Interview de Pyrat

Publié le 11 mars 2016 par Paristonkar @ParisTonkar

Interview réalisée en partenariat avec le Meeting of Style France

Où as-tu découvert le graffiti ?
Les premiers graffs que j’ai vus, c’était en 1998 à Avignon. Je ne captais pas trop ce que ça voulait dire, mais je voyais souvent marqué Ahero, Mezo, Koma, TSH, ATR ou encore Acek, Bafe, Epys… Je trouvais ça vraiment cool ! Moi qui aimait le dessin, ça m’a attiré tout de suite.

Quand as-tu commencé ?
L’année d’après en internat à Avignon : je suis tombé dans la chambre de Vincent aka Poil SHP (rip), un graffeur nimois qui faisait que des panels, un amoureux des trains. Il dessinait tout le temps des lettrages et il me montrait des photos argentiques avec le bon style trainiste de l’époque. Je m’empressais de pomper. Même s’il n’a jamais voulu peindre avec moi parce que j’étais un toy, j’ai fais mon premier graff et mes premiers tags grâce à lui en 1999. C’était dans ma petite ville d’origine, Bagnols sur Cèze, avec mon meilleur pote de l’époque, lui aussi disparu depuis. Paix à leurs âmes !

As-tu eu plusieurs blazes avant de poser Pyrate ?
Comme beaucoup, j’ai changé un paquet de fois de blazes, en tout cas au début. Mon premier c’était Kas2, un vilain jeu de mot d’adolescent, puis Sleap, Teng et je me suis fixé sur Pyrate un an ou deux après mes prémices.

Avec qui as-tu tagué à tes débuts ?
Quelques amis de ma ville m’ont suivis dans le délire : on a joyeusement repeint notre bourgade, partout où on pouvait le faire. Centre ville, bâtiments municipaux, bords des routes, voie ferrée… Le graff, on l’aimait sans autorisation ! Pouvoir faire ce que tu voulais où tu le voulais, nous donnait un sentiment de liberté absolue et le coté action et adrénaline, on en était friands.

As-tu connu des soucis avec les autorités ?
Jeunes et immatures, on parlait un peu trop et on s’est vite fait chopper, balancé par d’autres, le genre d’histoire habituelle dans ce milieu. On a donc fait notre baptême du feu : garde à vue, TIG, etc… Rien de bien méchant.

Que s’est-il passé par la suite ?
La plupart des collègues ont arrêté après ça ; moi, j’ai rencontré Shine et Hostyl du crew WHO avec qui je me suis bien entendu tout de suite. Ils m’ont fait rentrer dans le groupe. C’était déjà plus sérieux : il y avait du monde dans le crew, dans plusieurs villes comme Alès, Montpellier, Bagnols-pont et Paris. Shine étant à la capitale pour ses études. On a quand même mis une petite claque dans notre région à l’époque. Après une petite embrouille, j’ai délaissé le groupe WHO, tout en gardant de bonnes relations avec la plupart des membres.

Quel a été le tournant dans ton parcours ?
Via Shine, une connexion s’est faite avec Ours et Fabu du 3CK : Hostyl et moi sommes rentrés dans leur groupe. On peut dire que ça a été l’élément déclencheur pour moi. Il fallait monter d’un palier pour représenter un groupe qui était composé d’anciens pour nos petits yeux de provinciaux.

As-tu peint du sur du roulant ?
On a commencé à s’intéresser aux roulants et c’est à partir de là que j’ai réellement peint et, du coup, j’ai rencontré du monde. C’était vers 2001 ou 2002.

Ensuite…
J’ai trainé quelques années vers Nîmes où j’ai rencontré les TPA avec lesquels on a bien fait la fête ; ils m’ont fait rentrer dans le crew en 2004. Un groupe originaire de la zup bien porté sur le graff sur train.

Puis la vie (et mon frère de cœur Witch 3CK) m’a emmené du côté de Lyon quelques années où j’ai rencontré Dedex (KMF) avec qui ça a bien collé aussi, niveau mentalité et centres d’intérêts. Il m’a fait intégrer son équipe, composée d’Impact, Peast, Zeyo, Ibou etc… Et Ahero sur lequel je louchais alors que j’avais pas encore touché une bombe. Un des précurseurs chez nous, notre papy à tous dans le sud. Il m’a fait rentrer TSH quelques années plus tard. La boucle était bouclée.

Ces groupes existent-ils encore ?
Tout ces groupes existent encore, certains moins actifs, d’autres toujours dans le vif du sujet.

Après avoir rejoint tous ces groupes, qu’as-tu fait ?
Et puis la vie change, on évolue, on a des responsabilités et j’ai arrêté mon activité de nuit pour me consacrer à un graffiti plus tranquille. Je vis de décorations, de toiles et d’ateliers d’initiation depuis 2009. J’ai participé à quelques expos collectives à Nîmes : expo de ouf 1 et 2, expo du collectif la ruche, expo à la galerie corps et âmes… J’ai fait deux expos solo jusqu’à présent : au carré d’art de Nîmes en 2012 et au shop galerie runthingshop à Montpellier en 2014.

Photographies : Pyrat