Kepper, les ogres, Quand on a 17 ans, trois excellents films français en DVD

Par Filou49 @blog_bazart
05 septembre 2016

 Fin août, trois grands films français illustrant la vitalité et la bonne santé du cinéma hexagonal sont sortis..si j'avais déjà parlé de deux  d'entre eux, on en remet une couche et on en profite pour mettre en avant un premier long métrage tout aussi admirable : 

1. Les Ogres de Léa Fehner 

Sortie chez Warner depuis le 23 août, voilà une oeuvre que j'ai énormément défendu lors de sa sortie en salles tant j'avais ressorti après la projection une vraie claque et être autant bousculé et emporté par ce tourbillon d'émotions et ce grand huit émotionnel que sont assurément ces ogres magnifiques.

 Dans un cinéma français qui déçoit parfois par son minimalisme à tout crin, ainsi que son coté trop calculé et trop prévisible, les Ogres émerveille avant tout car il ne ressemble à aucun autre.

On pense certes un peu à Kechiche, un peu à Pialat, un peu à Tony Gatlif, un peu de  Cassavetes un peu de  Fellini un peu à Kusturica, mais le mélange de tous ces univers en fait une ambiance qui n'appartient qu'au film etfont de ces ogres un bien beau tourbillon de couleurs, de sentiments et d'émotions,qui marqueront d'ores et déjà et à coup sur l'année cinéma 2016.

Dès le début du film, on fait corps et âme avec cette troupe du Théâtre Davaï, cette compagnie itinérante qui propose, de lieu en lieu, un spectacle adapté de deux courtes pièces d'Anton Tchekhov, « L'Ours » et « La Noce » mélangeant théâtre musical et burlesque.


 Totalement emportés, on colle sans cesse aux basques  de cette galerie de personnages totalement hauts en couleurs, et les deux heures vingt qu'on passe avec eux passent comme une lettre à la poste, tant la tranche de vie qu'on partage avec eux nous semble incroyable et inoubliables.

Un milieu que l'on connait assez mal et que la cinéaste en revanche cotoie depuis longtemps étant donné que c'est une enfant de la balle, et fille de Marion et François, les chefs de cete troupe et qui jouent leur propres rôles mais mélangés avec un peu de fiction, car Léa Fechner parvient à mixer avec intelligence et talent le réel et la fiction, emportant irrésistiblement le spectateur dans la ronde effrénée de leur passion ! 

 Dans cette troupe, on n'échange pas comme les personnes normales, on hurle, on on chante, onbraille,   on s'engueule, très peu de murmures et de sérénité, mais cette course à l'excès, ce torrent d'énergie qui pourrait fatiguer sur la longueur emporte tout sur leur passage et surtout entraine chez le spectateur un kadéleoscpope d'émotions qui ne le laisse pas indemne.

LES OGRES Bande Annonce (Adèle Haenel - 2016)

Bonus : petite orginalité du DVD c'est le livret qui fait office de making of, et regorge d’informations passionnantes sur les dessous du scénario, de la réalisation et de toute les facettes du sujet qui inspira la réalisatrice ,et on a également  trois scènes commentées par la réalisatrice  qui nous permettent de mieux cerner ses choix narratifs et scénaristiques. 

2. Keeper de Guillaume Sénez

Un très beau film  premier français sorti un peu confidentiellement en début d'année, et une excellente surprise à rattraper en DVD BlaqOut dans une très belle édition  digipack 

Une histoire de jeunes adolescents qui sont confrontés à une grossesse forcément inattendu et vont malgré ce coup du sort tenter de se jurer  amour et fidélité pour la vie.

15 ans, évidemment, c'est loin d'être l'age idoine  pour être parents et pourtant il faut bien se prononcer et prendre des décisions et les responsabilités qui vont avec. Le film suit surtout le regard du jeune père, Maxime- formidable Kacey Mottet Klein vu dans le Téchiné ( voir en dessous) qui après quelques réticences logiques, finit par dire oui à cette paternité qui lui ferme les portes d’une jeunesse dont il n’a pas encore pleinement profité d'autant plus qu'un centre de formation ( il est gardien de foot, le keeper du titre) lui fait les yeux doux.

Pour son premier film et sur une intrigue qui pourrait paraitre banale  Guillaume Senez  tisse un récit tout en nuances, jamais moralisateur, incroyablement crédible et touchant.

On aime surtout cette faculté du cinéaste à ne jamais juge ses beaux personnages de fiction, il veut simplement nous les faire aimer tels qu'ils sont,  avec leurs forces leurs faiblesses leurs doutes et leurs failles.

 Un des très beaux premiers longs métrages français de cette année, à rattraper en DVD..

BONUS :
  • Scènes coupées (5 mn) qui permettent de développer les relations entre les adolescents entre eux et son ami.. Amusantes mais pas indispensables 
  • Deux courts métrages du cinéaste dont le très beau « Dans nos veines  réalisé en 2009 . Un père, un fils, l’incompréhension totale. Une paternité trop jeune pour le garçon accroché à sa Playstation.  Un sujet très proche   de « Keeper », on sent que le sujet de la filiation touche profondément le cinéaste

3. Quand on a 17 ans d'André Téchiné

 

 Sortie en DVD chez Wild Side depuis le 31 aout du film qui nous fait retrouver l'immense André Téchiné en pleine possession de ses moyens à 73 ans puisqu'avec ce "Quand on a 17 ans", Téchiné signe un film sublime sur l’adolescence et ses premiers amours, un film plein de vie, qui conjugue désirs et souffrances. Et on peut  légitimement penser que son association avec l'excellente Céline Sciamma au scénario y est forcément pour quelque chose., 

Un scénario qui aborde à la fois la délicate affirmation de soi, la crainte de l'abandon, le deuil, tout cela au rythme des saisons  de cette petite ville des Pyrénées admirablement mis en scène par la caméra de Téchiné qu'on avait pas vu avec une telle ampleur et une telle intensité depuis plusieurs films.

Chemins tortueux,  sommets inatteignables,  déchaînement du climat, branches d' arbres qui vacillent, routes enneigées, :Téchiné nous montre cela superbement, comme un parrallèle avec le vacillement des corps et des regards dans un embrasement commun et tendu en diable.  

20 ans après son chef d'oeuvre que sont "Les roseaux sauvages", Téchiné nous livre une œuvre puissamment fébrile, avec des jeunes gens qui doivent apprendre à juguler leurs désirs et leurs doutes amoureux afin de tenter d’aimer réellement l’autre.

Un film  terriblement romanesque  et surtout terriblement  bienveillant et chaleureux pour ses personnages,  malgré les coups de chagrin et les difficultés pour se reconnaître tel qu'on est et accepter malgré les préjugés ses affinités électives.

On aimé énormement  que dans ce duo évident, trio, étrangement la mère de l'un des jeunes, jouée par la décidement épatante Sandrine Kiberlain,   apportant un certain équilibre à cette relation forte et violente, confidente, une figure maternelle qui les accompagnera sur le chemin de la compréhension d’eux-mêmes, à la découverte de leur  propre vérité cachée.

Face à la grande Kiberlain,  Kacey Mottet Klein (encore lui) confirme ici tout son talent face à la révélation Corentin Fila qu'on devrait revoir bientot, démontrant que Téchiné est toujours un formidable découvreur de talents, après  avoir révélé Binoche, Elodie Bouchez, Manuel Blanc, Gael Morel et d'autres.... 

« On est pas sérieux quand on a 17 ans » écrivait Rimbaud en 1870. 150 ans après,  André Téchiné nous démontre  que  les adolescents  peuvent l'être, sérieux, mais aussi vibrants et responsables, et le fait grâce à unemagnifique représentation cinématographique des amours de l'adolescence qui renouvelle à merveille le genre romanesque.

Bande annonce : Quand on a 17 ans

Déception avec cette sortie DVD lestée du moindre bonus...heureusement que la définition de l'image et du son est d'excellente tenue..