Critique Ciné : Regression (2015)

Publié le 30 octobre 2015 par Delromainzika @cabreakingnews

Regression // De Alejandro Amenabar. Avec Emma Watson, Ethan Hawke et David Thewlis.


Ce n’est pas facile d’avoir été un réalisateur reconnu pour un film et de tenter de revenir sur le devant de la scène. Celui à qui l’on doit le brillant Les Autres mais aussi le magnifique Agora (2009), revient cette année avec un film plus proche de Les Autres que de son péplum (dernier film au compteur avant Regression). Son choix de scénario est assez sympathique mais le problème c’est que le twist de l’histoire, on le voit venir à des kilomètres à l’avance et c’est là que le film est un peu problématique. C’est étrange que de voir un film de ce réalisateur être aussi déconnecté. Car si la thématique est là (celle de la thérapie de régression), le sujet est très mal utilisé au travers d’un scénario alambiqué pour pas grand chose. Car le twist fait tomber tous les mystères du film d’un coup d’un seul comme si l’on venait de souffler sur un château de carte. Etant donné que l’on voit cela venir à la moitié du film, le résultat est d’autant plus décevant. Je pensais qu’à un moment donné Regression pourrait me surprendre et me permettre de comprendre que je me suis peut-être trompé sur le twist de l’épisode mais non, rien de tout ça n’arrive jamais. L’idée était audacieuse mais elle ne délivre rien de neuf.

Minnesota, 1990. L'inspecteur Bruce Kenner enquête sur un crime révoltant dont la jeune Angela accuse son père, John Gray. Lorsque John avoue sa culpabilité de façon tout à fait inattendue et sans garder le moindre souvenir des faits, le docteur Raines, un célèbre psychologue, est appelé à la rescousse. Il va devoir aider John à retrouver la mémoire, mais ce qu'ils vont découvrir cache un terrifiant mystère qui concerne le pays tout entier...

Regression m’a au départ fait penser à Délivrez Nous du Mal (2013) qui était un film sympathique mais qui décevait aussi par sa façon de révéler le pot aux roses. L’idée de base de Regression est de démystifier le satanisme et mettre tout cela en scène autour d’une bulle prête à éclater. Vu comme ça, on a tout de suite envie de voir quelque chose qui est à la hauteur des ambitions mais Regression se complait malheureusement dans son récit policier qui s’enorgueillit de tout un tas de choses particulièrement décevantes. Le thriller horrifique que Amenabar nous délivre est loin d’être digne du réalisateur de Les Autres. Dans ce dernier il parvenait à introduire un sujet passionnant sous une ambiance mystérieuse. Le twist était difficile à cerner au premier abord. Mais avec ce film, il plonge dans les travers du genre et déçoit. Car s’il y a des idées, il n’y a pas de quoi véritablement se raccrocher là dedans. Le film passe à côté du satanisme, des mythes qui l’entourent, afin de se concentrer sur tout un tas de choses particulièrement ronronnantes. Je pense notamment au personnage d’Emma Watson (Harry Potter), bourré de clichés tous plus irritants les uns que les autres. Finalement il n’y a que Ethan Hawke (American Nightmare) pour tenter de sortir ce film de terre.

Mais avec un rôle assez mal écrit, on a énormément de mal à faire ressortir les choses les plus intéressantes du personnage. Regression ne fait même pas usage des années 90, de 1990, une année charnière pour les Etats-Unis et le monde. Non, le film se contente de faire des choses assez ennuyeuses autour de personnages qui sont un peu trop lisses ou superficiels. Car cela manque de développement du côté des personnages et de ce qu’ils peuvent véritablement offrir au récit. La famille Gray est une famille que le film a énormément de mal à définir. On voit la plupart des choses venir autour de chacun des personnages (Angela - et c’est accentué par une scène qui n’aurait pas dû avoir lieu et qui donne un gros indice sur la suite - , Roy dont on comprend très rapidement l’histoire, sans parler de Rose et de John). Ce sont des personnages qui n’ont pas grand chose à offrir si ce n’est des trucs que l’on pourrait très bien retrouver dans un épisode d’Esprits Criminels. Non pas que je sous estime la série de CBS mais disons que ce n’était pas digne d’un film d’une heure et cinquante minutes, plutôt d’un épisode de série policière. De plus, le mythe autour du satanisme est très loin d’être utilisé à bon escient, caricaturé au détour de quelques scènes ridicules qui donnent plus envie de rire qu’autre chose.

Note : 2/10. En bref, Regression mérite bien son titre… c’est une régression totale pour Aménabar.