La cause des gaulois

Publié le 30 mars 2017 par Vindex @BloggActualite
Bonjour à tous,Faisons une pause dans la campagne alternant le pire et le médiocre. Je préfère revenir aujourd'hui sur un sujet d'histoire, de culture et même d'identité : celui des gaulois. Certes, la polémique commence à dater au regard de notre présentéisme ambiant, mais je me dois de compléter mon billet qui traitait de la question de nos ancêtres si chers à Nicolas Sarkozy lorsqu'il s'agit de se faire élire.
Car s'il y a eu polémique à ce moment, c'est pour plusieurs raisons : les gaulois sont à la fois présents dans notre mémoire, mais absents de nos programmes scolaires (ou si peu traités) ; les gaulois sont au coeur de mythes historiques et identitaires et il convient de leur (re)donner leur place, méritée à mon sens. Mais surtout selon l'historien Jean-Louis Brunaux, dont le livre "Nos ancêtres les Gaulois" est à lire absolument. En voici un résumé qui j'espère, vous donnera envie d'approfondir ce sujet et de défendre nos prédécesseurs méconnus. 

Des Gaulois qui comptent aux yeux des anciens


Le premier point qui me semble notable est que la civilisation gauloise n'a pas à rougir d'autres civilisations antiques. L'auteur rappelle d'ailleurs dès le début que l'exotisme consistant à étudier des civilisations plus lointaines (l'Egypte notamment) ne doit pas masquer l'exotisme que représente tout autant si ce n'est plus le voyage dans l'histoire des Gaulois. Si la civilisation gauloise n'est pas connue ou souvent présentée avec condescendance, c'est bien plus par ignorance qu'autre chose. Et pour cause : les anciens (romains et grecs) ont eu beaucoup d'estime et de respect pour ces populations, perçues comme moins barbares que les Germains par exemple. Certes, la rencontre des gaulois par les civilisations méditerranéennes suscita vite une inquiétude, une peur. Mais les ravages et la réputation de guerriers invincibles firent aussi la place à un intérêt et des rencontres. Si Posidonios d'Appamée put "léguer" à César un certain nombre d'informations sur ces populations, c'est parce qu'il fut sans doute en contact avec eux, de la même manière que les Phocéens les côtoyèrent suite à la fondation de Massalia. Par ailleurs, leurs réussites militaires suscita non seulement la peur mais aussi l'intérêt des grecs et romains qui les ont engagés en tant que mercenaires, si bien qu'il n'était pas rare que des gaulois s'affrontent (en dehors des questions de géopolitique interne). 
Cet intérêt mêlé d'inquiétude n'empêcha pas certains anciens de caricaturer les gaulois, notamment en véhiculant l'existence de sacrifices humains, ce qui n'est plus attesté sauf à des âges bien reculés. Mais l'on doit retenir que les Gaulois comptaient aux yeux de leurs contemporains d'autres horizons, tout comme la Gaule était au centre des intérêts de César. C'est pourquoi il me semblerait logique de les évoquer un peu plus en détail dans la scolarité, et dans une autre optique que la "civilisation gallo-romaine" (terme d'ailleurs contesté par l'auteur). 


Une civilisation dynamique


Le deuxième fait fascinant de l'ouvrage de Jean-Louis Brunaux, c'est l'existence d'une civilisation qui non seulement a existé mais a su se réinventer et évoluer. Un chapitre entier est dédié à un art gaulois, affirmé comme tel et plus complexe que les études ont longtemps voulu le comprendre. Présent de manière moins "spectaculaire" que l'art greco-romain, il était toutefois diffus : pièces de monnaie, objets, décorations... furent des supports de celui-ci. Et si la figuration était faible, c'est probablement parce qu'au contraire de la mythologie greco-romaine, le religion gauloise ne permettait ni la représentation humaine des Dieux, ni l'écriture. Mais à y regarder de plus près, les caractéristiques de cet art sont intéressantes : vision subjective plus que figuration et imitation, mouvement, symbolisme et abstraction. Et si la valeur exclusivement esthétique des supports est moins claire que pour les civilisations classiques, elle existait toutefois et la profondeur de l'abstraction rendait cet art très intellectuel, en particulier parce que ses canons étaient dictés par les Druides. L'art gaulois (plus précis qu'un art "celtique") est même selon l'auteur "le résumé fascinant d'une civilisation puissante qui a préféré garder son mystère sans renoncer à le rendre progressivement évident".
La civilisation matérielle n'est pas en reste. Entre un confort bien plus élaboré que la simple hutte, des apports matériels (tonneau, fer à cheval, matelas, soc, braies, cotte de mailles...) et une agriculture performante, on ne peut non plus enlever aux gaulois le développement d'une économie élaborée et même évolutive. D'abord fondée sur l'aristocratie terrienne, elle intégra ensuite la fluidité d'une économie guerrière, bien qu'elle dut attendre la romanisation pour incorporer des échanges commerciaux généralisés.
L'auteur réserve également une partie entière à la religion. Il taille d'abord le mythe des sacrifices humains qu'il décrit pour nombre d'entre-eux comme des mises à mort ritualisées et liées à des condamnations judiciaires. Ce rituel serait issu de vieilles pratiques sacrificielles qui seraient même communes aux religions romaines et grecques (dans leurs "versions" les plus archaïques). Il précise ensuite le fonctionnement de la religion gauloise en expliquant l'importance de trois personnages qui ont eu des importances différentes selon les époques : les prêtres, les druides et les bardes. Les druides sont présentés davantage comme un mouvement intellectuel (proche d'ailleurs des Pythagoriciens) qui utilisa la religion par le biais d'une sorte de théologie pour diffuser ses idées, ses connaissances, et même influencer la société. Leur rôle politique et judiciaire fut tout aussi important que leur influence intellectuelle et religieuse et le mystère de leur fonction disparaît à la lecture du chapitre consacré.

S'approprier les Gaulois


Si l'auteur relate bien les mythes scolaires de la IIIème République sur "Nos ancêtres les Gaulois", il ne renie pas totalement cette filiation d'un point de vue subjectif et perçu. 
Car si la Gaule ne préfigure pas la France d'un point de vue territorial, national et culturel, les peuples gaulois sont probablement nos premiers prédécesseurs ayant formé une société, voire un embryon d'Etat. Si l'on perçoit souvent les gaulois comme profondément divisés, la réalité décrite par l'historien est plus complexe. L'auteur évoque même une nation à laquelle il ne manquait plus qu'une tête, pas tant ethnique que politique. En effet, la société gauloise fonctionnait selon une pyramide de fidélités et de clientèle entre des hommes de rangs différents ayant autorité sur des territoires : les cités et leur pagus. Les principaux chefs et peuples (à tour de rôle Arvernes et Eduens...) se disputaient davantage pour la suprématie géopolitique en Gaule que par pur antagonisme ethnique et culturel. L'objectif est de détenir l'hégémonie sur toute la Gaule, quitte à demander l'aide des romains, ce qui entraîna la formation de deux grands "partis" : le pro-romain et l'anti-romain. Mais dans ce processus de construction nationale, les romains s’intercalèrent alors que les peuples gaulois, partageant une histoire, une culture et un espace, ne purent se doter d'une tête durable pour celle-ci lors du IIème et du Ier siècle avant JC. Par ailleurs, si chaque cité avait ses institutions (bien souvent en assemblées de peuples et de notables avec des magistrats relativement contrôlés), les conflits judiciaires et la religion étaient l'objet d'un arbitrage commun lors du conseil annuel des Carnutes (au centre de la Celtique à Autricum, actuellement Chartres), présidé par les druides. Des instances en quelque sorte fédérales qui indiquent tout de même un certain degré d'intégration gauloise.
La potentielle nation gauloise n'est d'ailleurs pas sans héritage, comme le rappelle notre spécialiste. Même si les gaulois ne sont pas nos seuls ancêtres (l'auteur évoque la difficulté d'en connaître la part réelle), ils sont perçus comme tels et nous ont laissé des héritages. Le paysage, le goût de la politique, le souci de justice et d'égalité, sont des traits gaulois que l'on peut retrouver de nos jours chez les français. Par ailleurs, la sonorité de la langue et de nombreux toponymes et mots existent encore dans le français même si la langue gauloise s'est perdue entre temps, tout comme la religion. Il n'en reste pas moins que la langue français semble être la langue romane conservant le plus de traits de la langue "indigène" la précédant. Ce sont ces traits qui doivent nous ramener à la question de notre identité. A ce sujet, la thèse de l'auteur peut-être résumée ainsi : quelque soit la perception qu'on a des gaulois, ce peuple ne laisse pas indifférent et reflète une partie de nous. C'est à la fois le fruit du regard des autres peuples et de l'image que l'on souhaite renvoyer, hier comme aujourd'hui. Il serait toutefois bon maintenant de poser cette relation généalogique : le retour des gaulois dans l'enseignement, ce serait assumer et objectiver ce passé pour en finir avec le mythe et l'émotion. L'auteur le dit un peu en filigrane pour conclure : 
"La longue traversée du désert d'un demi-siècle que viennent de connaître les Gaulois s'assimile peu ou prou à la mise à mort du père, en langage freudien. Il est donc temps désormais de poser un regard adulte sur cette petite enfance de notre humanité". 
Ce sont ces pères gaulois qui me semblent être une pièce manquante au puzzle de nos origines qui doit être complet. Le regard adulte que nous devons porter sur eux, c'est celui de la sérénité face à notre identité qui n'a rien d'incompatible avec ces ancêtres qu'il suffit d'apprendre à mieux connaître...  
Vin DEX