Martinique: Hervé Télémaque, 50 ans après Présent où es-tu?

Publié le 07 février 2016 par Alexia Guggémos @alexia_guggemos

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50 années séparent "Présent où es-tu?" (1965) de la "De la Jeune Flamande... au Canal Saint-Martin" (2015) d'Hervé Télémaque. L'œuvre récente fait partie des 53 peintures exposées à la Fondation Clément en Martinique, jusqu'au 17 avril. Une formidable rétrospective du peintre franco-haïtien orchestrée par Christian Briend, conservateur au Centre Pompidou.

"De la Jeune Flamande...", cette œuvre récente d'Hervé Télémaque ne pose pas une énigme, elle traduit un mouvement qui ouvre l'espace vers une élocution nouvelle.

Quelques points de similitude avec "Présent où es-tu?" (1965): Une palette tout aussi joyeuse, composée d'orangées et de jaunes salis par endroit dans le tableau actuel. Et puis, il y a cette ligne verticale qui traverse les deux œuvres de part en part, cordelette peinte dans "Présent où es-tu?" de facture pop, transformée en une ligne en creux au centre dans la composition fraîchement peinte. Ici, le noir placé à gauche fait masse. Accélération de la pesanteur et balance des forces en présence. La masse noire est elle-même une oblique inversée. Comme dans "Présent où es-tu?", deux obliques structurent le tableau.

A la question "Présent où es-tu?", Hervé Télémaque répond 50 ans plus tard par une autre question "Où est le point d'appui?"

Que raconte le tableau? Il s'agit d'une balade enchantée, un sourire. L'artiste explique: une adolescente part de la gare du Midi à Bruxelles retrouver son amant à Paris. Elle prend son bolide, dépasse la fenêtre de la Place Royale en direction du canal Saint Martin. Une deuxième fenêtre s'ouvre sur le territoire de Braque. L'excitation est maximale, joie des retrouvailles dans une ambiance festive. "Le sujet, c'est le liquide: le liquide vaginal qui s'écoule dans le bassin, le liquide séminal que le narrateur imagine abondant..." Incliné vers la gauche, le bac serait le réceptacle de l'état amoureux. Voilà pour l'histoire, coquine et drôle!

Au caractère autobiographique de "Présent où es-tu?" (portrait dans le rétroviseur, acte de naissance, activité professionnelle de la peinture) répond la farce érotique de "De la Jeune Flamande...", un scénario sur l'obscène ou le hors-scène.

Le noir intense est devenu un noir incertain dans "De la Jeune Flamande...", traité comme une couleur. Il est loin le noir signifiant et signifié du sac de charbon, l'obscur tunnel de Saint-Cloud, le pelage menaçant du corbeau fripon et racoleur, le noir cernant le visage féminin... le noir s'exprime désormais dans le trait à la pointe du crayon graphite, dans ce petit bout de ruban de scotch enroulé dessiné en bas à droite de la toile restée vierge.

La lecture de "De la Jeune Flamande..." se fait de droite à gauche, et non pas de gauche à droite, selon une lecture occidentale classique, comme dans "Présent où es-tu?". Si le premier tableau a été peint avec les deux mains, ce dernier a été réalisé avec une seule main, la main gauche, le peintre ayant été victime d'un AVC il y a quelques années lui paralysant le côté droit. Hervé Télémaque a dessiné ce qui lui a permis de peindre, ce petit bout d'adhésif si utile. Il dit ici sa reconnaissance pour son point d'appui à la peinture.

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Vous pouvez visiter le site de la Fondation Clément.

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