Le marxisme et l'art. 4/ Vers une esthétique marxiste. Par Roger Garaudy

Par Roger Garaudy A Contre-Nuit

Deux analogies peuvent nous guider dans la

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recherche du point de départ d'une esthétiquemarxiste : la méthode élaborée par Marx dans leCapital, qui est sa « grande logique » appliquée aucas particulier de l'économie politique, et la méthode élaborée par Marx sous le nom de « matérialismehistorique », et dont il a donné des exempleséclatants d'application en particulier dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte. Lorsqu'il aborde l'étude d'un phénomène historique Marx souligne que ce sont les hommes qui font leur propre histoire, mais qu'ils ne la font pas arbitrairement.
Le point de départ de Marx est donc celui de la

[Boris Rörhl "Philosophie marxiste et histoire de l'art",
Ed du Croquant, 2016]

philosophie allemande et surtout de Kant, deFichte, de Hegel. Mais, à la différence de ce grand idéalisme allemandqui a eu le mérite de dégager le « moment actif » de la connaissance et, d'une manière plusgénérale, le rôle de l'acte créateur de l'hommejusqu'à considérer l'histoire entière comme unecréation continuée de l'homme par lui-même, Marxconçoit cet acte créateur d'une manière nouvelle,matérialiste. Il insiste sur l'action réciproque constanteentre l'homme et les êtres de la nature extérieureà lui et indépendante de lui, et il recherche comment la liberté émerge de la nature au niveaudu travail humain. Ainsi Marx, s'il se sépare radicalement de l'idéalisme en cessant de concevoir le travail sous sa seule forme abstraite, comme réaction de concepts, se distingue aussi radicalement d u matérialisme mécaniste qui, méconnaissant le moment actif de la connaissance et le rôle créateur de l'homme, réduisait la connaissance à n'être qu'un reflet passif de l'être et l'homme à n'être qu'une résultante ou un produit des conditions dans lesquelles il a été formé et se développe. En esthétique l'on trouve une transposition de ces diverses formes de théorie de la connaissance. L'idéalisme objectif conduisait à une conception transcendante de la beauté : la beauté était, chez Platon, un caractère des idées ou des essences, transcendantes par rapport à l'homme. L'idéalisme subjectif faisait de la beauté, chez certains romantiques, chez Novalis par exempte, une production ou une projection du seul sujet et même une création « magique » de l'individu. Le matérialisme mécaniste, chez Diderot et, plus généralement chez les matérialistes français du XVIIIe siècle, faisait de la beauté une propriété des choses et conduisait au naturalisme réduisant l'oeuvre d'art à être un reflet imitatif de la réalité, avec le seul souci de choisir, de refléter, dans la « nature », ce qui a valeur moralisatrice d'exemple. L'esthétique marxiste se distingue radicalement de ces trois conceptions découlant de l'idéalisme mécaniste. Mais au lieu de la définir par opposition, dans une polémique contre ces attitudes, il est préférable de partir de ce qui est central dans la conception marxiste du monde et de l'homme, de la méthodologie de l'initiative historique et de la création qu'elle implique.
Roger Garaudy
Extrait de "Le marxisme et l'art" dans "Marxisme du XXe siècle"

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