Coopérative funéraire : une autre manière d’envisager les funérailles ?

Publié le 11 octobre 2016 par Daniel Leprecheur

Se recentrer sur l’humain

A l’origine du projet : la frustration commune de trois entrepreneuses.  Confrontées aux réalités du milieu funéraire, Brigitte Brodin, Sophie Drouet et Sabine Le Godinec ont noté à quel point l’intérêt mercantile prenait le pas sur l’humain.

Dans un secteur économique en constante expansion, les grands groupes taillent avantageusement leur part, avec en perspective des bénéfices certains, amplifiés par des méthodes de ventes souvent contestables, surtout quand on est confronté à la détresse et au chagrin de familles brutalement frappées par le deuil.

Gauche : Brigitte Brodin, salariée et à droite : Sabine Le Godinec, responsable de la coopérative. | Crédit photo ©Ouest-france.fr

Montée des tarifs, offre opaque, manque d’accompagnement … Désireuses de recentrer le service funéraire sur l’humain, les trois femmes ont donc monté leur propre agence en s’inspirant des modèles développés au Canada ou en Angleterre, où les coopératives font partie intégrante du paysage. Ainsi leur Société Coopérative d’Intérêt Collectif relève-t-elle des principes et valeurs de l’économie sociale et solidaire.

Des adhérents impliqués

Les prestations dispensées au public restent classiques : conseils et accompagnement, enregistrement des dernières volontés, mode de financement des funérailles par des contrats obsèques sur mesure, orchestration des cérémonies, construction et entretien des tombes, prise en charge de la mémoire, … Ici cependant, on privilégie l’écoute des proches, et on milite pour des obsèques justes et transparentes, où la famille est informée, actrice et impliquée.

Le fonctionnement de la SCIC suppose pareil engagement : en effet ce type de structure repose sur la participation des membres adhérents qui chacun achètent une part de l’entreprise. Cette part équivaut à une voix lors des votes portant sur les décisions de gestion, le choix des orientations économiques … Outre les salariés, les partenaires mais aussi les familles peuvent acquérir 1 part sociale de 20 euros, se retrouvant de facto inscrits dans tous le processus de direction.

Une démarche responsable

Ces adhérents bénéficient en conséquence d’un coût moindre concernant leurs propres obsèques, soit une diminution de 10% de la facture initiale. Mais en adoptant cette stratégie, la Coopérative Funéraire de Nantes entend par ailleurs instaurer de nouveaux usages plus citoyens.

Il s’agit avant tout de proposer une politique tarifaire plus juste qui permet à chacun de prétendre à des obsèques décentes sans s’endetter ni subir des coûts prohibitifs.

La transparence est de mise ainsi que le conseil, le soutien et la sincérité ; l’équipe se refuse à forcer la main de ses clients en la matière et tient avant tout à respecter leurs choix et leurs volontés sans chercher à les orienter pour réaliser une plus-value.

Les services sont pensés pour avoir un impact moindre sur l’environnement (ainsi on trouve dans le catalogue des cercueils biodégradables, on conseillera une toilette mortuaire plus écologique que des soins thanatopraxiques).

L’objectif est également de privilégier le circuit économique régional et hexagonal, en cherchant des fournisseurs locaux.

Dans un domaine économique touché par une flambée des tarifs approchant les 40% en une décennie, l’initiative nantaise ouvre donc des perspectives intéressantes à plus d’un titre. Projet pilote, elle pourrait inspirer d’autres opérations de même nature et influencer une manière plus citoyenne d’appréhender la mort.