(note de lecture) Reinhard Priessnitz, "44 poèmes, poésie complète" par René Noël

Par Florence Trocmé

Reinhard Priessnitz, le poème est expérience

Reinhard Priessnitz est de ces pionniers, toujours jeunes, aux marches de ces empires du langage solidaire en toutes occasions des futures formes des mémoires en route. Né à Vienne en 1945 et mort en 1985, auteur de 44 poèmes écrits tout au long de sa courte vie, il se tient au plus près des confins, limites de toutes limites. Si son nom a été en France éclipsé, Christian Prigent nous signale qu'il l'a publié dans la revue TXT, après que Jacques Roubaud l'ait invité à Paris en 1982, et que la revue Po&sie l'ait publié.
Cet accueil critique presque simultané dans une revue rassemblant les radicalités des avant-gardes et celle de Michel Deguy qui met plus volontiers l'accent sur les évolutions poétiques, et non sur les tables rases, n'est pas un hasard en soi. La rareté, la grande originalité de la poésie de Reinhard Priessnitz, incarnant le courant expérimental de la poésie autrichienne et de langue allemande, proche dans l'esprit des créations d'Oskar Pastior et d'Ernst Jandl, illustre cet adage selon lequel la radicalité n'est pas seulement un fusil à un coup, une provocation, une rupture avec toutes les traditions, ainsi que certains dadaïstes et nombre de leurs héritiers l'ont conçue pragmatiquement, répondant aux atrocités de leur époque. Mais également une mise à nu et un réveil des questionnements et de leurs réponses par tous les hommes, provoquant un étonnement face à ce qui a été recouvert par l'habitude et la monotonie des jours répétés, qui traduisent les traditions. Questionnements à la fois éternels et toujours nouveaux, à chaque naissance d'un être humain. Ainsi, le non de Reinhard Priessnitz

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expose-t-il les moyens d'un affranchissement de la langue allemande du totalitarisme qui l'a asservie (1) en même temps qu'il pèse les contradictions et les paradoxes inhérents à la condition humaine. C'est dans cette mesure que le non de Priessnitz devient un oui, un oui à la vie. Le oui de Molly dans Ulysse de Joyce.
La patience de Reinhard Priessnitz, qui aura réalisé un peu plus d'un poème par an, se manifeste par une diversité de moyens, chaque poème inaugurant une forme. Sonore, figurée, dessinée, manuscrite, raturée... sa poésie ne refuse aucune audace. L'audace n'étant meilleure que lorsqu'elle devient naturelle. Il y aurait du Francis Picabia chez Reinhard Priessnitz, entendu qu'il est un poète de son temps, irréductible à tout autre, ce qui le rend universel. N'y aurait-il pas aussi du François Villon dans cet hommage à ses contemporains dans les pompeurs, poème constitué des noms et prénoms d'écrivains, d'artistes, et intellectuels viennois des années 1960-1980, indique le traducteur, en note - ?,
pompe ! henri de paris du front-
terreux sapeur-pompiste
du pompe-à-texte, denis beau-
phraseur, sapeur-pompeur
des pompes-à-texte ; pompe !
et heinz andré pissacôté
pompeur textuel, prince rené
fils d'isis et le purdur
priessnitz font des pompes
partout textuellement
grojalou prince ipale,
Villon lui-même ne manquant pas de s'inclure aux côtés des Charles Ier d'Orléans et de ses amis anonymes, pratiquant l'auto-ironie, jusqu'à la veille même attendue par lui de sa pendaison à laquelle, heureusement, il échappa. Reinhard Priessnitz ne manque lui-même pas d'humour sans à aucun moment renier ou nier les contradictions de la vie. Inscrivant son souffle inimitable dans cette constellation de la poésie du vingtième siècle, grand siècle de poésie.
René Noël

(1) Je me suis daté d'un 20 janvier - jour de la condamnation à mort de Louis XVI et de la conférence de Wannsee en 1942 - écrit Paul Celan dans son discours le Méridien. Vive le roi ! s'exclame Lucile, de Büchner, que le poète cite et commente dans son discours.
Reinhard Priessnitz, 44 poèmes, Poésie complète, bilingue, Traduction d'Alain Jadot, Préface de Christian Prigent, éditions Nous
*lied für die silbe NO
NOzzn NOcha NOane NOunddan NO
cha NOdians N Oba NOamoi
Noma dengt Noha NOdaz
NOdazu NOana undNOaNOandan NO
an NOachnaunda NOpf NOpff NOund
mea NOcha NOserv NOserwas NOss
NOss NOss NOsasdwas Noserv NO NO NO