La véritable histoire de l’automne (36)

Publié le 22 juin 2016 par Nicolas Esse @nicolasesse

– Lâchez-moi s’il vous plaît.
– Un peu de patience.
– J’aimerais savoir…
– Juste un instant.
Dieu dépose délicatement Ève sous la ramure légère d’un arbre trapu.

– Ici nous serons tranquilles. Que voulais-tu savoir ?
– Il y a un problème avec le petit serpent ?
– Quel problème ?  Il n’y a aucun problème.
– Seulement ?
– Seulement un léger souci avec Adam et toi.
– Moi, je passais un bon moment.
– Je n’en doute pas ma chère enfant.
– Je ne suis pas votre enfant.
– Je t’ai créée comme j’ai créé Adam, à Mon image, tu vois.
– À Votre image ? Mais alors qu’est-ce que Vous avez entre les jambes, un petit trou ET un petit serpent ?
– Je n’ai pas de jambes. Je suis le vent.
– C’est dommage, j’ai bien aimé le petit serpent, Adam, la peau de son ventre plat, ses cuisses dures sous moi. C’est curieux, il avait l’air de souffrir, il avait l’air de mourir.
– Heureusement, je suis arrivé à temps.
– Il ne souffrait pas pourtant.
– Non, il ne souffrait pas.
– Alors, pourquoi ?
– Je n’ai pas eu le temps.
– Le temps de quoi ?
– Le temps de te parler. Le temps de t’expliquer. Il y a des choses qui se font et des choses qui ne se font pas.
– Les choses qui se font et les choses qui ne se font pas…
– Regarde autour de toi Ève, qu’est-ce que tu vois ?
– Je vois de l’eau, le fleuve, des collines remplies d’arbres. Je vois le ciel et des nuages. Je vois des troupeaux d’animaux que je ne connais pas. Je vois le soleil…
– … les étoiles et la lune pour éclairer la nuit. J’ai passé une semaine entière à construire un monde qu’Adam et toi pouvez détruire en un quart de seconde.
– Je ne crois pas que je pourrais détruire cet arbre. Pas plus que cet hippopotame, là-bas.
– Je voulais quelqu’un qui me ressemble. Quelqu’un à qui parler le soir, tu vois ? C’est dur d’être Celui qui était, Celui qui est et Celui qui sera. l’Alpha et l’Oméga. Le commencement et la fin, surtout quand la fin ne finit pas.