D’après Maupassant (8/19)

Publié le 26 juillet 2016 par Dubruel

Je n'aimais ni les sots

Ni les estaminets.

J'aimais flâner

Et lire au parc Monceau.

Un matin que je fréquentai ce lieu,

J'ai rencontré un étrange petit vieux.

Il était maigre et grimaçant,

Anguleux et souriant.

Ce bonhomme m'étonna,

M'intéressa.

Je le guettais.

Et voilà qu'il se mit à exécuter

De gracieux mouvements,

À sautiller galamment.

Il se trémoussait,

Dansait,

Battait des entrechats,

Arrondissait les bras.

Et tortillait son corps de pantin.

Il adressa enfin des saluts incertains

Et exécuta une profonde révérence

Comme on fait devant une assistance.

Il s'arrêta, recula de trois pas,

S'avança de nouveau et s'inclina

Comme font les acteurs sur scène,

En envoyant des baisers de comédienne

Aux arbres plantés en enfilade.

Puis, avec gravité, il reprit sa promenade.

Je le saluai alors, et lui dis :

-" Il fait bien bon aujourd'hui. "

-" Oui, un vrai temps de jadis. "

Huit jours après, nous étions amis.

Il avait été maître de danse à l'Opéra.

Il me confia :

-" Toutes les après-midi

Madeleine, ma femme, me rejoint ici.

Ce jardin, voyez-vous,

C'est notre plaisir, notre vie à nous. "

Je retournai au parc à l'heure du thé.

J'aperçus mon ami.

Il donnait le bras avec cérémonie

À une vieille dame qu'il m'a présentée.

Nous nous assîmes sur un banc de pierre.

Le soleil jetait sur nous une blonde lumière.

-" Expliquez-moi ce qu'est le menuet. "

-" Le menuet,

C'est la reine des danses

Et la danse des reines.

Madeleine,

Veux-tu qu'on le danse...

Pour montrer à Monsieur ce que c'était ? "

Ils allaient et venaient,

Se souriaient, s'inclinaient,

Se balançaient, variaient, sautaient.

Tout à coup ils s'arrêtèrent

Et... s'embrassèrent !