Que leurs âmes brillent

Par Videopaper


Aujourd’hui, ce mardi 2 février 1943, est un jour étrange, ici à Stalingrad. Le silence se pose sur la ville, il nous enveloppe d’une manière si douce et pourtant si brutale. Nos oreilles ne le connaissent plus, il avait disparu de notre vie. 6 mois que nous ne l’avions plus entendu, 6 mois où il s’était effacé de nos sens, de nos souvenirs, où la mort n’était pas silencieuse mais vociférante de vacarme de bruit d’explosion des grenades, des crépitements de mitrailleuse, des cris de nos camarades tombés morts ou blessés, des cris poussés par ceux qui montaient à l’assaut. Le silence se répand tout autour de nous, monte dans le ciel clair, ne craint pas les -31° de cette journée. Nous sommes éberlués de l’entendre de nouveau, et ce sont nos sacrifices, notre désir de vaincre qui a crée ce silence, où vont naître les jours nouveaux ici et aux confins  de l’Europe. Vassili n’est plus là pour l’entendre, et pourtant ce silence il aurait aimé l’entendre car il en a été un des créateurs. Je lui écrirai cette après midi, pour lui dire que Stalingrad et son silence pensent à lui…..   Il y a donc 74 ans, ce 2 février 1943, les derniers nids de résistance Allemands se rendaient ou étaient réduits par l’Armée Rouge, le Maréchal Paulus s’étant rendu le 30 janvier, la 6 ème Armée allemande n’existait plus : 380.000 tués, 91.000 prisonniers. L’audacieuse opération Uranus, lancée le 19 novembre pour encercler cette 6 ème Armée se terminait par une victoire totale. Cette victoire est un événement majeur de la Seconde Guerre Mondiale, c’est là que l’Allemagne Nazie est pour la première fois défaite, déjà en décembre 1941 devant Moscou elle avait faibli, mais cette fois çi c’est son anéantissement qui est programmé. Ce retournement historique, l’URSS a en supporté tout le poids humain, c’est à elle et elle seule qu'en revient la postérité.   C’est une grande tristesse que cet événement ne soit pas célébré comme le débarquement Anglo-Américain de Juin 1944. Celui çi arriva bien tard, l’Allemagne Nazie à cette date, est virtuellement vaincue. Les Soviétiques avaient déjà libéré l’Ukraine et lançaient le 22 juin l’opération Bagration, sur une ligne de front s'étendant sur 1 000 km, ils avancent de 600 km en deux mois, arrivant aux portes de Varsovie, c’est la plus importante opération militaire en cet été 1944, bien loin devant le débarquement.   C’est une grande tristesse et une grande injustice, car dans la guerre d’extermination humaine, militaire, économique, culturelle menée par les Nazis sur le front l’Est, l’URSS a gagné au prix de 15 millions de morts civils (dont 1,5  millions de Juifs) et 11 millions de pertes militaires, les Américains ont eu 200.000 pertes sur le front européen, 6000 pertes civiles, un pays jamais occupé. Et tous les ans, en juin, le grand show mediatico-politique bat son plein et pas un mot, pas une pensée, pas un regard pour Stalingrad.   C’est une grande tristesse, une grande injustice et une grande blessure pour le peuple Soviétique, que cet oubli de leurs sacrifices et de leurs ampleurs. Un oubli raisonné, édifié sciemment par les Américains qui dès mai 1945, sans vergogne ont joué les Allemands contre les Soviétiques sans même tenter un dialogue ne serait ce que par respect du prix payé par les Soviétiques dans l’anéantissement des Nazis, et qui du jour au lendemain (même si il y eut les Procès de Nuremberg) ont passé l’éponge sur 15 ans de National Socialisme dans la société allemande.   Voila pourquoi aujourd’hui dans mon âme et mon coeur, je me souviens de ce mardi 2 février 1943 et je rend hommage à ces hommes et à ces femmes, qui nous ont permis de sortir des ténèbres Nazies. Que leurs âmes brillent.