Edouard Ferlet " Think Bach. Opus 2 " au Sunside

Publié le 31 août 2017 par Assurbanipal

Paris. Le Sunside.

Mercredi 30 août 2017. 21h

Edouard Ferlet: piano

Lectrices agiles, lecteurs habiles, je vous ai déjà parlé des aventures cosmicomiques du pianiste et compositeur français Edouard Ferlet avec John Sebastian Bach, le fameux compositeur et chef d'orchestre de Jazz allemand. D'abord en solo avec " " (2012) puis en duo avec la claveciniste Violaine Cochard " Bach Plucked/Unplucked " (2015). En 2017, Edouard Ferlet poursuit son exploration de l'œuvre du Swingman teuton avec " Think Bach Opus 2 ", album que je n'ai pas encore écouté.

Justement, ce soir, au Sunside, Edouard Ferlet joue des extraits de ses deux albums solo consacrés au Funky German. Ce n'est pas encore la rentrée scolaire. Devant moi, une mère, un père et leurs deux fils d'âge scolaire (10 et 12 ans a priori). C'est bien. Il faut former le goût de la nouvelle génération.

Notes éthérées qui viennent voiler la rigueur de Bach. Bach c'est un jeu de construction. Edouard Ferlet le démonte, le recompose, sans perdre le swing original. Les murs du Sunside ont été repeints. Leur blancheur immaculée est en harmonie avec l'austère pureté de cette musique.

Oh, la jolie vague d'émotions qui nous emporte! C'est beau comme une mer où il serait interdit de se baigner. Ca chante en friselis blancs comme l'écume des vagues. Bref, c'est beau. Lectrices habiles, lecteurs agiles, pour une autre interprétation Jazz de Giovanni Sebastiano Bach, écoutez les " Variations on Goldberg Variations " du pianiste franco-américain Dan Tepfer.

" Les Bacchantes ", jeu de mot subtil qui ne vous aura pas échappé lectrices agiles, lecteurs habiles. D'après une Chaconne et deux notes du Clavier bien tempéré.

" Anthèse " . Edouard fait glisser des cordes entre les cordes du piano. Il se rassied au piano pour jouer quoi? Du Bach, pardi! Trop éthéré à mon goût.

" Analecta ", premier titre du premier album. Là, ça danse! Comme il convient pour Bach. Le temps est au passé recomposé. C'est net, énergique, vif, précis, bref c'est du Bach transformé mais pas déformé. La source est toujours vive et claire.

" Magdalena " dédié à la deuxième épouse de Jean Sébastien Bach. 2 épouses, 20 enfants. Respect. Ce morceau est dédié à toutes les femmes de l'ombre. Magdalena était la copiste de son mari qui était myope. Sauf qu'un musicologue gallois a démontré qu'elle ne fut pas que copiste mais aussi compositrice. Bach serait donc un usurpateur! Certaines de ses œuvres les plus célèbres ne seraient pas de lui! Pour clore le débat, l'Allemagne a interdit l'accès à ses archives à ce musicologue féministe. Thème de Prélude si célèbre que Maurane l'a chanté. Thème superbe qu'Edouard Ferlet rend plus liquide encore.

Retour à la machine à coudre géniale. Le point B comme Bach. Encore un standard du classique. Composé par Bach ou son épouse? Il n'y avait pas de société de droit d'auteur à l'époque. Beaumarchais l'a inventé en France, après la mort de Bach. C'était une des " Variations Goldberg ".

" La stance du sabre " inspirée par " La danse du sabre " (1942) de Aram Katchakourian (1903-1978). La dernière fois que j'ai entendu cette œuvre sur scène, c'était avec mon frère au Palais omnisports de Paris Bercy le 1er septembre 1993 par Prince & The New Power Generation. Sur scène, Mayte Garcia, l'épouse de Prince, dansait avec un sabre posé sur sa tête. Le sabre n'est pas tombé. Inoubliable.

Edouard commence par jouer de la batterie avec des baguettes dans les cordes du piano. Puis il fait des percussions avec les deux mains sur le corps du susnommé instrument. Puis la main droite qui tapote et la main gauche qui pianote. C'est léger, entraînant et charmant. Il finit tout de même par jouer des deux mains sur le clavier.

Pour finir " Mécanique organique " puisque Bach jouait du clavecin et de l'orgue.

PAUSE

Belle tension dès le démarrage. Ca swingue diablement. Un air chantant, léger s'élève. Beau décalage main droite main gauche. Les notes s'égrènent et sèment du plaisir.

Edouard Ferlet n'explique pas ce qu'il met dans son piano pour obtenir des sons si étranges. Secret de fabrication du maître queux.

" A la suite de Jean " tiré du premier album, titre qui résume bien l'esprit de l'œuvre d'Edouard Ferlet. Prendre la suite de Bach, ce n'est pas seulement jouer ses suites mais poursuivre le chemin qu'il nous indique avec la sensibilité et les connaissances d'un musicien né 3 siècles après le Maître de Leipzig. Ici, il a lu la partition dans un miroir, inversant tout. Ce qui monte descend et réciproquement. Ca fonctionne. C'est bon comme marcher pieds nus dans l'herbe tendre.

" Le vol du frelon " tiré de l'album " Pentagramme " basé sur les compositeurs russes en duo avec le pianiste classique Paul Beynet. Dans le grave, c'est le vol du frelon. Dans l'aigu c'est sa piqure. Très évocateur en cette fin d'été. Joli.

Edouard Ferlet fait la promotion d'un album pas encore en vente. De plus en plus fort! Un trio avec Airelle Besson (trompette) et Stéphane Kerecki (contrebasse). Subtil, forcément subtil. " L'histoire d'une enfant de Saint Agil ". Rien à voir avec " Les disparus de Saint Agil " semble t-il. A partir d'une improvisation d'Edouard Ferlet dans une école de campagne, une enfant a inventé une histoire qui a charmé Edouard Ferlet. Un air fragile qui se déploie petit à petit comme l'imagination d'une petite fille.

Retour à Bach, ce génie de la machine à écrire.

Ca se poursuit avec du Bach. Je suis resté jusqu'à la fin, rappel inclus mais ma chronique cesse ici, lectrices agiles, lecteurs habiles.

Ma chronique ne raconte pas les propos, plaisanteries et facéties du pédagogue ludique qu'est Edouard Ferlet. Pour les découvrir, allez l'écouter en concert, lectrices agiles, lecteurs habiles.

La photographie d'Edouard Ferlet est l'œuvre de l'Abominable Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales .

Edouard Ferlet par Juan Carlos HERNANDEZ