Quelques poèmes de Fernando Pessoa

Par Etcetera

J’ai trouvé ces quelques poèmes dans L’anthologie essentielle de Fernando Pessoa parue aux éditions Chandeigne. Vous pouvez vous reporter au site de l’éditeur pour plus de renseignements.

Nombreux sont ceux qui en nous vivent ;
Si je pense, si je ressens, j’ignore
Qui est celui qui pense, qui ressent.
Je ne suis rien que le lieu
Où l’on pense, où l’on ressent.

J’ai bien plus d’âmes qu’une seule.
Il est plus de moi que moi-même.
J’existe cependant
A tous indifférent
Je les fais taire : je parle.

Tous les influx entrecroisés
De ce que je ressens ou pas
Polémiquent en qui je suis.
Je les ignore. Et ils ne dictent rien
A celui que je me connais : j’écris.

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L’amour, c’est cela l’essentiel.
Le sexe n’est qu’un accident.
Il peut être identique
ou différent.
L’homme n’est pas un animal :
C’est une chair intelligente
Parfois malade cependant.

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La mort ? Un tournant de la route.
Mourir ? Seulement ne plus être
Vu. Ecoutant, j’entends tes pas
Exister comme moi j’existe.

La terre est matière de ciel.
Le mensonge n’a aucun nid.
Nul jamais ne s’est fourvoyé.
Tout est chemin et vérité.

***

AUTOPSYCHOGRAPHIE

Le poète est celui qui feint.
Et il feint si parfaitement
Qu’il fait enfin passer pour feinte
La douleur qu’il ressent vraiment.

Et les lecteurs de ses écrits
Ressentent sous la douleur lue
Non pas les deux qu’il a connues,
Mais la seule qu’ils n’ont pas eue.

Ainsi, sur ses rails circulaires
Tourne, embobinant la raison,
Ce si petit train à ressorts
Que l’on a appelé le cœur.

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