[Critique] ALLIÉS

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] ALLIÉS

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Titre original : Allied

Note:
Origine : États-Unis
Réalisateur : Robert Zemeckis
Distribution : Marion Cotillard, Brad Pitt, Jared Harris, Lizzy Caplan, Daniel Betts, Matthew Goode, Charlotte Hope, August Diehl…
Genre : Drame/Thriller/Romance
Date de sortie : 23 novembre 2016

Le Pitch :
Casablanca, 1962 : Max, un espion aux services des alliés rencontre Marianne, une résistante française avec laquelle il va devoir effectuer une mission à hauts risques. Une mission qui leur impose de se faire passer pour un couple marié. Rapidement néanmoins, Max et Marianne développent des sentiments et décident de sauter le pas, afin de commencer une nouvelle vie à Londres. C’est alors que le commandement de Max l’informe qu’il se pourrait que son épouse soit une espionne allemande…

La Critique de Alliés :

Il est assez hallucinant de vérifier une nouvelle fois, à l’occasion de la sortie de Alliés, qu’une partie de la critique s’évertue encore à ne pas reconnaître à Robert Zemeckis le talent qui est pourtant le sien. Il y a ainsi, et ce depuis le carton de Retour vers le Futur, toujours une voix haut placée pour descendre en flèche le cinéaste en le reléguant bien souvent au rang d’héritier mal dégrossi de Steven Spielberg. Alliés s’est donc démolir par quelques mécontents. Et ce malgré ses grandes qualités. Formelles notamment. Car oui, il s’agit d’un bon film. Et même plus que cela ! Bien plus !

Les Infiltrés

Robert Zemeckis et son scénariste Steven Knight (Peaky Blinders) prennent avec leur nouveau film la tendance du moment à contre-sens. Alliés ne ressemble en rien à ce qui se fait à l’ombre de la colline Hollywood mais va plutôt flirter avec des codes et des saveurs qui évoquent irrémédiablement le romantisme à la Casablanca et toutes ces œuvres qui n’avaient pas peur d’y aller franchement pour illustrer leurs thématiques, en confrontant souvent leurs personnages à la grande Histoire, afin d’exacerber tout ce qui pouvait l’être. Tout ici est fait pour nous plonger dans une autre époque. La photographie, la sublime partition du fidèle Alan Silvestri, l’histoire, les costumes et les somptueux décors, absolument tout. Robert Zemeckis est un homme de détails et son film retranscrit cette passion pour le cinéma notamment en temps que moyen de raviver des parfums d’antan, y compris comme c’est le cas ici, quand ils sont ignorés par la plupart des artistes modernes. On sent ainsi dans Alliés une vraie passion pour l’époque abordée et pour le récit en lui-même. Un récit qui vient se rattacher sur bien des points à celui d’Apparences, un autre Zemeckis sous-évalué, qui abordait lui aussi le thème de la trahison. Le talent, formidable, du réalisateur quand il s’agit de se poser comme le narrateur de trajectoires de vies complexes et habitées par une ferveur totale, fait encore une fois mouche, dans l’Angleterre soumise aux tourments de la Seconde Guerre mondiale.
Dès le début, il prend à bras le corps son sujet pour lui offrir à la fois l’écrin le plus beau et soigné possible, mais aussi pour lui permettre d’évoluer et de s’épanouir sans entraves, captivant en permanence, y compris dans les moments plus calmes, où le scénario respire, mais demeure nourri d’une tension croissante.

Autant en emporte la guerre

Mais Alliés est un long-métrage compliqué. Il raconte une histoire somme toute simple mais ne cède pas aux clichés en vigueur et préféré tenir bon, afin de conserver tout du long la même de conduite. On peut ainsi ne pas adhérer à certains choix. Narratifs pour la plupart, car difficile de ne pas tomber en admiration devant l’exceptionnelle maîtrise technique d’un réalisateur en pleine possession de ses moyens, comme peuvent l’illustrer les nombreuses séquences à tomber par terre qui jalonnent l’histoire et qui, à elles seules, soulignent l’immersion et renforcent le suspense et la peur que distille cette pression constante due à la menace d’une guerre jamais bien loin. Non, ici, ce qui peut choquer est relatif au script et sa structure en apparence linéaire et à ce romantisme ténu mais parfois tout aussi exacerbé. On peut aussi trouver les comédiens un peu en retrait. Brad Pitt notamment, qui livre une performance toute en retenue, parfaitement raccord avec les intentions du projet, mais néanmoins un peu déstabilisante. Son détachement sur certaines scènes pouvant passer pour un manque d’implication alors qu’il n’en est rien. Marion Cotillard, de son côté, marche sur un fil tendu, en équilibre, et livre au final ce qui devrait rester comme l’une des ses plus belles performances. Magnétique, elle accroche la lumière avec une aisance teintée d’une insolence folle et joue sur une ambiguïté elle aussi potentiellement déroutante. Le duo vedette incarnant au final tout le glamour qu’entend offrir le long-métrage, même si on au fond, il ne doit pas se résumer à cela, comme les aînés auxquels il se réfère en permanence, mais sans trop s’y reposer non plus.

Un pari old school plutôt osé

Au final, Alliés s’avère certainement un peu maladroit, mais il faut surtout lui reconnaître une intégrité totale. Projet beaucoup plus grandiose qu’il n’y paraît et surtout beaucoup plus ambitieux, il s’agit également d’un film généreux. Robert Zemeckis, loin de chercher à flatter le public à l’instar de quelques uns de ses contemporains, nous gratifie d’une partition romantique savamment rétro, où les sentiments sont prétextes à des envolés étouffées dans l’œuf par un contexte douloureux et violent. Rythmé, énergique, lyrique et parfaitement emballé, Alliés témoigne d’un amour sans borne pour le cinéma. Celui qui assume ses choix et ne fait jamais marche arrière pour répondre aux modes du moment. Avec ses références parfaitement intégrées, comprises et respectées, il fait montre d’une véritable personnalité et impressionne plus qu’à son tour. Une aventure palpitante, pleine de faux-semblants, de souffle et d’amour, d’une classe rare.

En Bref…
Robert Zemeckis nous offre un généreux morceau de cinéma, qui si il évoque tout un pan du septième-art dit classique, sait aussi imposer sa personnalité. Tendu, spectaculaire, visuellement incroyable, glamour comme c’est pas permis et finalement passionnant, Alliés ne doit néanmoins pas se résumer à son duo vedette, qui même si il contribue bien sûr à son excellente tenue et à son prestige, est loin d’être la seule chose qui mérite le détour.

@ Gilles Rolland

  Crédits photos : Paramount Pictures France