À Bethléem ça caille tout autant. Le marché de Noël est déserté, les commerçants font la gueule, les légionnaires du plan Vigipirate battent le pavé en se disant qu’ils seraient mieux à Capoue ou Pompéi, ces zélotes qui font du zèle font vraiment chier pense Julius qui a pris de l’embonpoint depuis son arrivée en Palestine, son armure le gène un brin aux entournures.
Dans la crèche Marie n’est pas dans son assiette, indigestion ? La marée d’hier soir qu’était pas fraîche ? Elle est verte comme un sapin, Joseph l’enguirlande, elle voulait des huîtres, dernier caprice de femme enceinte. Bébert le petit berger a les boules, le bœuf qui rumine en rongeant son frein n’en a pas lui, il beugle de temps à autre en regardant la mangeoire dans laquelle il ne peut pas becter, Bébert l’en empêche une badine à la main, la mangeoire est occupée par un paquet qui gigote. L’âne, à côté, braie à l’unisson de trois agneaux qui bêlent en zozotant, pour marquer leur soutien à leur pote le bœuf. Une mangeoire c’est pour nous, pas pour cette chose qui tricote des pieds en braillant.
Dehors, c'est pas une nuit de plein vent, il commence à neiger, une caravane passe au lointain - les rois mages se sont paumés avec ce temps pourri - pendant que des chiens aboient, des chats miaulent, qu’un coq insomniaque coquerique et qu’au-dessus un ange passe. Quel bordel !
Dans la crèche Jésus crie. Il braille, il s’époumone, la paille lui pique ses petites fesses roses. Planqué derrière une botte de paille l’archange Gabriel se marre. Il a foutu le bordel pour les cinq mille ans à venir. Il a essayé d’avoir Dieu pour lui rendre compte de la situation, sans succès, doit pas y avoir de réseau.
Dieu, à l’étage au-dessus, roupille comme un bienheureux, il n’entend rien, comme toujours. Silencieux, comme toujours…