Le train retrouve le chemin de la côte [Actu]

Publié le 04 juillet 2017 par Jyj9icx6

Dépaysant, non ?
Photo Néstor García, dans la cabine, hier, pendant l'inauguration, à une gare intermédiaire


Si le train de banlieue reste un moyen de transport public très important autour de Buenos Aires, les grandes lignes ont été abandonnées il y a plus de vingt ans au profit du car de tourisme, qui effectuent surtout des liaisons de nuit. Il restait, jusqu'à il y a deux ans, un train longue distance particulièrement emblématique : celui qui relie la capitale fédérale à la première station balnéaire atlantique du pays, Mar del Plata, dans la province de Buenos Aires. Or, à la fin du dix-neuvième siècle, le chemin de fer a représenté une part du rêve argentin. Il a permis de désenclaver les territoires et de les développer sur le plan économique. Son abandon, sous le gouvernement ultra-libéral de Carlos Menem, a été souvent un drame pour les villes dont les gares furent fermées.

Le nouveau train a droit à la une de La Nación
Et il a fière allure !
Cliquez sur l'image pour obtenir un haute résolution


Aussi hier, l'inauguration par la Gouverneure de la Province de Buenos Aires, María Eugenia Vidal, d'une nouvelle ligne, désaffectée depuis deux ans, entre Buenos Aires et Mar del Plata, marque-t-elle un vrai renouveau : c'est le retour de la possibilité pour les Portègnes et les banlieusards de se rendre de la gare de Constitución jusqu'au bord de mer, à bord d'un train très confortable et tout neuf. C'est un petit tortillard (made in China) qui joue toutefois dans la catégorie supérieure, avec des sièges ultra-modernes, des petits rideaux pare-soleil, une galerie porte-bagage de bonne dimension, l'air conditionné, un wagon-bibliothèque, des installations spécifiques pour les passagers à mobilité réduite et un wagon-restaurant, qui semble avoir épaté tous les journalistes du voyage inaugural et qui n'occupe pas moins de six salariés, avec service à table (mais la cuisine n'est pas faite à bord, ce qui pèse sur la qualité gustative, d'après le chef, responsable des menus). Qui plus est, la nourriture proposée à bord affiche des prix tout à fait raisonnables, en sucré et en salé.

Un des passages les plus pittoresques : la traversée du Río Salado.
Un vrai paysage de la Pampa (photo Néstor García)


Le voyage dure sept heures (ce n'est pas un TGV !). Le train est même plus lent que son prédécesseur. Il l'est même plus que le car. Avec l'un comme avec l'autre, le voyage dure cinq heures. Ce train, omnibus, dessert douze agglomérations en ligne presque droite, près de la côte du Río de la Plata puis de l'Océan. Il effectue l'aller-retour tous les jours, partant de Buenos Aires à 15h13 et de Mar del Plata à 23h59, pour retrouver Constitución, au petit matin, à 6h56, assez tôt pour qu'un habitant du premier port argentin puisse passer toute la journée au travail dans la capitale. Le train, composé de douze voitures, emporte plus de 500 passagers. Chaque train remplace donc plus d'un centaine de cars de tourisme, sans grande différence de prix ! (1)
Jusqu'au 13 juillet mais seulement du lundi au jeudi (c'est bien beau, la fête, mais il faut garder les pieds sur terre !), la société nationale Trenes Argentinos propose des billets à tarif promotionnel en deux classes (première, à 200 $ ARG, et pullman à 240 $). A partir du 14 juillet, on passera à la tarification spéciale vacances scolaires d'hiver (ce sera le double, comme actuellement pendant le week-end). Les enfants jusqu'à trois ans ne payent que 5 $ s'ils voyagent sur les genoux d'un adulte. Les personnes à mobilité réduite peuvent voyager gratuitement en première classe (la moins chère) avec un accompagnateur. La réservation en ligne est encouragée par un rabais de 5% sur le prix public.

Le wagon-restaurant et ses viennoiseries spéciales inauguration
Photo Néstor García


Les pouvoirs publics ont investi 1 300 millions de pesos pour réaménager la ligne, dont les rails, le ballast et traverses ont été entièrement rénovés. C'était leur état déplorable qui avait obligé le gouvernement à fermer la ligne le 15 août 2015, pendant la campagne électorale pour les élections présidentielles et législatives nationales.
Pour en savoir plus : lire l'entrefilet de Página/12 (la nouvelle ne leur fait visiblement pas plaisir) lire l'article de La Prensa lire l'article de La Nación lire l'article principal de Clarín qui en consacre plusieurs à cet événement reçu avec joie par les gens qui habitent le long de la ligne.
(1) La liaison par car de tourisme est économiquement condamnée à très court terme, à moins de modifier son trajet et les villes intermédiaires desservies.