A l’abordage : la deuxième édition du Roscella Bay a fait chavirer nos coeurs

Publié le 19 octobre 2016 par Crocblanc

Pour sa deuxième édition, le Roscella Bay, s’installe à nouveau près du vieux port de La Rochelle, en plein cœur de la ville. Ce festival, qui avait impressionné pour sa première, s’inscrit dans une nouvelle génération de festivals dits « à taille humaine » où l’envie et la passion dépassent les ressources budgétaires des aînés. Programmation artistique éclectique et pointue, communication efficiente, scénographie épurée, mise en avant du patrimoine local (dégustation d’huîtres, lancer de charentaises…), loisirs et activités variés sont les ingrédients de la réussite de ce petit qui n’a rien à envier aux grands.

Le festival jette donc l’ancre le vendredi 23 septembre à 17h et laisse l’équipe elle-même célébrer ses retrouvailles avec le quartier du Gabut et son public fétiche. Malheureusement, nous ne prendrons place dans cet éco-village entièrement monté pour l’évènement, qu’aux alentours de 21h, moment où le groupe Agar Agar et la pénombre fusionnent. Cette douce nuit se marie à merveille avec la voix chaude et sensuelle de Clara Cappagli. Au fur et à mesure que le concert se déroule, le rythme s’accélère et la musique devient de plus en plus instrumentale. L’échauffement débute alors, cette musique cyclique sonnant un brin House servira d’introduction à la suite du week-end.


Agar Agar sur la scène du Roscella Bay. Crédit Photo : Alice On The Road

Quelques minutes plus tard, au détour d’une bière, on a la chance de croiser le sourire et le regard béat de Daniel Wang. A peine le temps de lui glisser deux mots qu’il n’est déjà sur scène, équipé de sa collection de vinyles, mais aussi de quelques percussions et d’un micro sur lesquels il n’hésitera pas à se lâcher, allant même jusqu’à pousser la chansonnette sur ses disques favoris ! D. Wang nous transmet son humeur et sa ferveur, réellement survolté derrière ses platines. Il lance les hostilités avec de nombreux titres de Disco et s’aventure peu à peu sur une House groovy à souhait. On a même la chance de voir une formation inédite lorsqu’Arat Kilo décide de monter sur scène pour accompagner les disques choisis par D.Wang, clôturant cette première soirée sur une note somptueuse. Une véritable osmose émerge alors entre la scène et le public, densifiant la foule de danseurs présents ce soir-là. Cette formation, s’avérera être à l’image du Roscella : le captivant et entraînant mélange de la musique électronique et organique au profit du groove.

Nous quittons le vieux port, des étoiles dans les yeux, les jambes lourdes… et pourtant : le festival vient tout juste d’hisser son drapeau.

La suite reprend le samedi dès le début de l’après-midi et le soleil est au rendez-vous pour Jacques.

Le voilà donc pour un set unique, comme à son habitude, n’hésitant pas à s’adresser au public de manière naturelle et décontractée. Le concert se fait en petit comité, dans un cadre chaleureux et convivial. En effet, cette année l’équipe a décidé de mettre à disposition une seconde « scène », sorte de bulle boisée, constituée de tapis, poufs et instruments qui lui confère un esprit maison. Ce choix symbolise explicitement la démarcation entre les gros festivals et ceux à taille humaine. Ce n’est pas un hasard s’il se produit dans une scène intimiste d’aussi bonne heure et l’effet voulu se ressent immédiatement : un véritable lien se tisse entre l’artiste et son public.


Jacques dans sons cocon maison. Crédit Photo : Alice On The Road

Côté prestation, difficile de décrire un live de Jacques… mais cela se rapproche plus d’une expérience auditive singulière que d’un simple live avec une liste de titres joués tour-à-tour. Jacques confirme sa réputation d’OVNI musical et nous fait virevolter à l’aide de son mixeur, d’une assiette et d’une balle de ping-pong entre autres… du grand Jacques !

L’une des forces de ce festival est indéniablement son lieu et la manière dont l’équipe organisatrice arrive à se l’approprier le temps d’un week-end, créant ainsi une véritable « expérience » pour les festivaliers. Ceux-ci profitent d’une après-midi bucolique dans le cadre au charme naturel du Gabut, friche industrielle et désaffectée située en plein centre de la vieille ville qui dispose d’atouts de base. Et pourtant, l’équipe ne s’arrête pas là et invite des artistes pour décorer ce lieu afin de lui donner l’esprit Roscella. On assiste alors tout le weekend à des performances de street-art en live et en format XL ! Les créations colorées vives et vivantes des artistes se mêlent à la forêt de chemisettes tropicales arborées fièrement par de nombreux festivaliers. De plus, l’éco-village de 1500m² présente une scénographie épurée et efficiente. Le bois demeure la matière première principale, placé au centre de toutes les constructions : transats, bancs, sièges, hamacs, tables basses installés ci et là, au milieu des arbres éparses, accentuant le contraste d’un lieu partagé entre le côté industriel et naturel. On retrouve aussi un chapiteau dédié aux créations et ventes en tous genres : fringues, bijoux, colliers, bracelets, maroquinerie… et bien sûr 3 food-trucks et deux bars qui permettent de passer commande rapidement, sans aucune file d’attente signalée à l’horizon. Étrangement, les passages aux bars sont plus récurrents qu’aux food-trucks.


L’espace du Gabut, en plein cœur de la Rochelle. Crédit Photo : Cdelav Photo

Il est 18h30, le groupe Yussef Kamaal Trio joue depuis une heure sur la grande scène. Le batteur Yussef Dayes est en transe, son style et sa rapidité étant l’illustration parfaite de toute sa force. Ce groupe et cet instant précis tracent ensemble une ligne de séparation imaginaire entre la nuit à venir et la journée passée, marquée par le live de Jacques qui se voulait plus envoûtant et introspectif. Les différences entre les deux scènes prennent alors tous leurs sens.

Un passage de flambeau entre musique organique et électronique s’opère ensuite, laissant la voie libre aux Lyonnais de The Pilotwings qui délivrent un sublime live. Découverte original de ce festival, ce duo enfonce définitivement le clou de la transition entre une après-midi aux allures de ballade musicale et le lancement de la soirée. Il est 19h30, la foule s’amplifie et les pas de danse se font de plus en plus nombreux devant la scène. Les Pilotwings nous adressent alors une musique lente et puissante sur laquelle perdurent de longues envolées instrumentales. Le duo fonctionne et nous absorbe dans son univers, jouant sur le contraste subtil entre la puissance du son et la légèreté des sonorités. Derrière, les apparitions furtives de Bambounou sur la scène accentuent l’impatience des festivaliers et nous mettent l’eau à la bouche.

Entre temps, bon nombre de festivaliers viennent de finir leur breuvage et se faufilent devant la scène. Le Gabut est au deux-tiers plein et Steve Julien aka Funkineven, fraîchement arrivé d’Angleterre, est le premier à se lancer dans le bain à requin. Désormais DJ résident au Sucre (Lyon), il poursuit sur le chemin ouvert par ses prédécesseurs : un Disco (car Disco est un nom masculin) affriolant, saupoudré de morceaux House. Son set se construit de manière progressive et transporte le public. Funkineven est à l’image de sa performance, d’une attitude très stoïque et observatrice au départ, ce grand gaillard n’hésite pas à effectuer quelques pas de danse lors de ses meilleurs tracks. La nuit pointe le bout de son nez, alors que le dancefloor s’éclaire. La foule se concentre et les rares qui ne dansent pas se comptent sur les doigts de la main. Funkineven, désormais dévergondé, en profite même pour lancer des exemplaires de son nouvel EP à plusieurs reprises dans le public. Malgré de nombreuses tentatives, on ne réussit à tirer qu’une seule musique de son set, mais elle vaut le détour.

Il laisse place ensuite à Secret Value Orchestra. Le groupe de D.KO Records se charge d’enflammer les derniers retardataires et sera pour nous LA claque de ce weekend. L’espace du Gabut est désormais plein mais la capacité de l’espace a bien été jaugée afin de profiter de l’espace sans se marcher sur les pieds. Et ça, c’est assez rare pour être souligné : pouvoir danser sans se faire bousculer ou être coincé entre des groupies en Stan Smith désireuses d’être dans les premiers rangs coûte que coûte… c’est un petit luxe ! L’obscurité est définitivement installée et le live de SVO déchaîne la foule. Les lumières chaudes de la scène, le groove incessant et l’énergie débordante du groupe rapprochent les corps et les esprits. Le chanteur énergique et charismatique, s’essaye même à une interprétation du Robot… Après une heure et demi de performance fulgurante, un rappel se fait entendre. Quoi de mieux qu’une reprise du titre House « If Only » de Liem pour introduire Bambounou et son set House spécialement prévu pour l’occasion.

Bambounou se joint alors à nous pour clore cette journée mouvementée. Ultime DJ de ce samedi, son set envoûte le Gabut dans un voyage sensoriel à travers de la House bien entendu, dérivant sur de l’Acid-House et une Techno mélodieuse et dansante. Un set d’une qualité impressionnante, tant sur le fond que la forme, voyant Bambounou nettoyer chacune de ses platines avant de poser un nouveau vinyle…

Son set nous épuise, tandis que les OFFs ouvrent leurs portes. Pour poursuivre soirée du samedi, Le Roscella proposait deux soirées: Mr Mendel b2b Marcel Vogel, ou bien TRP et J-Zbel (live) dans deux clubs du centre-ville.


Bambounou clôt la soirée. Crédit Photo : Cdelav Photo

Dimanche, 15h, fraîchement réveillés, on retourne au vieux port pour profiter de la journée. Ce dimanche semble plus calme, seulement quatre artistes à l’affiche (Victor Kiswel, Sofrito, Cotonete et Marcellus Pittman), attirant un public plus familial. Au programme, Molky, pêche, ou lancer de charentaises pour les joueurs du dimanche.


Pêche au Gabut. Crédit Photo : Cdelav Photo

Sofrito semble touché par la grâce des Dieux. Ces derniers s’immiscent à la fête, transformant le temps maussade prévu par madame météo en une après-midi idyllique d’été. Sa sélection de vinyles Disco tropicale converge ainsi avec l’ambiance générale. Sofrito prend ses aises dans la petite scène, troquant même ses chaussures contre une paire de tongs. Il a beau être 16h, la soirée d’hier fut particulièrement longue pour un grand nombre de festivaliers, le Gabut est encore plutôt vide. Son set se joue en petit comité et la proximité est de mise. Deux heures aux anges, sous un soleil de plomb, durant lesquels on pourra entendre en grande partie des morceaux venus d’Afrique, francophones pour certains. Mais encore, ce DJ set a la particularité de proposer un schéma original, bien souvent les sets s’enferment dans un tracé Disco-House-Techno. Cependant, la construction de celui-ci demeure assez rare. Partant de disques Disco dansants, le set se dirige vers une House entraînante, mélodieuse et instrumentale avant de finir sur des morceaux aux sonorités Reggae, avec encore et toujours sa ligne directrice tropicale.

Cette douce après-midi se poursuit avec les membres du groupe Cotonete. Ces derniers placent la barre très haute, nous séduisant avec leur Jazz aux allures de Funk. Pour l’occasion, ils sont accompagnés d’une chanteuse brésilienne à la voix langoureuse et au sourire dévastateur. Sous un ciel bleu figé et défait de tout nuage, le groupe Cotonete semble stopper le temps. La dizaine de musiciens présents sur scène revigorent nos jambes lourdes et nous font danser pour savourer le dernier groupe programmé. Mélancolie certes, mais l’hédonisme partagé prend le dessus et la foule répond présente. Les quadragénaires qui forment ce groupe français sont comme des gosses et s’éclatent. En réponse au manque d’énergie de certains DJs parfois impassibles et peu démonstratifs, ces folichons nous électrisent.

Toutes les bonnes choses ont une fin, nous sommes dimanche, il est 19h30 et le temps se refroidit quant à l’horizon se profile la fin de ce weekend parfait. Mais le Roscella désire nous tenir en haleine en laissant Marcellus Pittman clôturer le spectacle comme il se le doit. Ces adieux seront donc synonymes de groove, tiens tiens, comme par hasard ! Un set d’une intensité terrible, établi sur un schéma sinusoïdal, vagues rythmées entre les voix pêchues de chanteuses Disco et les basses profondes de titres House. Le temps se couvre mais la température grimpe au Gabut et le public remercie le festival à l’aide de sa plus belle ferveur démonstrative : la danse.

L’espace est en émulsion et parle par lui-même : danse, cris et excitation font l’écho d’un immense MERCI. Non seulement merci pour ce week-end, mais merci pour les années à venir.

L’impulsion du Roscella Bay et ses répercussions permettent à la ville de La Rochelle de s’offrir un second souffle. Nombreux sont les jeunes (et moins jeunes) Rochelais qui se ravissent d’une manifestation culturelle de ce type et n’en demandent que d’autres. On a bien cru comprendre que le reste de l’année, l’agenda des sorties électroniques sonne creux bien que quelques crews s’évertuent à animer quelques peu les soirées de cette belle ville. Le Roscella arrive alors à point nommé et répond à la demande grandissante de musique et d’hédonisme d’une jeunesse débordante d’énergie.


Merci Roscella Bay. Crédit Photo : Roscella

Au total, Le Roscella Bay 2016 c’est une cinquantaine d’artistes et près de 30h de musique étalées sur 3 journées, sans compter les soirées OFFs. Le Roscella, c’est aussi une ligne directrice rarissime avec du groove, encore du groove, que du groove, dans tous les sens, sous toutes ses formes… et chez Electrocorp, vous vous en doutez : cela ne nous déplaît pas ! Aucune pause ne fut permise durant cet épuisant séjour musical. Ces pirates funky nous ont fait vibrer tout le weekend, nous, les 6000 matelots. Alliant musique électronique et organique dans une symbiose pertinente, le navire Roscella a fait chavirer nos cœur !

Je ne sais pas pour vous, mais nous, on y retourne l’année prochaine à coup sûr.