[Critique] DETOUR

Par Onrembobine @OnRembobinefr

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Titre original : Detour

Note:
Origine : Grande-Bretagne/Afrique du Sud
Réalisateur : Christopher Smith
Distribution : Tye Sheridan, Emory Cohen, Bel Powley, Stephen Moyer, John Lynch…
Genre : Thriller
Date de sortie : 14 mars 2017 (DVD)

Le Pitch :
Harper, un étudiant, en est venu à ne plus supporter son beau-père, qu’il juge responsable de l’accident qui a plongé sa mère dans le coma. Un soir, alors qu’il noie son chagrin dans l’alcool, Harper fait la connaissance de Johnny, un gangster auquel il propose une grosse somme d’argent pour tuer son beau-père. Le lendemain, alors qu’il peine à se souvenir de ce qui s’est passé pendant la nuit, le jeune homme se retrouve face à ses responsabilités. Contraint de prendre la route pour exécuter le plan imaginé par Johnny, il va devoir assumer ses décisions…

La Critique de Detour :

Christopher Smith n’est pas spécialement en odeur de sainteté chez nous. Ses films, si on fait exception de son premier, le trip horrifique Creep, n’ont pas vraiment bénéficié d’une publicité extraordinaire dans nos contrées, sortant bien souvent directement en vidéo, à l’instar des pourtant très bons et ambitieux Severance, Triangle et surtout Black Death, son film fantastico-médiéval aussi glauque que parfaitement emballé. Qui a entendu parler de Labyrinth, sa mini-série sortie en 2012 ou de Get Santa, la comédie qu’il a tournée avec Warwick Davis en 2014 ? Personne ou presque. Et c’est donc sans surprise que Detour, son nouveau film, déboule en France sans passer par la case cinéma…

Manœuvre périlleuse

Bénéficiant du talent de deux des jeunes acteurs les plus talentueux du moment, à savoir Tye Sheridan (The Tree Of Life, Mud) et Emory Cohen (Brooklyn et la série The OA), Detour adopte une posture somme tout classique. Un mec désire se débarrasser de son beau-père (Stephen Moyer de True Blood) et fait appel à un gangster à la petite semaine, avant de se raviser. Ayant pris l’habitude de nous surprendre en s’appropriant des codes bien connus, Christopher Smith allait-il faire de même ici, lui qui mettait en scène pour la première fois un pur thriller, qu’il a à plus forte raison entièrement écrit ? Les espoirs étaient permis.
Pourtant, l’arrivée, si Detour ne manque pas de bonnes idées, la déception est un peu de mise. Non pas que le film soit mauvais. Non, car il ne l’est pas. Ce qu’il est, c’est banal. Detour s’apparentant plus ou moins à une modeste série B qui déroule son intrigue classique de son point de départ jusqu’à son dénouement, sans faire preuve d’une flamboyance particulière.

Voie de garage

On assiste ainsi au début de l’intrigue animés d’une certaine curiosité. L’occasion de vérifier que Smith sait toujours tenir une caméra et faire preuve d’une certaine audace au fil de plans et de scènes très bien emballées. Puis vient le point de non retour où il semble évident que Detour ne va pas se classer parmi ses meilleures œuvres. Et cela malgré le petit twist qui intervient à mi-parcours et qui repose sur la déconstruction du récit opéré jusqu’alors. C’est malin mais pas tant que cela non plus. Cela dit, si il y a bien un point sur lequel le long-métrage se démarque, c’est la réalisation. L’écriture étant conventionnelle, sous couvert d’artifices plus amusants que vraiment intéressants.

On the road again

Vrai-faux road movie, thriller à tiroirs un peu banal et maladroit sous influences (on pense à Tarantino et au Tony Scott de True Romance, ce qui revient au même vu que Tarantino a écrit True Romance), Detour jouit en revanche de l’investissement d’acteurs impeccables. De Emory Cohen à Tye Sheridan donc, comme souligné en début de chronique, à Bel Powley, une jeune comédienne dont nous pourrions bien entendre parler dans un avenir plus ou moins proche. Ils incarnent une intrigue un poil mollassonne, dont les enjeux peinent à émerger avec conviction et suffisent à maintenir l’intérêt à un niveau acceptable. Reste que de la part d’un réalisateur capable de grandes choses, c’est assez frustrant.

En Bref…
Detour n’a rien d’aussi intense que les meilleurs films de Christopher Smith. Un cinéaste qui semble avoir enclenché le pilotage automatique, aux commandes d’une histoire trop conventionnelle pour pleinement convaincre. Il demeure que ce film, si il peut s’apparenter à une petite déception pour les fans de Christopher Smith, n’a rien de honteux non plus.

@ Gilles Rolland

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