Le contrôle des pleurs est défini comme un ensemble de comportements parentaux destinés à amener les enfants à moins pleurer et à ne plus se réveiller la nuit. Il s’agit par exemple de laisser le bébé pleurer de plus en plus longtemps avant de s’occuper de lui et de le prendre dans ses bras, puis finalement, de ne pas se lever s’il pleure la nuit afin qu’il apprenne à se rendormir seul. Cela n’exclut pas au départ la présence d’un parent auprès de l’enfant, qui va contribuer à le rassurer. La pratique est controversée : certains parents ou experts estiment que la pratique des pleurs contrôlés ne répond pas aux besoins émotionnels du jeune enfant et peut entraîner des effets néfastes à long terme sur sa santé psychologique.
Cette petite étude a été menée auprès de 43 nourrissons, âgés de 6 à 16 mois, ayant tous des » problèmes de sommeil » déclarés par les parents. Les chercheurs de la Flinders University (Australie : un pays où l’approche des pleurs contrôlés est largement utilisée) ont comparé :
1. l’approche des pleurs contrôlés,
2. avec une approche standard d' » éducation au sommeil » qui implique la mise en œuvre progressive d’une routine du coucher,
3. et l’approche du » fading » qui consiste, dès
que le sommeil est stabilisé, à avancer légèrement (environ 30 mn) l’heure du coucher pour gagner en durée ou, en cas de difficulté d’endormissement, à retarder l’heure du coucher.
Les 43 enfants ont été répartis en 3 groupes,
– pleurs contrôlés (n= 14 nourrissons), les parents étaient bien autorisés à réconforter leur enfant, mais ne pouvaient pas les prendre dans leurs bras en cas de leurs, la nuit,
– fading (n= 15), les parents devaient retarder l’heure du coucher de 30 minutes à chaque fois que le bébé mettait plus de 15 mn à s’endormir,
– éducation du sommeil (n= 14) ou groupe témoin. Les parents ont tenu un journal du sommeil de leur enfant et le niveau maternel de dépression, d’humeurs positives et négatives et de stress a été évalué par des échelles reconnues.Les niveaux de stress des nourrissons ont également été surveillés dans la matinée et l’après-midi, par test salivaire et mesure des niveaux de cortisol (hormone du stress).
L’analyse montre qu’à 3 mois, dans les 3 groupes, un grand nombre de mesures du sommeil se sont améliorées:
· le temps d’endormissement diminue :
o pleurs contrôlés : de 18 minutes à moins de 10 minutes (-12.7 minutes)
o fading, groupe témoin :-10 minutes
· le nombre moyen de réveils nocturnes diminue dans tous les groupes,
· le temps total nocturne passé éveillé diminue dans tous les groupes :
o pleurs contrôlés, ce temps passe d’un peu moins d’une heure au début de l’étude à environ 15 minutes (- 44,4 minutes),
o c’est mieux que pour le fading ou le groupe témoin (- 31,7 et – 24,6 minutes respectivement).
· La durée totale de sommeil s’améliore de près de 20mn pour le groupe » pleurs contrôlés » et le groupe témoin (21,6 minutes) vs pas de changement pour le groupe » fading » (+5,4 minutes).
Dans les 2 groupes d’intervention, le stress maternel est réduit. Pas de différence pour l’humeur maternelle entre les 3 groupes. Aucun effet sur la relation parent-enfant, aucun problème émotionnel ou comportemental n’a été identifié chez les enfants. Les chercheurs concluent sur des effets significatifs des deux approches comportementales, la pratique des pleurs contrôlés et le fading.
Cependant cette étude est toute petite et il serait dangereux d’en tirer des conclusions définitives. Il faut rappeler cette excellente étude, publiée dans la revue Developmental Psychology qui nous apportait des données plus scientifiques sur les modèles de sommeil des nourrissons : l’étude rappelait, en particulier,
– qu’à l’âge de 6 mois, si la plupart des bébés » font leur nuit « , 33% encore se réveillent toutes les nuits (7 nuits par semaine). Ce sont en général ces mêmes bébés qui à 15 mois, se réveillent 2 nuits par semaine et à 24 mois, 1 nuit par semaine ;
– que le modèle de sommeil de tous les bébés, comme pour l’adulte, suit un cycle de toutes les 1/2 heures à 2 heures durant lequel ils se réveillent et puis se rendorment. Certains de ces bébés vont pleurer ou crier quand ils se réveillent ;
– et que, curieusement, la majorité des bébés qui se réveillent sont des garçons, sont plus susceptibles d’être allaités et d’être de mère déprimée.
Cette étude restait favorable à l’installation d’une routine du sommeil pour aider les bébés à apprendre à s’auto-apaiser et appelait les parents à résister, au moins un peu, au désir de prendre leur bébé au premier pleur…
Sources:
Pediatrics May 24 2016Behavioral Interventions for Infant Sleep Problems: A Randomized Controlled Trial
Developmental Psychology 2012 Nov doi: 10.1037/a0027680Patterns of developmental change in infants’ nighttime sleep awakenings from 6 through 36 months of age.
SOMMEIL de l’ENFANT: Laisser les bébés pleurer et se rendormir!–
SOMMEIL de l’Enfant: Faut-il laisser pleurer les bébés?–
SOMMEIL de l’ENFANT: Quand les pleurs du bébé font divorcer les parents –
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