11 septembre 2001, quinze ans après

Publié le 11 septembre 2016 par Sylvainrakotoarison

" L'événement qui s'est produit aux États-Unis d'aujourd'hui va au-delà des frontières nationales. Il s'agit d'un défi effronté à l'humanité entière, du moins à l'humanité civilisée. " (Vladimir Poutine, 12 septembre 2001).

Ce dimanche, quinze années ont filé depuis le quadruple attentat du 11 septembre 2001 qui a coûté la vie à 2 977 personnes, dont 403 pompiers et policiers qui étaient venus secourir les victimes. 6 291 personnes ont été par ailleurs blessées par ces attentats.
Ce furent les attentats les plus meurtriers de l'histoire de l'humanité. Quatre avions ont été détournés quasiment au même moment. Deux ont foncé sur les deux plus hautes tours du quartier d'affaires de Manhattan, à New York (les fameuses Twin Towers du World Trade Center), symbole du capitalisme triomphant ; un autre s'est écrasé sur le Pentagone, à Washington, le quartier général du Ministère de la Défense ; et enfin, le dernier, qui se dirigeait vers Washington (vers la Maison-Blanche ou plus probablement vers le Capitole) a pu être arrêté dans sa course folle grâce au courage de certains passagers et s'est écrasé près de Shanksville, en Pennsylvanie.

La suite, elle est connue : attribués à Oussama Ben Laden et à son organisation Al-Qaïda, ces attentats ont durablement traumatisé les États-Unis touchés sur leur sol. Ils ont riposté par une intervention militaire en Afghanistan, mais aussi par la guerre en Irak un an et demi plus tard, alors qu'il était clair que l'Irak n'y était pas impliqué.
Ces interventions militaires au Moyen-Orient ont embrasé tout le monde musulman. Les révolutions arabes de 2011 ont conforté l'apparition d'organisations terroristes islamistes très décentralisées qui n'agissent principalement qu'au travers des attentats-suicides qui se sont multipliés tant dans cette zone géographique que partout dans le monde, que ce soit en Europe (Madrid, Londres, Paris, Bruxelles, Nice, Rouen) qu'ailleurs (Bali, Sidney, Ottawa, Orlando, Istanbul, Ankara, Peshawar, Le Caire, etc.). Tous les pays sont touchés, de la Chine à la Côte d'Ivoire, du Nigeria à la Tunisie, du Pakistan au Danemark, du Canada à l'Australie, de l'Indonésie à la France, de la Syrie à l'Algérie, etc.
Depuis le développement de Daech et la multiplication de ses actes de barbarie partout dans le monde, les théories du complot concernant les attentats du World Trade Center ont perdu beaucoup de leur crédit. Elles avaient un double objectif, idéologique et pécuniaire, celui de défendre l'indéfendable, et celui de faire de l'argent sur le dos de personnes crédules qui se croient incrédules. Cela a assuré la vie matérielle de quelques mauvais faiseurs d'opinions. Tant mieux pour eux, tant pis pour ceux qui les ont écoutés.
Les théories du complot se nourrissent de nombreuses incertitudes sur les faits et de raisonnements qui se prétendent logiques à coup de sophismes foireux (le principal : à qui profite le crime ? n'apporte aucune preuve). Ainsi, on s'est permis d'émettre des soupçons sur l'effondrement collatéral du bâtiment 7, pourtant retransmis en direct à la télévision américaine, provoqué par la fragilité des structures à la suite de l'effondrement des deux tours jumelles et des incendies collatéraux. Beaucoup de raisonnements tirés par les cheveux provenaient de personnes visiblement peu compétentes (pour ne pas dire nullissimes) en matière de sciences, mécanique, matériaux, structure, chimie, mécanique des fluides, métallurgie...
Parfois, on osait aller encore plus loin, en remettant en cause par exemple l'attentat du Pentagone (il se trouvait que j'avais de bonnes raisons, à cette époque, d'être assuré de sa réalité). Expert en explosions, Allyn E. Kilsheimer a d'ailleurs dû répondre à des journalistes ainsi : " J'ai vu les marques des ailes de l'avion sur la façade du bâtiment. J'ai ramassé des morceaux d'avion avec des identifications de la compagnie d'aviation sur eux. J'ai tenu de ma main la queue de l'avion et j'ai retrouvé la boîte noire. (...) J'ai tenu dans mes mains des morceaux des uniformes de l'équipage, avec des morceaux de corps. C'est bon, maintenant ? " (mars 2005).

Parlant des théories du complot, le philosophe américain Noam Chomsky l'a exprimé ainsi : " Ce n'est pas seulement une énorme industrie, c'est une industrie assez fanatique. (...) C'est presque une sorte de fanatisme religieux. ".
Et d'ajouter : " L'argument "à qui profite le 11 septembre ?" n'a guère de poids. (...) Presque tous les gouvernements ont pris des mesures pour surveiller plus étroitement leur population et ce genre de choses. Le gouvernement Bush l'a fait aussi. Donc, "à qui profite le crime ?" n'est pas une preuve suffisante de complot (...). L'idée même n'est pas crédible. Pour qu'il y ait une once de vérité dans les théories sur le 11 septembre, il faudrait qu'il y ait eu un énorme complot, incluant les compagnies aériennes, les médias, la préparation des faux avions. Il aurait fallu mettre au courant quantité de gens dans l'administration. Ils ne s'en seraient jamais tirés. Même une dictature n'aurait pas pu. C'est une opération vraiment risquée. La probabilité d'une fuite est très élevée : ça se serait su tout de suite. Et la moindre fuite aurait aligné tous les dirigeants devant le peloton d'exécution, et sonné le glas du Parti républicain à jamais. Et pour gagner quoi ? Un prétexte pour faire ce qu'ils auraient fait de toute manière, sous un autre prétexte qu'ils auraient pu trouver. ".
Toutes ces théories du complot n'ont qu'un seul but, motivé par l'antisémitisme et l'anti-américanisme, couplés ou indépendants l'un de l'autre mais cela revenait au même : au lieu de dire que les Américains n'auraient eu que ce qu'ils auraient mérité, c'était tentant de les enfoncer encore plus dans l'indécence en les accusant d'avoir commis eux-mêmes ces attentats. Selon ces complotistes, les États-Unis auraient commandité ces actes aussi odieux pour avoir carte blanche au Moyen-Orient et tuer des musulmans. Comme si les Américains ne pouvaient pas le faire indépendamment d'une provocation...
Ce type de théorie du complot a cherché à se répandre également lors des attentats que la France a subis ces dernières années, mais sans beaucoup de succès car il remettait en cause la simple raison. Les assassinats commis par Merah étaient factuellement identifiables (des théories du complot ont quand même tenté leur chance par antisarkozysme préélectoral), puis le massacre de Charlie-Hebdo était également très identifiable. Chaque nouvel acte terroriste fut lui aussi déterminé clairement, en tout cas, en France et en Belgique.
Que veulent les terroristes ? Rien, juste la mort, mais la mort en emportant avec eux le plus de monde possible. C'est comme si c'était un jeu macabre. 86 morts avec un camion, plus efficace que l'assassinat d'un seul prêtre ? Ce ne sont pas des actes contre "l'Occident" (que veut dire "Occident" si l'on y inclut le Japon, l'Australie ?). Ce ne sont pas des actes contre une religion, contre des mécréants (la plupart des victimes dans le monde sont d'ailleurs elles-mêmes des musulmans). Ce sont des actes contre l'humain, contre l'humanité. C'est peut-être la généralisation psychiatrique d'un désir de tuer et de son passage à l'acte. La structure décentralisée laisserait entendre que ces actes seraient au nazisme ce que l'artisanat est à l'industrie.
Dans une vidéo, Oussama Ben Laden s'est vanté le 13 décembre 2001 d'avoir été dans ses prévisions très en deçà de la réalité : " Nous avons calculé à l'avance le nombre d'ennemis qui seraient tués, d'après la structure de la tour. Nous avons estimé que trois ou quatre étages seulement seraient touchés. J'étais le plus "optimiste" de tous (...). En raison de mon expérience dans le domaine, je pensais que l'incendie du carburant de l'avion ferait fondre la structure en fer du bâtiment, et que cela provoquerait uniquement l'effondrement des étages percutés par l'avion et de ceux situés au-dessus. C'est tout ce que nous "espérions". ".

Concrètement, parmi les personnes présentes dans les tours lors de leur effondrement, seulement une vingtaine d'entre elles ont survécu. Avant, seulement 18 personnes ont pu échapper à la mort parmi les 1 960 personnes bloquées dans les deux tours au-dessus des impacts. Au total, 2 606 personnes sont mortes dans les Twin Towers, 125 au Pentagone et les autres victimes furent la totalité des passagers et membres d'équipage des quatre avions. 293 corps seulement ont été retrouvés et un petit quart des 20 000 fragments humains collectés sur les lieux a pu être identifié. 1 151 victimes ont totalement disparu à cause des chocs et de l'effondrement.
Dans les réactions internationales, le (récent) Président russe Vladimir Poutine a été parmi les premiers chefs d'État à faire preuve de compassion vis-à-vis du peuple américain. Malgré certains cris de joie à Gaza, Yasser Arafat aussi a exprimé sa tristesse et sa condamnation. Tous les États ont été choqués, y compris l'Iran. Et c'est probablement le Chancelier allemand Gerhard Schröder qui a proposé la meilleure formulation, qui reste toujours valable aujourd'hui, quinze ans plus tard, dans ce monde qui continue d'être traumatisé par le terrorisme islamiste : " Ce n'est pas là une bataille entre les civilisations, c'est une bataille pour la civilisation. ".

Comme pour les catastrophes nucléaires, beaucoup d'actions correctives ont été entreprises pour renforcer la sécurité à la suite de ces attentats, en particulier le vol permanent d'avions de chasse autour des grandes villes américaines pour empêcher tout renouvellement du 11 septembre 2001.
Hélas, parmi ces mesures, l'une d'elles a été la cause d'un crash, le blindage de la porte de cabine de pilotage des avions commerciaux, qui s'est généralisé. Ce fut à cause de cette inviolabilité qu'un copilote dépressif a pu mener l'avion du vol 9525 de Germanwings (Barcelone-Dusseldorf) contre une falaise des Alpes françaises le 24 mars 2015.
Les 150 victimes de ce vol de Germanwings pourraient être, elles aussi, considérées comme des victimes collatérales des attentats du 11 septembre 2001, tout comme la centaine de personnes qui sont mortes par la suite de maladies provenant des effondrements des tours, fibrose pulmonaire, mésothéliome (cancer), asbestose, etc. (3 700 cas de cancers développés chez les secouristes exposés aux fumées ont été recensés en 2015).

Dans les conséquences juridiques des attentats du 11 septembre 2001, on peut noter le fameux USA Patriot Act promulgué le 26 octobre 2001 par George W. Bush pour lutter plus efficacement contre le terrorisme au détriment, le cas échéant, des libertés individuelles et de la vie privée. George W. Bush l'a renouvelé le 9 mars 2006, puis Barack Obama le 26 mai 2011. Une loi qui a été largement imitée plus tard par ... François Hollande avec sa loi sur le renseignement (il aurait voulu son Patriot Act à lui).
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (10 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Terrorisme et islamisme.
Antisémitisme.
Quinze ans.
Complot vs chaos : vers une nouvelle religion ?
Nouveau monde.
Qu'aviez-vous fait le 11 septembre 2001 ?
Incompréhensions américaines.
11 septembre, complot ?
Les théories du complot décortiquées sur Internet.
Ben Laden, DSK, même complot ?
Terrorisme = islamisme ?
L'impérieux besoin de tuer.
Une autre terroriste...
L'unité nationale.
L'assassinat du père Jacques Hamel.
Vous avez dit amalgame ?
L'attentat de Nice du 14 juillet 2016.
L'attentat d'Orlando du 12 juin 2016.
L'assassinat de Christina Grimmie.
Les valeurs républicaines.
Les attentats contre "Charlie-Hebdo".
Les attentats de Paris du 13 novembre 2015.
Les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Daech.
La vie humaine.
La laïcité.
Le patriotisme.

http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160911-attentat-wtc-11-septembre-2001.html