Le suivi du sommeil est-il vraiment fiable ? Et utile ?

Publié le 22 août 2016 par Jpopeck @MontreCardioGPS

Société sur-stimulée, trop stressée, en manque de sommeil... Les études scientifiques ont montré que le manque de sommeil avait un impact néfaste sur le bienêtre et même sur la santé directement. Le sommeil serait même un des 3 piliers de la santé, avec la nutrition et l'exercice physique.

Après le suivi du nombre de pas, du nombre de calories brûlées, les fabricants comme Fitbit ou Garmin ont ajouté le suivi du sommeil aux fonctionnalités à leurs montres et bracelets connectés. Et ils promettent une analyse de la qualité du sommeil pour mieux dormir, améliorer la récupération, gagner en niveau d'énergie et renforcer votre état de forme globale. Vraiment ? Un simple bracelet porté au poignet arrive à faire tout ça pendant que vous avez les yeux fermés ?

En fait, les bracelets connectés n'ont pas subi de tests scientifiques. Du coup, on peut se demander s'ils sont vraiment fiables pour le suivi du sommeil. Et une fois que vous saurez que vous avez passé une mauvaise nuit, qu'est-ce que vous allez y faire ?

Le suivi du sommeil en laboratoire

La polysomnographie (PSG) est le nom du test clinique du sommeil le plus répandu, qui permet notamment d'établir la présence d'apnées du sommeil. Concrètement, on vous place une douzaine d'électrodes sur la tête, le visage, la poitrine et les jambes, on mesure le rythme respiratoire, le débit aérien, le CO2 expiré, la saturation sanguine en oxygène, la fréquence cardiaque, l'activité cérébrale, les mouvements du dormeur et le ronflement.

Bon, vous voyez tout de suite que votre bracelet, Fitbit ne fait pas tout ça.

Le suivi du sommeil avec un tracker d'activité

Avant de parler des statistiques de suivi du sommeil, c'est important de comprendre comment ça marche. Et surtout, avant d'acheter un tracker d'activité, il est important de savoir comment il fonctionne.

Il existe 3 manières de suivre son sommeil chez soi :

  • porter un tracker d'activité au poignet (montre ou simple bracelet)
  • installer un sur-matelas (comme le Withings Aura)
  • utiliser une application sur votre smartphone (comme SleepCycle)

Je n'aborderai pas ici les 2 dernières solutions, puisqu'il s'agit de dispositifs bien spécifiques et que je n'ai pas testés.

Les bracelets tracker d'activité utilisent des accéléromètres pour mesurer les mouvements de la personne qui le porte à son poignet. L'accéléromètre est capable de compter le nombre de pas que vous faites. Il est donc tout aussi capable de mesurer les mouvements que vous faites dans votre lit.

Le problème, bien entendu, c'est que le bracelet ne mesure que les mouvements de votre bas (et encore, un seul sur les 2). Alors certes, si vous avez un sommeil agité, il y a des chances que votre bras bouge. Mais vous pouvez remuer les jambes sans qu'il ne détecte aucun mouvement.

Lorsque cette fonctionnalité a été introduite, il fallait changer manuellement le mode de fonctionnement du tracker d'activité. Le faire passer en mode suivi du sommeil en appuyant sur un bouton. C'était quand même une grosse contrainte.

Plus récemment, avec l'intégration des capteurs cardio optique sur ces bracelets, le mode suivi du sommeil est devenu automatique. Le tracker d'activité combine 2 informations, l'absence de mouvement et la baisse du rythme cardiaque, pour en déduire que vous vous êtes endormi.

Est-ce que ça marche vraiment ?

Un wearable n'apportera jamais autant de données qu'un test en labo. Leur plus grosse limite, c'est le manque de capteur. La seconde étant leur précision. Du coup, on peut se demander s'il est vraiment utile d'apporter un quelconque crédit à l'analyse de ces données.

Le docteur Christopher Winter a comparé en 2014 cinq trackers d'activité qu'il a porté pendant qu'il passait un test PSG. Dans son test, les bracelets Fitbit et Jawbone n'ont pas reflété fidèlement le suivi de sommeil du PSG. Toutefois, il faut relativiser ces résultats, car la technologie et les algorithmes ont progressé et les trackers d'activité de 2016 ne sont pas du tout les mêmes que ceux de 2014.

En fait, un wearable a du mal à déterminer les cycles de sommeil. Ce n'est pas franchement fiable. Mais par contre, si vous êtes jeune parent, il vous dira précisément à quelle heure vous vous levez la nuit pour aller voir votre progéniture...

Temps de sommeil

C'est peut-être la statistique la plus fiable et la plus utile. A de rares exceptions près, le mode suivi du sommeil automatique détecte bien les heures de couché et de levé. Il calcule ainsi la durée de votre nuit. Une exception que j'ai rencontrée, c'est si vous lisez allongé dans votre lit. Vous ne bougez pas, ou très peu, et vous êtes calme. Votre tracker d'activité peut vous croire endormi. Si vous ne remuez pas trop pour poser votre livre et effectivement vous coucher, il se trompera dans votre heure de couché.

Cette donnée peut être suivie dans la durée, pour trouver le temps de sommeil idéal pour vous (on a tous des besoins différents) et ensuite surveiller si vous respectez cette durée.

Sommeil léger / profond / paradoxal

C'est là qu'est le plus gros écueil : assimiler 'absence de mouvement' avec 'sommeil profond'. En effet, sur les sites qui présentent les statistiques, l'analyse du sommeil se présente souvent sous la forme d'un histogramme qui indique des phases de 'sommeil profond' et des phases de 'sommeil léger'. Sauf qu'en réalité, ce sont des phases de sommeil agité et des phases de sommeil calme. Mais ce n'est pas parce que vous ne bougez pas que vous êtes en sommeil profond. Et inversement, vous pouvez tout à fait être en sommeil profond, rêver et du coup bouger.

Il est donc difficile de déduire une quelconque qualité de sommeil ou de récupération avec ces statistiques.

Alarme intelligente

Voilà une évolution intéressante qu'offrent certaines montres connectées. Vous réglez une heure de réveil, disons 7h. Dans la demi-heure qui précède l'heure fatidique, elle va rechercher des mouvements qui indiquent que vous commencez à vous réveiller. Lorsqu'elle aura détecté des mouvements, votre montre va sonner pour vous réveiller avant que vous ne vous rendormiez profondément. Demain, elle sonnera peut-être à 6h51. Et après-demain, elle vous réveillera peut-être à 6h47. L'idée est vraiment d'éviter de vous réveiller en sursaut alors que dormez profondément et que vous ayez l'impression de vous réveiller 'la tête dans le cul'.

Conclusion

Il n'y a pas d'étude scientifique qui puisse confirmer la fiabilité du suivi du sommeil par des montres ou bracelets connectés. Le suivi de sommeil des trackers d'activité ne permet pas forcément de confirmer que vous avez passé une bonne ou une mauvaise nuit. Mais il peut confirmer que vous ne dormez pas assez. Bof bof, pas très utile, hein ? Après, on a tous nos habitudes et elles ne seront pas faciles à changer. Et justement, voir concrètement les statistiques de temps de sommeil peut aider à en prendre conscience.

Au final, la durée du sommeil est fiable et utile. L'alarme intelligente peut être une bonne idée si vous n'aimez pas vous réveiller la tête dans le cul mais elle n'est pas encore généralisée sur tous les trackers d'activité. Par contre, ne croyez pas les promesses qui disent que vous allez pouvoir mesurer la " qualité " de votre sommeil.

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