Projet Cambium : la forêt comme cimetière ?

Publié le 10 juin 2017 par Daniel Leprecheur

Protéger le patrimoine forestier

A l’origine de cette démarche s’inscrit une urgence environnementale, l’obligation de préserver des espaces boisés denses certes, mais mis à mal par la pollution et la présence humaine, sans pour autant vitrifier une activité économique nécessaire au bien-être des populations. La problématique est de taille et Olivier Côté en a fait un sujet de recherches et de réflexion, au cœur de ses différents mémoires et de ses conférences.

Le principe qu’il propose dans le cadre du projet Cambium  découlant de ses investigations est simple : réinvestir les habitants d’une responsabilité écocitoyenne en développant des aménagements visant à protéger et conserver le milieu forestier.

Pensé et orchestré en partenariat avec la région extrêmement verte de Saguenay – Lac Saint Laurent, ce dossier a d’abord pris la forme de sentiers écologiques pédestres, … qui ont très vite été ouverts aux véhicules. Il a donc décidé d’aller plus loin en matière de concept en projetant des secteurs sanctuarisés par l’installation d’un cimetière sauvage, où l’on enterrerait des défunts dans une communion totale avec la nature.

L’usage de l’aquamation

Cette tendance est en train de s’affirmer en Amérique du Nord où la demande augmente via plusieurs méthodes innovantes de traitement du corps, comme la promession ou la décompiculture etc…  que nous avons déjà évoquées dans nos articles. En l’état, il s’agirait de recourir à l’aquamation qui aboutit à la dissolution de la dépouille par l’eau. Ce processus a été retenu car il permet de neutraliser les bactéries et les virus éventuellement contenus dans le cadavre tout en neutralisant la pollution liée à la putréfaction et la contamination du sol par les liquides de conservation. De plus il est économe en matière d’énergie et s’avère donc beaucoup moins onéreux que les autres pratiques.

Le lieu choisi pour lancer le test est situé dans le Marais de la Centrale Isle-Maligne, un terrain appartenant au groupe minier Rio Tinto dont la préservation dépend du Conseil Régional de l’Environnement et du Développement Durable. Il s’agirait en premier lieu de mettre en place un espace funéraire animalier pour rôder le processus et sensibiliser la population. Ultérieurement, et s’il est probant, l’essai déboucherait sur l’ouverture du périmètre aux défunts humains.

Un processus d’avenir

La logique mise en place dans cette proposition est intéressante car elle englobe des questions d’urgence écologique : le manque de place en matière de cimetière, la question de la pollution de la faune et de la flore par les résidus de cadavre, l’éducation du public aux impératifs de protection de la planète. Si habituellement les solutions proposées visent à transformer les cimetières en lieu boisé, ici c’est tout l’inverse qui se déroule : c’est la forêt qui accueille les morts, ce qui la sacralisera assurément bien plus que tous les décrets et interdictions officielles, régulièrement transgressés.

Certes ce processus n’est pas encore de mise en France où il est si difficile et procédurier d’être enterré hors d’un cimetière ; de même la dispersion des cendres dans la nature est hautement encadrée par la loi, contrôlée par les municipalités et les préfectures.

Il y a néanmoins de fortes probabilités que cette solution inspire les professionnels du secteur ainsi que les élus et les institutions pour faire évoluer les terrains communaux, dans l’esprit du cimetière lyonnais de Loyasse, désormais voué à la protection de la biodiversité.

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