu lire  régulièrement ses adaptations de grands auteurs de la littérature fantastique et de l’univers des pulps, tels que R. E. Howard, H. P. Lovecraft, W. Hope Hodgson… Mais Edgar ALLAN POE occupe une place particulière dans ses sources d’inspirations et nous pouvons voir régulièrement CORBEN, immense perfectionniste et éternel passionné de son oeuvre, se replonger dans les merveilleux textes de POE et explorer de nouvelles manières de les adapter. Cet ouvrage regroupe l’intégralité de ses derniers travaux d’adaptation, tous magnifiquement mis en images et en couleurs et l’on reconnaîtra certains textes, nouvelles ou poèmes, parmi les plus emblématiques d’Edgar Allan Poe, tels que « la Chute de la maison Usher », « le Masque de la mort rouge », ou encore « le Corbeau ».

Quelle excellente idée les éditions 360 Media Perspective-Label Delirium ont eu de publier en français les ouvrages de Richard Corben ! Case Départ avait été envoûté par l’histoire de Ragemoor et il l’est de nouveau en lisant Esprits des morts. L’auteur américain a adapté 14 histoires d’Edgar Allan Poe avec beaucoup d’intensité, d’imagination et de maestria. Depuis le début de sa carrière dans les années 80, il a croisé la route du romancier et a illustré ses nouvelles ou poèmes. Alors qu’en France, ses publications étaient dispersées dans des revues ou dans l’album L’antre de l’horreur, elles sont compilées dans un superbe recueil grand format. Corben a d’ailleurs retravaillé certaines d’entre elles et mis en scène de nouvelles. Les mini-récits ne sont pas dénués d’humour noir, ce qui les rend encore plus irrésistibles.

Le pilier du magazine Heavy Metal met son talent au service des textes d’Edgar Allan Poe, auteur protéiforme (nouvelliste, poète, romancier, critique littéraire et éditeur), maître du fantastique. Né en 1809, tout au long de sa courte carrière (début en 1832), il a énormément produit de textes dans ce genre littéraire. Dans l’introduction d’Esprits des morts, Corben souligne son inspiration pour le romancier américain : « Les travaux de Poe correspondent tout à fait à ma propre philosophie et ils sont à mes yeux à la fois pertinents et séduisants de manière intemporelle et universelle, car les thèmes qu’il aborde sont centrés sur les peurs et les émotions humaines fondamentales. Par conséquent, ils m’offrent la possibilité de les interpréter et de les exprimer d’une multitude de manières chaque fois différentes. »

Le lecteur le sent, Richard Corben apprécie énormément les nouvelles et les auteurs classiques mais aussi plus contemporains comme HP Lovecraft ou Joe Lansdale ; ces romanciers étant capables de créer des univers plausibles, parfois surréalistes. La qualité d’Esprits des morts réside aussi dans la partie graphique magistrale de l’auteur américain. Il faut souligner qu’il apporte du soin aux portraits de ses personnages, qui transmettent de suite l’angoisse ou la peur aux lecteurs.

  • Esprits des morts & autres récits d’Edgar Allan Poe
  • Auteur: Richard Corben
  • Editeur: Label Delirium – 360 media perspective
  • Prix: 26€
  • Parution: 21 septembre 2015

Walking dead

Alors que la sixième saison va démarrer en octobre et que The fear walking dead a commencé sur AMC, le comics Walking Dead en est déjà à son vingt-troisième volume. L’histoire imaginée par Robert Kirkmann et mise en image par Charlie Adlard dévoile une nouvelle excellente intrigue avec l’arrivée des Chuchoteurs, nouvelle race de zombies.

Résumé de l’éditeur :
Une autre vie a commencé pour les survivants de la terrible guerre contre Negan. Mais cette nouvelle ère de paix et de prospérité semble déjà être menacée par un nouveau type d’ennemi. Un ennemi qui marche parmi les rôdeurs. Un ennemi qui transforme les murmures en cris. Un ennemi qui rend le futur incertain. Un face à face se prépare, qui risque d’être encore plus violent que les précédents.

Alors que Negan a été vaincu dans le vingt-et-unième épisode et que l’homme est emprisonné depuis dans les geôles de la communauté ; tout va pour le mieux pour Rick et les siens. De plus, les Rodeurs sont tenus à bonne distance puisque les fortifications et les patrouilles sont efficaces.

De son côté, Carl le fils de Rick commence son apprentissage de forgeron dans le groupe de La colline. Andrea se rapproche de lui et tout devrait être formidable. Mais voilà les deux tourtereaux sont pris pour cible par trois jeunes. Un bagarre violente amène le jeune garçon en prison tandis que les autres membres du lieu veulent mettre Maggie en minorité voire l’éliminer. Dehors, une nouvelle menace avance : les Chuchoteurs attaquent des Patrouilleurs qui se sont aventurés loin de la zone de contrôle. Ces zombies ont la particularité de parler : Qui sont-ils réellement ?

Alors que la série aurait pu s’essouffler après l’ultime affrontement entre les camps de Rick et Negan, Robert Kirkman fait prendre une nouvelle tournure à son histoire avec l’arrivée d’une menace. Les tensions internes sont, elles aussi, fortes (les problèmes de Carl, la volonté d’éliminer Maggie et les nouveaux membres depuis le 22e tome). Tout cela fonctionne à merveille, accroche le lecteur par des intrigues haletantes.

Du côté graphique, Charlie Adlard confirme volume après volume, son talent de dessinateur. L’auteur de La mort blanche (Delcourt, avec la même scénariste) propose des planches en noir et blanc agrémentées de teintes de gris somptueuses. Les cadrages serrés sur les visages de ses personnages renforcent le climat de tensions et permettent de saisir parfaitement leurs émotions.

  • Walking dead, volume 23 : Murmures
  • Scénariste : Robert Kirkman
  • Dessinateur : Charlie Adlard
  • Editeur: Delcourt
  • Prix: 14.95€
  • Sortie: 16 septembre 2015

Trashed

Après ses deux excellents ouvrages Punk rock and Mobile Homes et Mon ami Dahmer (Lauréat des Prix Révélation et du Polar à Angoulême en 2014), le talentueux Derf Backderf revient avec un troisième roman graphique édité par çà et là, Trashed, où l’auteur nous livre une auto-fiction sur un de ses petits boulots : éboueurs dans l’Ohio.

Résumé de l’éditeur :
A 21 ans, J. B. se retrouve coincé de nouveau chez ses parents, dans un patelin du fin fond de l’Ohio. Il vient d’arrêter la fac et doit absolument trouver un travail pour ne plus avoir sa mère sur le dos en permanence. Suite à une annonce providentielle, il est engagé comme éboueur contractuel et est bientôt rejoint par Mike, un ancien copain de lycée. Ensemble, ils vont découvrir les joies du métier, se confronter aux habitants les plus dérangés de la ville, aux éboueurs de longue date, aux chiens errants et aux sacs poubelles mal fermés. Pendant une longue année, ils devront faire leur tournée quotidienne sous la pluie, la neige ou sous un soleil de plomb, persécutés en permanence par leur chef, l’infâme Will E.

Quelle excellente idée ont eu les éditions çà et là de publier les ouvrages de Derf Backderf ! Pilier des auteurs de romans graphiques underground américains, il continue de dépeindre les petites gens aux USA, qui triment à travers des petits boulots, loin de l’American way of life.
Pour ce beau portrait des Etats-Unis des années 80, il se prend en exemple alors qu’il vient d’arrêter la fac et qu’il doit travailler pour s’affranchir de sa mère omniprésente. Comme à l’heure actuelle, il y a peu de possibilités et il doit accepter un place d’éboueur. Dans l’Amérique de Reagan, les temps sont durs pour les familles de la classe moyenne mais surtout pour les plus fragiles, tout cela à cause du travail ultra-libéralisé.

A travers ses rencontres et les détritus, l’auteur permet à JB, son personnage principal, de croiser toute la société américaine, la pauvreté et la saleté (poubelles immondes, camion-poubelle qui éparpille les déchets, des clients plus fous les uns que les autres). Librement inspiré de cette année de trime, il met en scène l’entreprise très hiérarchisée où les supérieurs jouent aux petits chefs et où il est facile de dénoncer son prochain. La vie comme l’entreprise, tel un rouleau compresseur, écrase ses employés (ici, les conditions de travail sont affligeantes). Ce très beau roman graphique est à rapprocher de celui de John Porcellino, Tueur de moustiques (L’employé du moi, 2015). D’ailleurs, ses deux publications sont édités par des maisons indépendantes novatrices.

Derf Backderf fustige aussi notre société de consommation, qui multiplie les déchets (packaging, surconsommation, aliments non finis et jetés…) mais aussi le système de traitement des détritus (à l’époque les décharges qui entraînent des montagnes, incinération et pollution). Nos poubelles refléteraient donc notre mode de vie. A travers Trashed, il déclame son amour pour la nature et l’écologie.
De nouveau, nous sommes séduits et enchantés par la lecture d’un album de Derf Backderf, notamment par son humour subtil, cynique et sarcastique, mais aussi un univers personnel de très grande qualité. Le trait en bichromie noire et bleue de l’auteur américain est d’une belle force graphique et très efficace.

  • Trashed
  • Auteur: Derf Backderf
  • Editeur: çà et là
  • Prix: 22€
  • Parution: 21 septembre 2015

Mitterrand un jeune homme de droite

De François Mitterrand nous connaissons beaucoup de choses : ses deux septennats à la tête de l’état français, sa maladie, sa double-vie et sa fille Mazarine, mais aussi la scission du Parti Socialiste de la SFIO, ainsi que le Congrès d’Epinay en 1971. De son passé lorsqu’il était étudiant dans les années 30, nous savons qu’il fut proche des idées de Pétain. Mitterrand un jeune homme de droite consacre ces années afin de mieux comprendre son engagement à droite et le début de celui à gauche. Cet album Rue de Sèvres est signé Philippe Richelle et Frédéric Rébéna.

Résumé de l’éditeur :
Personnage controversé et mystérieux s’il en est, figure incontournable de la Cinquième République, Mitterrand n’en finit pas d’intriguer. Philippe Richelle nous propose de découvrir ses années de formation, entre 1935 et 1945 (entre ses 19 et 29 ans). Il sera notamment fait prisonnier pendant la guerre, s’évadera avant de s’impliquer pour l’aide à la réinsertion des prisonniers sous le régime de Vichy. Outre ses rapports avec nombre de figures historiques telles que le maréchal Pétain, Laval ou Giraud, ce roman graphique donne à voir un leader et surtout un fin politicien en construction.

Rarement traitées, les années de jeunesse de François Mitterrand sont ici le cœur de l’album. Passions politiques, littéraires et amoureuses, Philippe Richelle développe toutes ces thématiques, d’une très belle manière. Alors que le personnage le fascinait depuis les années 90, le scénariste avait dans un premier temps, l’envie de le raconter sous le forme d’un roman. Après avoir lu une somme importante de documents, il propose aux éditions Rue de Sèvre, son projet, bande dessinée.

Il faut souligner que la vie de Mitterrand est à elle seule un roman. Jeune homme catholique naissant dans une famille de droite, lettré et séducteur, il flirte avec l’extrême-droite dans les années 30. Alors que le gouvernement de Léon Blum est aux affaires, des manifestations ont lieu en 1936 sous le patronage des groupuscules Action Française et La Cagoule. Etudiant en Droit, il embrasse les idées de ces groupes néo-fascistes et sera proche des Croix-de-feu. Il commence à écrire dans les journaux étudiants puis dans un journal aux idées nauséabondes. Il se laissera bercer, sans réel plan de carrière, pour se rapprocher de ces futurs hommes d’état dans les années 40. L’auteur souligne aussi : « Ce n’est pas un idéologue, dans ses jeunes années il est même très virulent vis-à-vis du monde politique qu’il méprise. Il a un côté voltairien, qui réagit aux événements de façon empirique. C’est un personnage qui évolue, qui change d’avis. »

Ce beau roman graphique prend aussi une tournure forte lorsque Mitterrand se rapproche de Philippe Pétain et de ses idées. Après une évasion d’un stalag allemand, le futur président de la république française, s’installe à Vichy et devient chargé des relations avec la Presse pour le Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre. C’est dans ce lieu que sa vision change et qu’il fournira de faux papiers pour favoriser les évasions. Décoré de la Francisque par Pétain, il sera reconnu résistant après la guerre ; il créera d’ailleurs un réseau et rencontrera Charles De Gaulle à Alger.

Philippe Pétain (à gauche) et François Mitterrand (à droite)

Ce passé trouble et sulfureux, il faudra de nombreuses années pour le découvrir ; et ce plutôt à la fin de sa vie (comme sa fille cachée Mazarine ou son cancer). Etait-il convaincu du bienfait des idées de Pétain ? Etait-il arriviste ou opportuniste ? Voilà les questions que les auteurs de l’album ont essayé d’étayer.
La partie graphique de Frédéric Rébéna nous convainc moins que la force du récit. Les planches en noir et blanc du dessinateur comporte parfois des erreurs de mise en scène et les personnages ne sont pas toujours bien identifiables. Reste un album à la portée historique importante, pour comprendre qui était Mitterrand, cet animal politique hybride et mystérieux.

  • Mitterrand un jeune homme de droite
  • Scénariste : Philippe Richelle
  • Dessinateur : Frédéric Rébéna
  • Editeur: Rue de Sèvres
  • Prix: 18€
  • Sortie: 16 septembre 2015

Matsumoto

Dans les années 80-90, la secte Aum a eu énomément d’influence au Japon. Shoko Asahara régnait en maître sur ce groupuscule où l’argent coulait à flots et les filles se donnaient à lui. En 1995, il ordonne à ses adeptes d’utiliser du gaz sarin dans le métro, faisant de nombreux morts. Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Nicloux proposent une plongée vertigineuse au cœur de cette secte si puissante, avec l’album Matsumoto.

Résumé de l’éditeur :
1994, dans la petite ville de Matsumoto, Japon. Shoko Asahara est le PDG de Aum Inc., un consortium regroupant plus de trente sociétés dont certaines sont cotées à la Bourse de Tokyo. Mais pour ses fidèles, il est la réincarnation de la déesse hindoue Shiva et donc un authentique gourou… Son but secret : provoquer « l’Armageddon » et renverser le gouvernement japonais. Pour cela, il a mis sur pied une production massive de gaz sarin, et Matsumoto sera la première étape de ce plan diabolique et à peine croyable… Une sorte de « répétition » qui se soldera, un an plus tard, en mars 1995, par la célèbre attaque au gaz dans le métro de Tokyo…

Après le formidable Terra Australis, un succès éditorial, critique et public (l’imposant ouvrage recevra de nombreux prix), le duo Bollée – Nicloux a décidé de travailler de nouveau ensemble sur un roman graphique, Matsumoto, publié dans la collection 1000 feuilles des éditions Glénat. Ils plongent le lecteur au cœur des attentats commis par la secte Aum au Japon. Afin de vérifier que le gaz sarin produit les effets escomptés, Shoko Asahara demande à ses adeptes de l’utiliser dans la ville de Matsumoto où vit le juge Aoyama qui suit de près les affaires liées au groupuscule.

Le magistrat a découvert que la secte avait acheté des terres en Australie afin de produire industriellement le gaz mortel (des essais sur des troupeaux de moutons seront effectués).

Si le récit de Laurent-Frédéric Bollée est accrocheur, c’est aussi qu’il aborde le rôle tenu par le gourou et sa main-mise sur ses adeptes. Le lecteur y voit même un embrigadement, son emprise sur les jeunes filles mineures qui lui doivent des faveurs sexuelles, mais aussi les sévices corporelles pour effacer les empreintes digitales ou si un membre ose dire du mal de Shoko. La folie de l’homme fort et les préparatifs sont habilement explicités.

Le trait de Philippe Nicloux, beaucoup plus réaliste que dans Terra Australis, lui permet de livrer des planches solides et équilibrées. Comme dans sa précédente publication, il utilise admirablement les plans panoramiques qui renforcent les portraits et les émotions des personnages.

  • Matsumoto
  • Scénariste : Laurent-Frédéric Bollée
  • Dessinateur : Philippe Nicloux
  • Editeur: Glénat, collection 1000 feuilles
  • Prix: 25.50€
  • Sortie: 23 septembre 2015

Rase campagne

Après quelques albums décevants fin août, les éditions Fluide Glacial proposent enfin un ouvrage réussi ! Rase campagne de Lindingre et Aurel raconte la campagne des élections municipales de Saint-Marcel-sur-Riselle, petite commune de 5400 habitants. Coups tordus, retrait de candidats, alliances de circonstance, rumeurs… tous les éléments sont réunis pour passer un excellent moment de lecture.

Résumé de l’éditeur :
Rase Campagne retrace le parcours d’un minus de la politique, Gérard Ligier qui brigue la mairie de St Martin sur Riselle et doit s’opposer à son mentor, le vieux maire Albert Richard.

Hommages, clins d’œil, références à des hommes politiques ou campagnes passées, Lindingre imagine un album très réussi et drôle. En utilisant la campagne pour les élections municipales de Saint-Marcel-sur-Riselle, cela lui permet de fustiger ce qu’il y a de pire dans la politique et ce de manière humoristique. Alors que la politique au sens noble du terme mais aussi le concept de démocratie devraient bercer harmonieusement notre république, de nombreux notables les dévoient pour leur bien personnel. Dans l’album, la campagne électorale n’a qu’un but celui de se faire réélire, tous les coups sont permis, dans la limite de la légalité.

Les coups tordus, Albert Richard les cumule pour un dernier mandat. S’il pensait que cela serait facile, c’était sans compter sur Gérard Ligier, son quatrième adjoint, qui lui joue un mauvais tour. Faisant de lui son premier adjoint et donc futur successeur, ce chef d’entreprise affilié à l’Eurocentrum, démissionne ainsi que dix autres membres du Conseil précipitant de nouvelles élections. Les alliances de circonstance ou mésalliances se multiplient. La nouvelle liste de ce Brutus de pacotille propose un large spectre allant de la droite à l’extrême-gauche.

Si la partie scénaristique est excellente, la réussite de l’album repose aussi sur une belle partie graphique proposée par Aurel. Habitué du dessin de presse (Politis, Le Monde ou Le canard enchaîné), l’auteur de Sarkozy et ses femmes (avec le journaliste Renaud Dély, Drugstore) restitue admirablement l’ambiance champêtre du récit mais aussi l’atmosphère pourrie des débats et coups bas.

  • Rase campagne
  • Scénariste : Lindingre
  • Dessinateur : Aurel
  • Editeur: Fluide Glacial
  • Prix: 14€
  • Sortie: 16 septembre 2015

Ulysse Wincoop

Marion Festraëts et Benjamin Bachelier avaient publié un premier album Dimitri Bogrov en 2009. Pour leur deuxième travail en commun chez Gallimard, ils mettent en scène l’histoire d’un jeune indien arraché à sa mère et élevé par des colons blancs du Wyoming dans Ulysse Wincoop.

Résumé de l’éditeur :
Dakota du Sud, hiver 1890. Alors que l’armée américaine s’apprête à commettre l’un des pires massacres d’Indiens de l’histoire des États-Unis, le soldat Jonah sauve secrètement la vie d’un nouveau-né sioux. Ulysse grandit parmi les colons blancs du Wyoming, mais ses différences ne tardent pas à l’en exclure. Il est déjà sur le départ, en quête de son identité, déchiré entre ses origines et les promesses du Rêve américain…

Le derniers sioux est le premier tome d’Ulysse Wincoop, un bel album de la collection Bayou. Le récit fort de Marion Festraëts part d’un fait historique majeur de l’Histoire américaine : le massacre de Wounded Knee où de nombreux indiens ont péri sous les balles des soldats blancs. Lors de cette bataille, Jonah, soldat US bourru, franc et qui n’aime pas spécialement les indiens, découvre une femme enceinte aux abords d’un camp mis à sac par ses camarades. Alors que les événements lui font éprouver une grande peur, elle donne naissance à un petit garçon sous les yeux du militaire, qui lui vole et le confie à sa sœur et son beau-frère. Le petit Ulysse grandit alors au milieu de cette famille atypique. Regardant le monde qui l’entoure au fond du magasin général de ses parents, il commence à comprendre qu’il est différent. Les enfants du coin le maltraitent. Il n’est pas l’un des leurs !

Cette quête d’identité est à la fois forte et bouleversante. Il faut souligner que les historiens américains ont découvert dans des sources que des enfants blancs élevés par des indiens cela été fréquent, plus rarement l’inverse. Et c’est ce qui accroche le lecteur, cette inversion des rôles. Beaucoup de thématiques renforcent cette belle impression de lecture : les réserves indiennes, leurs terres réduites comme peau de chagrin, les tensions entre blancs et les peaux-rouges, la vie dans de petites bourgades, le racisme, l’exclusion, mais aussi les dépressions des soldats américains après les combats. Mais le point fort de l’histoire proposée par la scénariste, c’est la manière de les aborder : tout en douceur, avec beaucoup de sensibilité.

Remarqué à la sortie de Gatsby le magnifique (avec Stéphane Melchior, Gallimard), Benjamin Bachelier confirme le talent qu’il avait laissé entrevoir dans ce bel album. Son trait en couleurs directes est d’une belle délicatesse proposant des planches où les décors sont somptueux.

  • Ulysse Wincoop, tome 1 : Le dernier des sioux
  • Scénariste : Marion Festraëts
  • Dessinateur : Benjamin Bachelier
  • Editeur: Gallimard, collection Bayou
  • Prix: 16€
  • Sortie: 20 août 2015

La terrible crue cruelle

L’atelier du Poisson Soluble propose le septième et dernier volume de la série Les mystérieux mystères insolubles, intitulé La terrible crue cruelle, qui met en scène une organisation secrète d’enfants ayant pour but  de résoudre d’étranges phénomènes fantastiques. Cet album est signé Grégoire Kocjan et Julie Ricossé.
Résumé de l’éditeur :
Depuis quelques jours, la Loire coule à l’envers. Heureusement la Zorganisation internationale et zecrète des enfants qui en ont marre d’être pris pour des imbéciles (Z.I.Z.E.M.P.C.) veille et envoie Klutch, tout juste (presque) diplômé, observer le phénomène.

La collection Les mystérieux mystères insolubles fut proposée aux auteurs Grégoire Kocjan et Julie Ricossé par La direction de l’inventaire du patrimoine de la Région Centre-Val de Loire. C’est en effet, une série de docu-fiction entre bande dessinée et album ayant pour ambition de sensibiliser les jeunes lecteurs au patrimoine, grâce à une approche ludique et originale. La terrible crue cruelle est le septième et dernier opus de la collection.

Le scénariste Grégoire Kocjan met en scène la ZIZEMPC : Zorganisation Internationale et Zecrète des Enfants qui en ont Marre d’être Pris pour des Imbéciles !… (Enfin, presque !) une organisation secrète faite d’enfants espions. Ces derniers constatent un drôle de phénomène : la Loire coule à l’envers. Klutch éjecté sur place pour comprendre, s’engouffre dans le tourbillon et se retrouve à une époque plus ancienne : costumes, princesse, château… rien ne lui est épargné.

Didactique sans jamais être ennuyeux, l’album a pour particularité de proposer des planches découpées en deux : l’histoire fiction en haut de la page et dans le dernier tiers, des documents explicatifs sur la région, les lieux et objets historiques (textes de quelques lignes illustrés par des photographies ou des dessins). En ce qui concerne la partie bande dessinée, l’histoire faisant intervenir du fantastique est surtout teinté d’un bel humour. De plus, le lecteur pourra essayer de découvrir les nombreux clins d’œil et hommages à la télévision, le cinéma…

La partie graphique confiée à Julie Ricossé est assez réussie. Proposant des planches composées de grandes cases, elle utilise un trait aux crayons bien senti. La dessinatrice de Prospero (avec Jean-Blaise Djian et Olivier Legrand, chez Vents d’Ouest) est une jeune auteure à suivre.

Pour plus d’informations sur cette série, vous pouvez lire l’article d’Alain Vildart, paru dans la Nouvelle République le 18 septembre 2015.

  • Les mystérieux mystères insolubles, tome 7/7 : La terrible crue cruelle
  • Scénariste : Grégoire Kocjan
  • Dessinatrice : Julie Ricossé
  • Editeur: L’atelier du Poisson Soluble
  • Prix: 15€
  • Sortie: 20 septembre 2015

Chroniques de Tindharia

La belle au chant dormant est le premier volume des Chroniques de Tindharia, le nouveau jôsei des éditions Nobi Nobi ! Dans ce manga signé Ayumi Fujimura, le jeune lecteur suit les aventures de Leyle et Citra, deux jeunes adolescents vivant dans un petit village qui vient d’être attaqué par des Chevaliers noirs accompagnés de Nerls, créatures fabuleuses.

Résumé de l’éditeur :
Dans l’univers médiéval fantastique de Tindharia, le petit village de Rhubarb est le dernier endroit où naissent les Mesyaria, jeunes magiciennes qui tirent leur pouvoir de chansons ancestrales. Cherchant à vivre en paix, les habitants de Rhubarb se sont retranchés depuis de nombreuses années loin des guerres de territoires en jeu à la Capitale mais surtout loin des dangers des attaques de Nerls, bêtes mystiques avides de sang. Vivant à Rhubarb depuis leur naissance, Layle, fils d’un héros mort à la guerre et Citra, apprentie Mesyaria, ne connaissent rien du monde extérieur. Pourtant suite à l’arrivée de mystérieux chevaliers noirs, une terrible tragédie vient frapper le village : le destin de nos deux enfants en est alors bouleversé à jamais, et c’est un voyage épique qui commence pour eux !

Prévu en trois volumes, Chroniques de Tindharia est un joli jôsei édité en 2011 au Japon et prépublié par la revue Comic Zero Sum. Le récit de Ayumi Fujimura utilise habilement les codes des histoires de type shônen pour son histoire. Afin d’accrocher son lectorat féminin adolescent, elle met en scène Layle et Citra, deux personnages auxquels les lectrices se reconnaîtront.

Layle est un jeune garçon orphelin de père et qui vit avec sa maman dans une petite maison dans le village de Rhubarb. Vaillant, il manie les épées comme personne. Son amie, Citra possède un don exceptionnel : elle utilise sa voix pour interpréter des chansons ayant des effets magiques. Pourtant, elle n’arrive toujours pas à atteindre son but, car elle est timide et peu sûre d’elle. Sa sœur Rosa possède ce don unique mais elle n’habite plus dans le village. Le dernier du trio d’amis est Elfyn, qui adore défier Layle, possède un œuf de Nerl et rêve de quitter le village, trop petit pour lui.
Alors que Rhubarb est protégée par des enchantements, un jour, des Chevaliers noirs se rendent chez la Matriarche, la shamane du village. Cette dernière est la préceptrice de Citra pour lui apprendre l’art du chant magique. Accompagnés de nerls, les individus malmènent les villageois. Elfyn est alors tué et Layle décide de partir à la recherche des assassins de son ami.

Le premier volume de la série met en place l’intrigue et les personnages, de façon plutôt simple, en utilisant les codes du genre, plutôt classiquement mais efficacement. Tous les ingrédients sont réunis pour accrocher la lectrice : magie, quête initiatique, jeune héros vaillant, vengeance personnelle, épopée et ennemis sanguinaires. La partie graphique est très classique mais soignée. Connue des joueurs de jeu vidéo, Ayumi Fujimura ayant imaginé en 2006 les personnages de Tales of legendia (Playstation 2), propose des planches d’une belle lisibilité.

  • Chroniques de Tindharia, volume 1/3 : La belle au chant dormant
  • Auteur: Ayumi Fujimura
  • Editeur: Nobi Nobi !
  • Prix: 7.65€
  • Parution: 10 septembre 2015

Superdupont, renaissance

Après quinze ans de silence, le héros très français Superdupont est de retour, flanqué d’un rejeton aussi fort que lui. Après un accouchement aux forceps, un passage à la maternité, le mini-Superdupont doit apprendre la vie aux côtés de son papa dans Renaissance, un album de Marcel Gotlib, Karim Belkrouf et François Boucq, édité par Dargaud.
Résumé de l’éditeur :
Enfin !!! Tel un Batman repris en main par Frank Miller, un Spider-Man réinventé par Todd McFarlane, Superdupont renaît de ses cendres sous la plume de l’éternel Marcel Gotlib, gloire à son nom, et du redoutable François Boucq. Le seul superhéros garanti 100 % français revient tel un Phénix pour sauver la France éternelle et restaurer notre grandeur dans un monde en déliquescence. La jubilation et la complicité du tandem éclatent à chaque page, transformant cette collaboration en une réussite totale. Oubliez les Américains en slip moulant, le plus grand superhéros de tous les temps est un Français.

Très attendue, la sortie du nouveau Superdupont par les talentueux Gotlib et Boucq déçoit. Alors que l’attelage de ce duo associé avec Karim Belkrouf, nous faisait saliver d’avance, les ficelles de cet album Renaissance sont trop grosses. Le génial auteur de la Rubrique-à-brac avait déjà pensé à l’auteur de Jérôme Moucherot pour succéder à Alexis, décédé, il y a trente ans pour reprendre les dessins de Superdupont ; les deux auteurs se croisent enfin !

Pourtant le héros de papier a changé et évolué. Afin de ne pas être taxé d’extrême-droitisation (ridicule cette affirmation, d’ailleurs!), les trois auteurs voulaient en finir avec le gros beauf pour en faire un véritable héros à la française. Alors qu’un certain parti et même quelques politiciens patentés avaient utilisé Superdupont à des fins électoralistes sans l’avis de Gotlib, ce dernier essaie le plus possible de se démarquer de ces idioties, dans un ouvrage agréable à la lecture mais qui ne laissera pas de souvenirs impérissables. Alors qu’il avait des préjugés sur tout, était adversaire de tous les bien pensants, il devient papa et trop lisse !

Les références aux années 70, des clins d’œil à d’autres séries de bande dessinée sont nombreuses pourront déstabiliser ceux qui ne les possèdent pas. On a même l’impression que François Boucq n’y est pas ! Lui qui a pu livrer de nombreuses planches de grand talent dans ces séries (Rock Mastard, Jérôme Moucherot ou Little Tulip) se contente du minimum. Dommage ! Un huitième volume des aventures de Superdupont très en deçà des publications précédentes. On attend un peu plus de muscles et d’humour dans le prochain !

  • Superdupont, renaissance, tome 1
  • Scénaristes : Marcel Gotlib et Karim Belkrouf
  • Dessinateur : François Boucq
  • Editeur: Dargaud
  • Prix: 13.99€
  • Sortie: 11 septembre 2015

Et pour quelques pages de plus…

Pour compléter notre sélection de la semaine, Case Départ vous conseille aussi les albums suivants :

Revenge classroom

La formidable série Revenge classroom est de retour avec un quatrième volume, aux éditions Doki Doki. Alors que les deux auteurs Karasu Yamazaki et Ryu Kaname avaient laissé leur personnage principal Ayana et ses deux camarades Shota et Ai autour de la tête décapitée de Ryo dans le volume précédent, les amis du défunt commencent à s’inquiéter.
Résumé de l’éditeur :
« Arrête de me parler comme si on était copains… espèce de meurtrier ! ». Après le coup de folie de Shota, Ayana entre dans une colère noire et enferme le garçon dans le sous-sol d’un immeuble désaffecté. Pendant ce temps, Kentaro et Yuki, inquiets pour leur copain Ryo qui ne leur donne plus de nouvelles, vont voir Yuya. Ce dernier leur apprend que c’est Ryo qui a tué Daisuke. La disparition de Shota incite la police à entamer une enquête plus approfondie, ce qui commence à perturber les plans d’Ayana…

Au zénith de l’horreur dans le précédent volume avec la décapitation de Ryo, le récit de Karasu Yamazaki continue de nous attirer mais aussi de nous révulser. Ayana, toujours avide de vengeance, est déstabilisée par le geste fou de Shota : cela complique ses plans. Même si elle aussi a atteint des summums d’horreur dans ses mises à l’écart de ses camarades de classe, elle paraît effrayée par cette mort subite. Dans un premier temps, avec Ai, elle enterre le corps et les indices puis enferme Shota dans l’ancienne usine, le lieu du massacre. Elle pense ainsi qu’il va être oublié, mourir et que les policiers ne viendront pas chercher de ce côté là de la ville.

Ryu Kaname est toujours aussi fort dans sa partie dessin, faisant de ses planches des moments forts qui concourent à l’atmosphère de terreur et d’angoisse du récit.

Revenge classroom : on en redemande ! Encore !!!

  • Revenge classroom, volume 4
  • Scénariste : Karasu Yamazaki
  • Dessinateur : Ryu Kaname
  • Editeur: Doki Doki
  • Prix: 7.50€
  • Sortie: 09 septembre 2015

Drones

Sylvain Runberg est de retour avec un excellent album Drones, le premier tome d’un diptyque qu’il signe avec Louis et publié par Le Lombard.

Résumé de l’éditeur :
Deux femmes, deux ennemies. Louise Fernbach et Yun Shao. La militaire européenne contre la terroriste catholique chinoise. Et depuis que cette dernière a causé la mort de soldats du vieux continent, Louise veut sa peau. A tout prix. Louise ne connaît pas la pitié. Louise est pilote de drone. Pour elle, la guerre est un jeu vidéo auquel elle joue depuis son QG danois. Bienvenue dans la guerre moderne…

2037, en Chine. Un parti autonomiste d’ultra-catholiques a pris le pouvoir dans la région du Qinghai et essaie de la rendre autonome. Les grands alliés occidentaux ne l’entendent pas de cette oreille. D’ailleurs au Danemark, des pilotes de haut-niveau sont prêts à décoller. A bord de leur drônes, engins ultra-technologiques, Jewel, Louise et Sam attendent le feu vert.

De son côté, Yun Shao, à la tête de ce groupuscule, qui utilise la violence pour se faire respecter et mettre à genoux les populations locales. Après l’échec d’un bombardement afin de la capturer, les deux agents sont alors l’objet d’un chantage.

Le récit de Sylvain Runberg est d’une extrême efficacité. Même si les ressorts de l’intrigue sont classiques, il fait le job et le lecteur accroché passera un agréable moment de lecture. Le suspens est parfaitement distillé et les personnages très bien calibrés. S’inscrivant dans l’actualité, le scénario habile de l’auteur de Warship Jolly Roger, par une belle pirouette (ici, les extrémistes sont catholiques ; il en existe aussi réellement) séduit. Le lecteur pourra même se sentir embarqué dans une histoire digne d’un jeu vidéo.

La partie graphique confiée à Louis est d’une belle qualité et très efficace. Son trait d’une belle modernité permet au récit d’être d’une grande fluidité.

  • Drones, tome 1/2 : Le feu d’Hadès
  • Scénariste : Sylvain Runberg
  • Dessinateur : Louis
  • Editeur: Le Lombard
  • Prix: 13.99€
  • Sortie: 21 août 2015

Cesare

La fabuleuse série Cesare de Fuyumi Soryo, publiée par Ki oon poursuit son excellent chemin avec un onzième volume. Formidable plongée dans l’Italie de la Renaissance à travers le destin Cesare Borgia.
Résumé de l’éditeur :
C’est à l’abbaye de Fiesole que Giovanni reçoit ses insignes cardinalices avant de rejoindre Florence, où une foule joyeuse brave la pluie pour venir l’acclamer. Mais Lorenzo, qui attendait pourtant ce jour avec impatience, n’assiste pas au spectacle : cloué au lit, rongé par la maladie, il observe d’un oeil inquiet les agissements de son fils Piero, grisé par le succès de son cadet.
L’heure est donc venue pour chacun de quitter les bancs de l’université et de suivre son propre chemin. Tandis que Cesare s’emploie à soutenir son père depuis Pise, Angelo, lui, part pour Rome afin d’assister le jeune Médicis dans ses débuts à la Curie…

Complots, courtisans à Rome plus ou moins détestables, Cesare propose une fresque historique et politique de l’Italie de la Renaissance d’une excellent qualité. Fuyumi Soryo a pris le délicat parti de livrer un scénario fort et accrocheur grâce à une documentation solide, notamment au niveau des recherches picturales (cf. la note bibliographique en fin d’album reposant sur une vingtaine d’ouvrages).

Si Angelo, le héros est un personnage fictif, ceux qui gravitent autour de lui sont souvent réels. Alors que la mangaka a pris pour son modèle Michel-Ange, elle le propose simple et humble, à l’ombre de Cesare, célèbre, à la stature nationale, voire plus. Enigmatique mais d’une intelligence rare, la biographie du jeune homme possède des blancs que l’auteure a réussi à combler d’une très belle manière.

Le trait élégant de Soryo fascine et envoûte comme pour les précédents volumes. A découvrir d’urgence !

  • Cesare, volume 11
  • Auteur: Fuyumi Soryo
  • Editeur: Ki oon
  • Prix: 7.90€
  • Parution: 24 septembre 2015

Nains

L’univers de Elfes et Nains imaginé par Nicolas Jarry est formidable. Heroïc-fantasy, magie, créatures magiques, combats, complots, tous les ingrédients sont réunis pour passer un excellent moment de lecture. Le 23 septembre paraissait le deuxième opus de Nain, intitulé Ordo du Talion, un album de Nicolas Jarry et Stéphane Créty, aux éditions Soleil.

Résumé de l’éditeur :
Ordo est maudit… Né le sixième jour de la sixième lune, il est le sixième enfant d’une fratrie de l’ordre du Talion. Le jour de ses six ans, son père l’abandonne aux instructeurs de la Loge noire, une branche secrète de l’ordre qui forme des assassins destinés à éliminer tous ceux qui s’opposent au dessein du Talion. Trente ans plus tard, Ordo est devenu un maître de l’ombre. Le moment est venu pour lui de se venger de tous ceux qui l’ont trahi et qui l’ont fait tant souffrir. Son objectif : les ruiner.

Alors que le premier album de Nains avait plu au public (comme la série-mère Elfes), ce deuxième opus est lui aussi très réussi. Il faut souligner que Nicolas Jarry propose une intrigue fluide, solide, soignée et très bien construite. En proposant un univers riche d’heroïc-fantasy, le scénariste se glisse dans les pas de ses illustres prédécesseurs romanciers, tels Tolkien (Le seigneur des anneaux) ou George RR Martin (Game of thrones).

Pour accrocher le lecteur, il a décidé de créer cette serie-concept comme pour Elfes, une album = une histoire fondée sur un personnage. L’aventure et les épopées soufflent fortement dans cet opus. A travers de cette quête de vengeance d’Ordo, l’auteur conçoit un récit très fort, grâce à de nombreux rebondissements.
En ce qui concerne la partie graphique de Stéphane Créty, elle est parfaite. Pour chacun des tomes, un dessinateur différent est aux manettes. Comme pour le premier volume confié à Pierre-Denis Goux (designer de la série), les planches de l’auteur de Salem la noire (Sylvain Cordurie, Delcourt) sont très réussies.

  • Nains, tome 2/5 : Ordo du Talion
  • Scénaristes : Nicolas Jarry
  • Dessinateur : Stéphane Créty
  • Editeur: Soleil
  • Prix: 14.95€
  • Sortie: 23 septembre 2015

Pourquoi je galère toujours en amour ?

Hina a beaucoup de mal à sortir avec un garçon. En effet, pour ses camarades masculins c’est la bonne copine, la confidente, la rigolote mais pas une petite amie. Depuis quelques temps, elle n’en peut plus de cette situation qui la déprime. Pourquoi je galère toujours en amour ?, un manga Akata, est signé Kyôko Maki.

Résumé de l’éditeur :
Trop « bonne copine », trop sérieuse, trop de fangirl, trop ordinaire… Les mecs trouvent toujours une bonne raison pour pas sortir avec une fille ! À moins que ce ne soient peut-être les filles qui, à cause de leurs complexes, ne réalisent pas que c’est dans leurs petits « défauts » que se cache tout leur charme ?!

Hina attire les garçons mais pas pour des raisons physiques ! Elle n’a pas de chance, son attitude et son caractère la font passer pour la bonne copine. De plus son rire et ses habits font d’elle une amie sur qui compter. Cette popularité entraîne aussi des jalousies auprès de ses camarades de classe. En étant très proche des adolescents, elle s’attire les foudres de leurs prétendantes.

Si les garçons sont heureux de cette situation, elle ne l’entend pas ainsi, commençant un petite déprime. Etre seule alors que toutes ses copines sont en couple, cela la chagrine beaucoup. Pourtant un jour, un garçon lui avoue qu’il l’apprécie. Sâto, lycéen charmant et timide l’embrasse et lui propose même un rendez-vous… Serait-ce le début de l’amour ?

Créé en 2014 au Japon, Pourquoi je galère toujours en amour ? est un shôjo qui ravira les jeunes adolescentes françaises. Prépublié dans le magazine féminin pour ados Pretties en France, ce manga pourrait paraître classique et un peu gnan gnan. Pourtant, l’histoire de Hina est contée de manière plutôt habile et simple. Teinté d’un humour, le récit est décalé surtout par le caractère de l’héroïne : elle a tous les défauts possibles, change de visage souvent (la fille qui demande comment être populaire, la fille qui refuse qu’on l’aide, la fille qui nettoie les dents avec la langue, la fille qui met un survet sous sa jupe, la fille qui est moche quand elle pleure, la fille qui cache son plaisir ou la fille toute raide quand elle fait un bisou) ; mais est très attachante.

  • Pourquoi je galère toujours en amour ?
  • Auteure: Kyôko Maki
  • Editeur: Akata
  • Prix: 6.95€
  • Parution: 10 septembre 2015

C’est grave docteur ?

En mars 2014, le docteur Michel Guibert publiait C’est grave docteur ?, un recueil des plus belles perles entendus par les médecins (éditions de L’opportun). Bob Bergé sur un scénario de Alan propose l’adaptation dessinée de ce best seller aux éditions Jungle.
Résumé de l’éditeur :
Le docteur Michel Guilbert écoute attentivement les maux de ses patients depuis plus de 30 ans. Mais quand surviennent à l’improviste quelques bons mots, il sort son carnet et note consciencieusement ces perles savoureuses… Compliments alimentaires, carte virale et points de soudure cohabitent avec la spasmofolie, le coma idyllique et l’épaule lustrée.


Alors que les éditions Jungle avaient décliné en bande dessinée les petites perles du site Vie de Merde (plutôt assez bon), elles récidivent avec des perles entendues par les médecins. Les 32000 exemplaires vendus du best seller du docteur Michel Guibert pouvaient attirer les convoitises. Mais on le sait, souvent c’est une mauvaise idée. Si la succession des lapsus, jeux de mots et situations cocasses fonctionnent sous un format livre, comme notamment l’excellent Mots d’excuse de Patrice Romain (François Bourin éditeurs, les parents écrivent aux enseignants) ; il est toujours délicat d’adapter en album dessiné ces perles.

Reposant uniquement sur les erreurs langagières des patients, même si les situations sont variées et les mises en scènes plutôt ingénieuses,  plus d’un gag sur deux tombe à l’eau. Les planches de Bob Bergé sont composées de grandes cases, trop numérisées ; les mises en scène souvent ratées et les personnages pas très réussis. C’est grave docteur ? un album à offrir à son médecin de famille préféré ? (pas si sûr !)

  • C’est grave docteur ?
  • Scénariste : Alan, d’après l’ouvrage de Michel Guibert
  • Dessinateur : Bob Bergé
  • Editeur: Jungle
  • Prix: 10.45€
  • Sortie: 16 septembre 2015