Macri sort l'arme du veto [Actu]

Publié le 20 mai 2016 par Jyj9icx6

Jeu de mots en gros titre, selon la bonne habitude de ce quotidien
hecho/a signifie fait mais il sonne comme echo/a (je jette, il jette)
On pourrait traduire : Sitôt votée, sitôt rejetée [la loi de moratoire]


Encore une péripétie politique qui ne surprend guère mais qui en choque plus d'un. La loi imposant un moratoire de six mois sur les licenciements, dans le secteur privé comme dans le secteur public, impulsée par le Frente para la Victoria (FpV), actuelle opposition et ancienne majorité, a obtenu une majorité hier à la Chambre des Députés après l'avoir obtenue au Sénat, où le FpV est légèrement majoritaire. Ce vote au Sénat avait été le premier coup d'arrêt à la politique libérale du nouveau président. Dès que le second vote, qui valide la proposition de loi et en fait une norme qui n'attend plus que la publication au Journal officiel pour entrer en vigueur, le Président Macri a fait part de son intention de s'y opposer et il a fait savoir qu'il l'annoncerait lors de sa visite à Cresta Roja, une entreprise qui a vu la première manifestation de salariés matée dans la violence des forces de l'ordre, cet été, lorsqu'il venait de prêter serment au Sénat. On peut difficilement faire mieux dans le symbole provocateur vis-à-vis de la minorité de gauche !
Dans la chambre basse, la loi a été votée grâce à une manœuvre politicienne du groupe PRO (parti de Mauricio Macri) afin que le Président dispose des conditions constitutionnelles pour opposer son veto. Ce qui n'a pas manqué : ila aujourd'hui mis en échec le parlement, à la façon dont le Premier ministre français (1) le fait depuis quelques temps avec le célèbre 49.3 (article 49, alinéa 3 de la Constitution de la Vème République). Le veto est un stratagème légal auquel Mauricio Macri a souvent eu recours lorsqu'il se trouvait à la tête de la Ville Autonome de Buenos Aires.

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Sergio Massa, qui a tenté de jouer au centre, en proposant des amendements, a été méchamment blackboulé par la majorité et ne décolère pas. Le jeune loup plein d'avenir d'il y a trois ans paraît bel et bien menacé d'un destin à la François Bayrou...
Les syndicats, qui étaient derrière l'initiative du FpV, sont eux aussi d'autant plus furieux qu'une partie d'entre eux, les trois CGT qui se mangent le nez d'ordinaire, viennent de signer avec le Gouvernement et les représentants patronaux un nouvel accord d'augmentation du salaire minimum (2), aux termes duquel le SMVM (salaire minimum, indexé et révisable) se voit relevé de 33% en trois temps (3), d'abord en juin où il sera élevé à 6 810 $/mois (contre 6 060 aujourd'hui) puis en septembre où il atteindra les 7 560 et enfin en janvier 2017 où il sera porté à 8 060 $ ARG par mois. Les centrales ouvrières ont l'impression, peut-être exacte, de s'être fait piéger, la CTA a voté contre (le syndicat voulait une augmentation du double) et parle de défaite comme à la guerre, et le Congrès, avance La Nación, un quotidien qui soutient pourtant le Gouvernement, craint (sic) que le recours au veto ne devienne la stratégie de gouvernement la plus courante pour faire face, pendant cette première partie du mandat (4), à la situation déséquilibrée née des élections législatives, puisque le Congrès n'est pas acquis au Gouvernement et qu'il lui faut négocier au coup par coup les voix d'appoint qui lui manquent.

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Au cours de la même réunion, le forfait d'indemnité chômage a été fortement réévalué : il passe de 400 $ ARG par mois (montant fixé en 2006 et jamais modifié depuis) à 3000 $ ARG, soit une augmentation de 650 %, qui est la bienvenue eu égard à la hausse du chômage due aux vagues successives de licenciements qui dévastent autant le secteur publique que le secteur privé, notamment à Buenos Aires, où toutes ces mesures ont fait baisser la consommation.

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Les syndicats non signataires, qui appartiennent à la centrale CTA (qui est un peu à l'Argentine ce que Sud est à la France) parlent déjà d'appeler les salariés à de nouvelles grèves et à des manifestations monstres. D'autant que les augmentations des factures d'énergie, pour les particuliers (5), les professionnels, les entreprises et les services publics, mettent toute l'économie à l'épreuve : il y a des Provinces en Patagonie, où il est impératif de chauffer les bâtiments et en particulier les hôpitaux et les écoles, qui sont menacées de ne plus pouvoir fonctionner. Sans parler des entreprises dont les prix de revient sont fortement impactés par ces hausses démentielles, qui vont, dans certains cas, jusqu'à 700% en six mois.
Pour aller plus loin : sur le veto présidentiel lire l'article de Página/12 lire l'article de Clarín lire l'article de La Nación lire l'article de La Prensa sur les augmentations du SMVM et de l'indemnité chômage lire l'article de Página/12 lire l'article de La Nación, le seul journal à lier explicitement les deux éléments lire l'article de Clarín lire l'article de Clarín sur les négociations paritaires de l'enseignement supérieur, qui était dans la rue il y a quelques jours, et qui vient d'obtenir une revalorisation salariale.
(1) En fait, politiquement, la décision est celle du chef de l'Etat mais c'est le premier Ministre qui en porte la responsabilité puisque c'est lui qui doit se retirer si la manœuvre échoue. (2) De ce point de vue, tout est relatif en Argentine où l'économie au noir est presque aussi importante que l'économie déclarée. Donc le salaire minimum ne concerne que les employeurs de (très) bonne foi et ce n'est pas toujours la majorité d'entre eux. (3) Ce qui marque là encore un recul social puisque sous le gouvernement antérieur, ces augmentations étaient étalées sur deux dates seulement, le plus souvent en mars et en septembre ou en septembre et en janvier. (4) Comme aux Etats-Unis, il y a en Argentine des élections législatives de mi-mandat éxécutif. Il est possible que Maurico Macri espère obtenir une majorité nette lors de ces prochaines élections et avoir dès lors les coudées plus franches. (5) Trois millions de ménages ont demandé à bénéficier du tarif social pour le gaz et l'électricité, un tarif accordé à tous ceux qui touchent les minimums sociaux jusqu'à un plafond de revenus. Trois millions de ménages sur une population totale de 40 millions d'habitants, ça fait une jolie proportion !