Début de la campagne officielle

Publié le 12 avril 2017 par Vindex @BloggActualite
Bonjour à tous !
La dernière ligne droite est enfin devant nous. Dans cette longue course d'obstacle, nos 11 jockey s'apprêtent à jeter leurs dernières forces dans la bataille pour passer la ligne d'arrivée avant l'autre. C'est l'indécis qui cette année est la vedette : 4 candidats se battent pour deux places et parmi eux, 1 seul représente un parti ayant eu le pouvoir ces dernières décennies. Ces deux dernières semaines auront leur lot de décorum démocratique quinquennal : égalité de temps de parole (même amoindrie), clips de campagne et affiches officielles. Petit panorama des candidats et leur dynamique pour dessiner les contours de l'élection présidentielle. 

1. Nicolas Dupont-Aignan-Debout la France (anciennement Debout la République). 


Comme le tirage au sort du Conseil Constitutionnel l'a indiqué pour l'ordre des affiches, nous commencerons par "NDA". Le candidat souverainiste, déjà présent en 2012, espère avoir grandi depuis. Plus grands des petits, mais pas encore plus petits des grands, le député de l'Essonne a eu du mal à lancer sa campagne mais finit par rendre son message plus audible. Bien sûr, son coup d'éclat au 20h de TF1 a beaucoup joué : les sondages le donnant à 3 pour cent ont fait un bond à 5 pour cent. Son socle de voix s'est donc un peu élargi et les affaires concernant François Fillon semblent lui avoir profité. Mais depuis, c'est la stagnation, et sa velléité lors du débat à 11 n'a pas permis de convertir la tendance haussière, malgré une certaines ténacité lors des échanges. Peut-être son côté théâtral et parfois exagérément scandalisé : des habitudes qui traduisent ses émotions patriotes autant que sa carte sincérité/exemplarité mais qui ne lui donnent pas encore assez de charisme. 
Clip de Campagne.
Notre pronostique : Si la dynamique est revenue à la normal, le candidat "gaulliste" s'est probablement extirpé de la zone des 0 à 3 pour cent. L'égalité du temps de parole peut lui permettre de convaincre encore, d'autant que François Fillon perd des électeurs de droites déçus par les révélations. 5 pour cent est un score envisageable et permettrait le remboursement des frais de campagne. 

2. Marine le Pen-Front National


De son côté, Marine Le Pen se hisse toujours plus dans sa quête du pouvoir. On a bien l'impression qu'elle n'a rien eu à faire pendant ces 5 dernières années. Tout ce qui se passait allait dans son sens, que ce soit les difficultés économiques, européennes et les attentats. Inutile donc de revoir de fond en comble le projet de 2012 qui avait permis à la fille de Jean-Marie Le Pen d'arriver en troisième position. C'est sur cette ligne que le Front National est devenu premier parti de France aux élections européennes de 2014, stabilisant toujours plus sa base militante et électrice tout en consolidant un vote d'adhésion. Elle s'est toutefois montrée sur la retenue et la défensive lors des divers débats auxquels elle participa, et les affaires concernant son parti ne la servent pas, même si elles la pénalisent moins que François Fillon. La dynamique est donc moins positive et plus stagnante mais dans à la photo finish, difficile de la voir tout perdre.
Clip de campagne. 
Notre pronostique : Quoi qu'on en pense, c'est LA valeur sûre du premier tour. Son électorat est suffisamment important et solide pour la porter au second tour, probablement en tête. Un score de 23 pour cent serait à l'image de la progression lente mais sûre depuis 2012, mais ne lui permettra sans doute pas l'emporter au second tour contre tout candidat paraissant plus modéré qu'elle aux yeux de l'opinion. 

3. Emmanuel Macron-En Marche

Autour du novice, du jeunot de cette présidentielle. Le Marcheur Emmanuel Macron à l'identité centriste classique (pas tant novatrice) ne laisse pas indifférent. Sa nouvelle tête attire autant les curieux qu'elle ne rebute les sceptiques. Son image jeuniste et optimiste se veut rassembleuse, peut-être un peu trop. Ayant le vent médiatique en poupe (même dans des magazines comme L'Histoire ou Science et Avenir), le candidat travaille sa communication et a l'art de l'esquive et du vague : il faut que chacun puisse recevoir sa parole comme il l'entend. Mais la curiosité du début de campagne a laissé la place à un léger scepticisme : vu comme creux et opportuniste par certains, il ne bénéficie pas encore d'un électorat sûr de lui et s'est fait parfois bousculer lors des débats ou à l'Emission Politique. Il faut dire qu'on lui renvoie en pleine tête sa participation au dernier quinquennat et les incohérences de sa déclaration de patrimoine.
Clip de campagne. 
Notre pronostique : Le plus dur en ces derniers jours sera de résister à l'érosion et à la fatigue, d'autant que cela peut encore revenir derrière. Parmi les 4 premiers, c'est probablement celui qui dispose d'un socle d'électeurs le moins sûr et son inexpérience pourrait le desservir. Reconnaissons lui toutefois la capacité à s'entourer de ceux qui ont du poid et les médias devraient lui permettre de rester à 20 pour cent, suffisant pour être au second tour. 

4. Benoît Hamon-Parti Socialiste

Passons à présent au représentant du Parti Socialiste, vainqueur de la primaire citoyenne. Après sa victoire surprise contre les Valls et Montebourg, ce qui devait arriver arriva : une campagne difficile et une splendide défaite à la clef. Le manque de leadership et le positionnement à l'aile gauche de Benoît Hamon ne lui auront pas permis de contenir les départs vers Emmanuel Macron. Il faut bien avouer que le candidat de la rose n'est pas verni, trahi qu'il est par les siens malgré les promesses de certains (suivez notre regard). Rien que de très prévisible : cela confirme le fossé entre les électeurs du PS et les élites de celui-ci et cela augure d'un possible éclatement dès les législatives. Ajoutons que Benoît Hamon ne parvient pas à tirer son épingle du jeu lors des débats et que sa mesure phare, le revenu universel, s'évapore au fur et à mesure que la campagne avance. Cela s'est donc traduit par une fuite de son électorat potentiel vers Jean-Luc Mélenchon qui a le vent sondagier en poupe.
Clip de campagne. 
Notre pronostique : Difficile de croire en un retour pour le candidat du PS qui a eu la lourde tâche d'assumer le bilan de François Hollande dans un contexte de décomposition du PS. La belle surprise s'est arrêtée au second tour de la primaire citoyenne. Il atteindra difficilement les 10 pour cent : nous le voyons à 8 pour cent environ. Plus une claque au parti à la rose qu'à son représentant d'une campagne.

5. Nathalie Arthaud-Lutte Ouvrière

Probablement la candidate la plus radicale à gauche, Nathalie Arthaud incarne dignement l'héritage communiste et trotskyste du Lutte Ouvrière et de l'emblématique Arlette Laguillier. L'enseignante agrégée en économie compte comme à son habitude faire entendre la voix des ouvriers et des employés. Mais engluée dans son schéma rigide de lutte de classes, elle n'est pas en phase avec une société qui s'est complexifiée, même si certaines de ses critiques sont fondées. On peut déplorer sa manie marxiste qui la pousse à beugler sans toujours accompagner cela de propositions concrètes, ce que son débat du 4 avril a laissé comprendre. Si la démarche est sincère, elle est totalement irréaliste tant la classe ouvrière a perdu de sa consistance et de son influence.
Clip de campagne. 
Notre pronostique : Lutte Ouvrière a considérablement souffert des dernières élections du fait de l'émergence de Jean-Luc Mélenchon et du remplacement d'Arlette Laguillier. Nathalie Arthaud n'a pas d'image sympathique comme son aînée et son électorat s'est ratatiné : elle se situera autour d'1 pour cent au mieux. 

6. Philippe Poutou-Nouveau Parti Anticapitaliste

Tout comme sa compère, Philippe Poutou entend représenter la France ouvrière. Si la différence entre les deux candidats peut paraître ténue, elle existe réellement. Le NPA semble moins orthodoxe dans son analyse trotskyste. Philippe Poutou renvoie un peu moins à la lutte de classes et au grand patronat, sans toutefois abandonner l'idéal communiste. A sa deuxième campagne, on ne le sent toujours pas à l'aise. En décalage avec les autres candidats et avec le monde politique, il joue sa carte avec sincérité et franchise, comme en attestent ses attaques directes lors du débat du 4 avril. Bien sûr, c'était un peu facile venant de lui (de telles attaques ne seraient pas bien passées venant d'un plus gros), mais ce coup de gueule a fait écho et a lancé une petite dynamique en faveur du petit, comme l'aiment bien les français.
Clip de campagne. 
Notre pronostique : Comme LO, le NPA a souffert des élections de 2012. Mais Philippe Poutou incarne une image moins radicale qu'Olivier Besancenot, sans que ce dernier ne soit totalement absent, restant le vrai maître à penser du parti qu'il a fondé. Philippe Poutou devrait fluctuer autour des 2 pour cent, mais la dynamique actuelle de la France Insoumise ne lui laissera aucune chance d'espérer mieux. 

7. Jacques Cheminade-Solidarité et Progrès

En toute discrétion, Jacques Cheminade participe à sa troisième campagne présidentielle (après 1995 et 2012). Si le candidat était plus décrié en 2012 (accusations de complotisme et de sectarisme), il n'a pas perdu son image d'illuminé. Cela nous paraît assez injuste. Aux yeux de l'opinion, il reste le candidat utopique de la colonisation de Mars, alors même que ce projet est souvent évoqué (mais repoussé) par la NASA et fait l'objet de sérieux investissements (voir Mars One  et Space X). Par ailleurs, Jacques Cheminade est assez pointu sur les sujets économiques et financiers mais apparaît bien trop léger sur d'autres (immigration, éducation, culture). Le débat en a attesté : il n'a pas toujours su développer autre chose que ses thèmes de prédilection qui revenaient souvent au galop. Il ne parvient pas à faire valoir son identité politique teintée de Keynésianisme et inspirée par Roosevelt.
Clip de campagne.
Notre pronostique : Avec un seul meeting organisé et seulement deux semaines de temps de parole conséquent, Jacques Cheminade aura bien du mal à sortir du lot pour exprimer pleinement son projet. Il risque de finir bon dernier, avec moins de 0,5 pour cent. 

8. Jean Lassalle-Résistons !

Jean Lassalle apparaît comme LA figure de caractère de cette campagne. Candidat témoin, il veut défendre la France rurale et agricole. Ancien berger, homme politique de longue date et plein de bonhomie, il est toutefois en décalage totale avec la fonction présidentielle. Son accent et sa décontraction lui confèrent une sympathie mêlée de condescendance dans l'opinion. Assez inclassable, il croise des influences centristes, gaullistes et mêmes communistes (il a obtenu le soutien de Gérard Schivardi, candidat en 2007 qui lui ressemble à bien des égards). Il a également pronostiqué sa qualification au second tour face à Marine Le Pen. De manière générale, sa candidature apparaît comme un combat peu en phase avec ses habitudes du terrain : grève de la faim en 2006, tour de France et d'Europe...
Clip de campagne. 
Notre pronostique : Peu connu, il ne sera sans doute pas dernier. Son message est particulièrement écouté dans les campagnes qui souffrent et son  ancrage politique est profond. Sa connaissance du terrain lui permettra aussi d'arriver à 1 pour cent voire plus.

9. Jean-Luc Mélenchon-La France Insoumise

A chaque phase de la campagne son cador et son outsider. Après Fillon en novembre puis Macron, voici Mélenchon. Et c'est au meilleur des moments pour lui. Quatrième en 2012, Jean-Luc Mélenchon ne paraissait pas très bien parti, contesté par certains communistes. Mais en créant le mouvement France Insoumise et en misant sur une communication légèrement différente (couleurs, lien avec la société civile), "JLM" a trouvé la bonne recette, sans pour autant concéder grand chose à sa ligne de 2012. Les rassemblements de Bastille et de Marseille peuvent en témoigner, tout comme la radicalité de son programme économique, probablement son point faible. Se posant moins contre Marine Le Pen qu'en 2012, il a même évolué sur l'Europe, adoptant quelques positions plus souverainistes. C'est sans doute cette différence avec Benoît Hamon (ainsi que sur le Revenu Universel) qui l'a fait se démarquer. Son éloquence a fait le reste : assez percutent lors des débats, il a créé une dynamique lui permettant de siphonner les voix de son concurrent socialiste, si bien que certains sondages le voient actuellement 3ème. Il est toutefois regrettable qu'il n'ai pas accepté de renouveler le débat à 11 le 20 avril, alors qu'il excelle dans cet exercice.
Clip de campagne. 
Notre pronostique : Les deux dernières semaines seront les plus difficiles pour l'insoumi : certes, il s'invite au sprint final au meilleur des moments, mais cette dynamique en entraîne une autre : celle des médias et de ses concurrents qui agitent le chiffon rouge en rappelant la menace communiste. C'est un peu cette épreuve du feu qui risque d'être difficile à passer pour Jean-Luc Mélenchon, qui sera sans doute autour de 18 pour cent. 

10. François Asselineau-Union Populaire Républicaine

C'est un des nouveaux venus cette année. Pourtant, pour quiconque est régulièrement sur la toile politique, François Asselineau n'était pas un inconnu. Président fondateur de l'Union Populaire Républicaine, il est très efficace sur les réseaux sociaux et sur Youtube, entre conférences, vitupération de l'euro et critiques de l'OTAN. Autrefois passé par le RPR et le RPF, il se dit ancien européiste ayant pris conscience des limites de l'Union Européenne. Structurant son parti avec efficacité, il critique les autres souverainistes tels que Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, leur reprochant de se fourvoyer dans une "autre europe". Il se présente donc comme le seul candidat du "Frexit" et comme le souverainiste le plus radical. S'il a convaincu par le biais d'internet, cela paraît plus compliqué dans la "cour des grands" médiatique : il est apparu comme techniciste et peu concrèt lors du débat sur BFM TV et C News. Présenté comme complotiste au départ, il tente de décoller cette image. 
Clip de campagne. 
Notre pronostique : Trop monomanique, François Asselineau devrait être capable d'atteindre 1 ou 1,5 pour cent. Son message est toutefois un peu redondant mais renforce le camp souverainiste : le risque est de faire campagne pour un autre que lui-même. 


11. François Fillon-Les Républicains

Terminons avec François Fillon. Le candidat des Républicains est bien loin de son écrasante victoire des primaires. Les affaires dévoilées depuis le mois de Février ont considérablement affaibli le candidat qui apparaissait il y a quelques mois comme notre futur président. La défense de son programme est devenue bien plus difficile, son exemplarité étant mise à mal. Et ce n'est pas sa communication à ce sujet qui a arrangé les choses : perdant souvent son sang froid, il a opté pour une combativité presque agressive et remettant en cause sa confiance en certaines de nos institutions. Tombant dans le panneau de toutes les révélations, il a mis sa personne en jeu ce qui a renforcé les opinions négatives qui visent de moins en moins son programme. Il reste toutefois soutenu par son camp qui a un temps envisagé le Plan B. Sa combativité (son obstination diront certains) est donc implacable et il reste charismatique, ce qui a permis d'éviter l’hémorragie vers Macron. En terme d'électorat toutefois, c'est une autre histoire : il a littéralement fondu, si bien qu'il se retrouve derrière Jean-Luc Mélenchon. Il peut encore compter sur l'activisme de ses troupes actuelles, en particulier sur les réseaux sociaux. Mais il se trompe parfois de combat en accusant notamment Nicolas Dupont Aignan de lui prendre des voix et de favoriser l'élection d'Emmanuel Macron. 
Clip de campagne. 
Notre pronostique : Au pire des moments, François Fillon s'est retrouvé dans l'incapacité de mener une vraie campagne. Partant de constats justes, parfois trop radical et parfois trop timoré, il semblait en mesure de succéder à François Hollande. Il a pourtant participé au pouvoir entre 2007 et 2012. Ses chances apparaissent moindres actuellement mais il ne faut pas le sous-estimer, les sondages pouvant bien sûr se tromper : il est tout à fait possible qu'un vote "Fillon" soit caché. Il sera probablement toujours à 19 pour cent car son électorat restant est solide et fidèle. Sa qualification dépendra donc de la forme de ses adversaires directes. 


Vin DEX