Paul Verlaine – Souvenir de Manchester

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Je n’ai vu Manchester que d’un coin de Salford
Donc très mal et très peu, quel que fût mon effort
À travers le brouillard et les courses pénibles
Au possible, en dépit d’hansoms inaccessibles
Presque, grâce à ma jambe male et mes pieds bots,
N’importe, j’ai gardé des souvenirs plus beaux
De cette ville que l’on dit industrielle, –
Encore que de telle ô qu’intellectuelle
Place où ma vanité devait se pavaner
Soi-disant mieux, – et dussiez-vous vous étonner
Des semblantes naïvetés de cette épître,
Ô vous ! quand je parlais du haut de mon pupitre
Dans cette salle où l’ « élite » de Manchester
Applaudissait en Verlaine l’auteur d’Esther,
Et que je proclamais, insoucieux du pire
Ou du meilleur, mon culte énorme pour Shakespeare.

30 janvier 1894.

*

Recollection of Manchester

A glimpse of Salford, just a corner, was
All that I saw of Manchester, because,
Thanks to the fog and to my clubfoot gait—
And hansom cabs that circumambulate
Everywhere else, it seems! my efforts were
Sincere but vain; and so no connoisseur
Of Manchester am I. And yet, no matter:
Priggishly though the rest of you might natter,
Decry its factories, its industries,
Telling me how much more some towns would please
My intellectual’s vanities! still, sweet
The memories of that Manchester “elite,”
There, in that hall—naïve, no doubt, as when
They praised Racine, taking him for Verlaine!—
As I proclaimed, for better or for worse,
My utter reverence for Shakespeare’s verse.

30 January 1894.

***

Paul Verlaine (1844-1896)Dédicaces (1894) – Translated by Norman R. Shapiro

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