Quoi que nous en pensions et malgré les déceptions, nous avons remis quelques points sur les «i»! Pour la première fois depuis des décennies, l’hégémonie du PS n’est plus d’actualité.
Et le centre de gravité redevient le pôle de transformation radicale de la société. Ce peuple de gauche – versatile face aux divisions – a retrouvé de la conviction et de l’utilité. En cette époque où les malins dominent, et précisément parce que la tâche s’avérera encore ardue, il n’est pas interdit de croire en l’avenir et même de le provoquer. La démocratie, ce n’est pas «je vote et j’en prends pour cinq ans». La démocratie, c’est tout de suite, et pas seulement à l’Assemblée. La subordination des législatives à la présidentielle continue d’affaiblir la souveraineté populaire; ceci explique en grande partie l’abstention abyssale. Sauf que, cette fois, cette abstention record «dit» quelque chose de complémentaire: jamais le chef de l’État, avec ses pleins pouvoirs, ne pourra revendiquer une «adhésion» à ses projets… La crise politique et démocratique ne s’est pas effacée après quatre tours de scrutin ; elle peut vite se transformer en crise institutionnelle. Pour y répondre, la gauche de combat n’en a pas fini de travailler, de se modifier, de se rassembler autant que possible, d’évoquer à juste titre l’horizon d’une VIe République, plus brûlante que jamais. Rien à voir avec un droit d’inventaire. Appelons cela le droit d’invention.
[EDITORIAL publié dans l’Humanité du 20 juin 2017.]