La prochaine fois je viserai le coeur - 7,5/10

Par Aelezig

Un film de Cédric Anger (2014 - France) avec Guillaume Canet, Ana Girardot, Jean-Yves Berteloot, Patrick Azam, Arnaud Henriet

Glaçant.

L'histoire : Alain Lamare est gendarme. Célibataire endurci, collègue rigoureux mais pas contre une bonne blague de temps en temps. Normal, quoi. Sauf que, pendant ses temps de loisirs, c'est un chasseur... Et ses proies sont des femmes. Il les piège, puis il les abat. Aucune agression sexuelle. Le "tueur de l'Oise" devient un grand sujet de société et la communauté est terrifiée. Les gendarmes sont à l'affût, les policiers sur les dents, et Alain enquête lui aussi sur ses propres meurtres, comme si de rien n'était, laissant de fausses pistes sur place pour ralentir les investigations...

Mon avis : Une histoire vraie de serial killer. J'adore les serial killers. Non, je ne suis pas perverse ; mais j'adore la psychologie (j'aurais bien aimé être neurologue ou psychiatre en asile... du lourd quoi... parce que les bobos qui se font analyser le nombril, ça ne m'aurait pas plu) et le fonctionnement du cerveau, l'agitation des neurones, les comportements déviants, les obsessions, tout ça... ça me fascine car je voudrais comprendre. 

Donc je l'ai bien aimé, celui-là. Il est bien chtarbé quand même. Autoflagellation, bains de glaçons, casserole d'eau bouillante sur la tête, fil de fer barbelé serré autour du bras... solitude extrême et misanthropie... mais à côté de ça, un gendarme lambda, un peu bougon certes, mais qui donne parfaitement le change et sait rigoler avec ses copains. Le gros schizo bien agité du bocal.

Guillaume Canet est étonnant. Le visage dur, serré, crispé, le regard vide, tout le temps, la démarche raide... il est assez effrayant, je dois dire. Le genre de bonhomme qui, si tu le rencontres, te met les clignotants en alerte. D'ailleurs, ses victimes assez rapidement le "sentaient" venir, mais hélas trop tard, vu qu'elles étaient toujours bien ferrées, incapables de s'échapper, d'une manière ou d'une autre. Une véritable araignée qui tisse sa toile, y accroche ses proies et les dévore. Y a que ses potes gendarmes et ses parents (relous) qui ne voient rien... Parce que - hors période de "chasse" - il est plutôt transparent. D'ailleurs les parents lui balancent "T'es tellement innocent qu'il faudrait que la fille te déshabille pour que tu comprennes de quoi il retourne." Dire ça en ricanant à son fils, c'est dur. On imagine que étant môme, s'il avait déjà quelques troubles mentaux, avec des parents aussi délicats, il n'a guère pu prendre le chemin de la normalité... Ne me faîtes cependant pas dire ce que je n'ai pas dit : ce n'est forcément la faute des parents ! Les maladies mentales ne sont pas que des traumatismes d'enfance. Loin de là.

La réalisation est angoissante, glauque, lourde, poisseuse, froide, sombre. La très étrange relation qu'il noue avec sa femme de ménage, amoureuse de lui, est stupéfiante : elle le prend pour un gars timide, il voit en elle une chance de vivre peut-être "normalement" jusqu'au jour où la coquine lui fait un surprise... Expérience ratée. 

L'homme reste parfaitement énigmatique et il trimballe d'ailleurs toujours aujourd'hui ses obscurs secrets.

Alain Lamare n'a en fait tué qu'une seule personne (d'où le titre), car il tirait plusieurs coups de revolver, mais pas forcément dans les parties vitales. Un portrait-robot a pu être dessiné d'après les témoignages, et les lettres que le "tueur" envoyait à la police semblait montrer qu'il connaissait le milieu. Peu à peu, il a été soupçonné mais l'affaire était tellement inimaginable pour ses collègues qu'elle a traîné longtemps...

Après enquête psychiatrique, il a été diagnostiqué schizophrène et donc irresponsable de ses actes. Il est toujours interné à ce jour.

Un petit bémol : au moment des faits, Alain Lamare était un jeune homme de 22 ans. Malgré la qualité d'interprétation de Canet, cela brouille un peu la donne. Quand on ne connaît pas l'histoire, on se dit : mais ils ont mis tout ce temps-là à s'en rendre compte ? Alors qu'en vrai, il s'agissait d'une jeune recrue, dont on ne savait pas grand-chose. Au niveau de la maladie mentale, pareil : des années d'autopunition très dures auraient laissé des traces à la longue... Sur un homme de 22 ans, pas encore. On pouvait aussi davantage frissonner en se disant que ses attaques allaient progresser dans l'horreur (cf. le titre) ; alors que là, on se demande pourquoi, futé comme il est, il ne l'a toujours pas visé ce sacré coeur ! Etrange choix, donc, d'un acteur de 40 ans passés ! Mais Canet reste excellent dans la partition qu'on lui a confiée.

490.000 entrées, pas mal pour un thriller français. Les critiques sont enthousiastes, tant pour la réalisation très appropriée à l'histoire, que pour l'interprétation de Canet (j'en entends qui rigolent ?). Même Télérama aime ! Les Cahiers un peu moins : "Le troisième long métrage de Cédric Anger, son meilleur, s’intéresse à l’étrange cas d’un gendarme serial killer à la fin des années 70. Le réalisateur a une jolie formule dans le dossier de presse : « À la limite, il aimerait s’arrêter lui-même. » Ce vertige est esquissé sans jamais que sa schizophrénie soit explorée." appuyant sur la seule chose qui m'ait moi aussi un peu gênée : j'aurais aimé avoir un peu plus de grain à moudre sur sa maladie, des flash-backs (enfance, jeunesse) ou je ne sais quoi ; mais à vrai dire, comme je le disais plus haut, le bonhomme est toujours enfermé en dedans de lui-même,  même les psychiatres n'ont pas réussi pour l'instant à démêler ses neurones.

Je n'ai d'ailleurs rien trouvé sur les auto-mutilations qu'il pratiquait chez lui. A-t-on retrouvé du "matériel" chez lui ? A-t-il raconté ? Rien de rien...

Décidément très énigmatique, le garçon. J'espère qu'on va pas le relâcher trop vite...