Le vivant spectacle du sexisme ordinaire

Publié le 23 mai 2016 par Ep2c @jeanclp

« Monde de la culture » et harcellement sexuel : rien à envier aux pires beaufs.

A propos d’affaires qui reviennent sur le devant de la scène et qui concernent le « monde politique », ce post de Carole Thibaut (directrice de CDN) sur Facebook. (16 mai 2016)

Non, il n'y a pas qu'en politique. On raconte, en culture, dans notre beau milieu artistique? Allez zou, je commence. Je ne donne pas de noms, pour ne pas lancer de chasse aux sorcières, et puis les dénonciations sur FB, ça pue. Mais ceux à qui il est fait allusion se reconnaitront s'ils passent par ici. Et d'autres se diront que ce ne sont peut-être pas des comportements tout à fait normaux ni de toute impunité... Donc... ....Quand à ton premier engagement professionnel d'actrice, le metteur en scène, qui a presque trois fois ton âge, alors que tu déclines poliment pour la énième fois sa proposition de l'accompagner à son hôtel, te dit : "Tu crois que je t'ai engagée pourquoi? Pour ton talent peut-être? Je ne t'ai pas engagée pour ton talent, je t'ai engagée pour ton cul" ... Quand à ta première pré-sélection pour la direction d'un Centre Dramatique National (à l'époque les short lists ne sont pas encore obligatoirement paritaires, la plupart des candidatEs étaient seules contre 3 à 5 mecs), le directeur sortant te dit : " Tu ne vas pas t'emmerder à faire le dossier, tu sais bien que tu n'as aucune chance, que tu n'e.s là que pour le quota." ...

Quand un responsable théâtre du ministère de la culture, à qui tu exposes que tu voudrais candidater à la direction d'un Centre Dramatique National, te répond : "Un Centre Dramatique National, pour l'avoir, il faut y penser tous les matins en se rasant. Ah ah ah. Je dis ça, je dis rien". ...

Quand à un autre pré-sélection à la direction d'un théâtre, un des membres du jury te dit qu'il est furieux d'avoir du écarter des artistes brillants et méritants, tout ça pour respecter des quotas ineptes de bonnes femmes. ... Quand un haut responsable politique d'une collectivité territoriale importante te coince à la fin d'une réunion en te disant "Vous êtes conventionnée par la "(collectivité territoriale importante)", vous, non? Vous êtes en renouvellement cette année, non? Venez déjeuner avec moi ce midi et vous serez re-conventionnée direct." Et qu'il te faut 10 bonnes minutes pour t'en débarrasser, tandis que les autres participants se marrent tout autour. ... Quand un directeur d'un gros théâtre te dit "Mais pourquoi vous vous obstinez à vouloir faire de la création, quand vous avez à votre portée la plus belle des créations" en te tapotant le ventre au passage d'un geste pseudo paternalisto-pervers. ...Quand, lors d'un montage dans une Scène Nationale, le régisseur général, à qui tu viens de demander de faire bouger le réglage de deux projecteurs, te dit "eh bien elle va elle-même monter à l'échelle la petite dame, et nous on va rester en bas et se régaler." (Tu es en jupe ce jour-là). Et que tous les abrutis qui l'accompagnent ricanent, et même ceux de ton équipe de l'époque, parce que tu comprends, entre mecs, on est solidaires. ... Quand, alors que tu en es à ta vingtième mise en scène, un autre gros directeur de gros théâtre te dit : "C'est mieux. C'est beaucoup mieux. Je pense que pour le prochain tu seras au point." (Nous les filles on dit souvent Merci à tous nos papas, jusque tard dans nos vies) ...Quand un comédien te traite de mal baisée parce que tu refuses de "mettre la langue" dans le baiser que tu dois échanger sur scène avec lui. ...Quand un metteur en scène te traite de pute qui s'est tapée toute la planète théâtre parce que tu décroches une coprod qui lui est passée sous le nez. ... Quand un technicien te traite de mal baisée parce que tu lui dis qu'il y a eu des problèmes de conduite ce soir et qu'il faut faire attention à l'avenir. ... Quand un artiste te traite de pute qui s'est tapée toute la planète théâtre parce que tu arrives à la direction d'un CDN. ...Quand tu les emmerdes et que tu leur redis, à tous, ici.

Retour sur une déjà ancienne note de ce blog (avril 2011)…

Dans une récente livraison, le magazine La Scène a publié un dossier « La Culture au masculin » à partir de ce même rapport de Reine Prat

A l’appui de l’analyse d’Anne Quentin, en encadré, un témoignage « malheureusement anonyme car il est impossible de dénoncer encore aujourd’hui les auteurs de telles pratiques qui bien entendu ne se laissent jamais aller à de tels propos publiquement ».

Lors d’une fête de fin de saison en Ile-de-France, réunissant directeurs de lieux, compagnies et acteurs culturels, tous un verre à la main, l’occasion de se rencontrer, de prendre des contacts, de discuter. Je me retrouve nez à nez avec le directeur d’un CDN dans lequel j’ai travaillé deux mois auparavant. On se salue. Je lui fait part de mon intention de l’appeler à la rentrée, pour prendre rendez-vous afin de lui parler de mon projet en cours (une pièce à moi que je veux monter). Il recule, gêné, me dit qu’il a beaucoup de dossiers à gérer. J’insiste un peu en lui disant que tout cela je le sais, mais que venant de travailler dans le lieu qu’il dirige (un lieu public) il me semble logique et légitime de lui demander ne serait-ce qu’un rendez-vous. La réponse arrive : "Je sais que tu as un beau cul mais je ne connais pas ton travail ». Ce qui s’est passé dans ma tête, dans mon corps, dans mon cœur à ce moment-là est difficile à décrire. Un coup de poignard. La honte aussi. Honte d’avoir été déshabillée sans l’avoir choisi, de voir mon cul, ni, posé sur la table, comme dit Genet – oui, les mots ont ce pouvoir-là, de faire exister les choses. Il y a la colère aussi et le chagrin. Je me souviens que mes mâchoires se sont serrées. J’ai répondu sèchement, une pauvre réponse raisonnable : "Eh bien justement, tu peux lire. Il y a une pièce et un dossier ? Au moins tu connaîtras mon travail ».

Choquée, je suis aussitôt allée voir les copains. Je leur raconte la scène, à chaud, de plus en plus outrée. Au-delà de ma blessure de femme, je répète : « C’est un directeur de lieu public qui parle comme cela à une artiste défendant son travail ». Les copains compatissent, sans plus. Beaucoup me disent : « ben oui, c’est bien connu dans le métier, on sait qu’il est comme ça, un peu libidineux ». Et la fête continue.

Voir aussi sur La Cité des sens, la catégorie Le genre et la culture.

 

 

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Il lui a été attribué un numéro international normalisé

ISSN : 2270-3586

Type : document électronique, publication en série
Auteur(s) : Pompougnac, Jean-Claude (1946-.... ). Auteur du texte
Titre clé : La Cité des sens
Titre(s) : La Cité des sens [Ressource électronique] : le blog de Jean-Claude Pompougnac
Type de ressource électronique : Données textuelles et iconographiques en ligne
Publication : [Fresnes] : [Cité des sens], 2006-
Note(s) : Blogue. - Notice rédigée d'après la consultation de la ressource, 2013-11-14
Titre provenant de l'écran-titre
Périodicité : Mise à jour en continu
Indice(s) Dewey : 020.5 (22e éd.) ; 301.094 4 (22e éd.)
ISSN et titre clé : ISSN 2270-3586 = La Cité des sens
ISSN-L 2270-3586
URL : http://cite.over-blog.com/. - Format(s) de diffusion : HTML. - Accès libre et intégral. - Consulté le 2013-11-14
Notice n° : FRBNF43711075

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